29 mai 2014

Egypte: Al-Sissi gagne facilement la présidentielle

Le général n'a pas même eu besoin de faire campagne pour remporter cette élection.


28 mai 2014

Egypte : l'armée fait la guerre à l'abstention

En Egypte, officiellement c'est à cause de la canicule que le gouvernement a décidé de prolonger d'un jour les élections présidentielles : histoire de permettre aux Egyptiens ralentis par la chaleur d'aller voter. Mais au Caire les observateurs de la vie politique ne doutent pas qu'il s'agissait en fait pour le candidat al-Sissi de récolter encore plus de voix pour asseoir sa légitimité. Car les Egyptiens ne se sont pas précipités aux urnes. Mais il faut dire que le résultat était couru d'avance. Le reportage de Marion Touboul et Ahmed Hassan Sami.

21 mai 2014

Portrait de l’Egyptien Sabahi, candidat rival du général al-Sissi

En Egypte, l'élection présidentielle se tiendra les 26 et 27 mai prochain. L'ex général al-Sissi est donné favori mais son seul rival, le leader de gauche Hamdine Sabahi, s'accroche. Opposant historique au régime Moubarak, il s’est lancé dans une campagne qui semble perdue d'avance. Marion Touboul et Ahmed Sami l'ont rencontré.

 

 

 

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Quel est votre but en présentant à la présidentielle face à Abdel Fattah al-Sissi ?

L'Egypte a besoin d'un véritable changement dans la façon de gouverner. Il faut qu'il y ait un changement dans les politiques surtout celles qui touchent les couches sociales défavorisées. Pour y parvenir, la révolution doit accéder au pouvoir lors de la présidentielle à travers un candidat qui sorte de ses rangs. Mon but c'est donc de réaliser les demandes de la révolution du 25 janvier 2011. La révolution doit parvenir au pouvoir à travers les urnes, par la voie démocratique, c'est devenu mon devoir national alors qu'on a échoué jusqu'à présent.

Pensez-vous rencontrer des difficultés dans votre campagne ?

Je ne pense pas que les organes de l'Etat vont m'empêcher de faire des meetings mais ils vont prendre des raisons sécuritaires comme prétexte. J'attends de voir jusqu'à quel point ils vont utiliser cet argument sécuritaire pour empêcher ma campagne. Pendant la collecte des signatures, les jeunes de ma campagne ont affronté beaucoup de difficultés, ils ont été harcelés dans la rue. Le problème, c'est que le régime actuel prend parti pour un candidat (ndrl : al-Sissi) dans ces élections. Or pour moi, il n'y aura pas de vraie démocratie en Egypte tant que l'Etat ne sera pas impartial. C'est pour cela que je suis candidat à la présidentielle. Je crois en la force du peuple et je pense qu'on peut arriver à freiner le taux de fraude électorale en Egypte. Je m'attends aussi à rencontrer des difficultés économiques car tous les hommes d'affaires sont derrière le candidat choisi par l'Etat et ils veulent protéger leurs intérêts.

Depuis la chute de Morsi, on assiste à une répression féroce de la part de police contre les opposants au régime transitoire, vous attendiez-vous à cette évolution de la situation au lendemain du 30 juin ?

Je n'aurais jamais imaginé que les autorités auraient de nouveau recouru à la répression après le 30 juin. Cette violence de la part du régime est une grave erreur. Les autorités actuelles ont divisé les Egyptiens qui sont sortis manifester contre Morsi le 30 juin. Elles ont recouru à la violence contre des manifestants pacifiques qui, pour beaucoup, ont participé à la révolution de 2011. C'est absurde que les hommes de Moubarak soient aujourd'hui sur le devant de la scène politique et les révolutionnaires soient en prison. Je pense que si Moubarak est tombé, son régime est toujours là. Les politiques appliquées sont les mêmes, elles n'ont pas changé depuis la révolution. Donc la question est la suivante : est ce que ces politiques vont continuer ou non ? Je vois que l'Egypte ne vivra pas de changement politique si al-Sissi est président. Il est le fils du régime de Moubarak et une grande partie de ceux qui le soutiennent sont les hommes d'affaires et des hommes politiques qui ont intérêt à ce que l'ancien régime perdure. Comme al-Sissi bénéficie de leur soutien, il va devoir leur rendre des comptes s'il parvient au pouvoir.

Etes-vous pour la réconciliation avec les Frères musulmans ?

Je ne pense pas que les Frères musulmans, en tant que confrérie ou en tant de parti politique, aient une chance de retourner sur la scène politique. C'est leur punition pour avoir recouru aux armes et au terrorisme soit directement soit indirectement à travers leurs alliés. On ne peut pas construire l'avenir du pays en présence de la confrérie. Ils ont eu leur change, ils ont échoué et ils ont fait l'erreur de recourir à la violence. Mais les Frères musulmans en tant que citoyens doivent avoir les mêmes droits que tous les égyptiens dans un pays qui respecte la suprématie de la loi. Si je suis président, il n'y aura aucun distinction entre les Egyptiens en raison de leurs idées politiques. C'est exactement comme dans plusieurs pays européens qui interdisent les partis nazis. L'expérience avec les Frères musulmans a été douloureuse pour le pays et pour le bien de l'Egypte il ne faut pas redonner du crédit à la confrérie.

http://info.arte.tv/fr/portrait-de-legyptien-sabahi-candidat-rival-du-general-al-sissi

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28 mai 2012

Egypte-présidentielle : le désarroi des révolutionnaires

Les résultats du premier tour de l'élection présidentielle en Egypte ne sont pas encore officiels mais déjà on sait que le second tour des 16 et 17 juin prochain, se jouera entre un ancien cacique du régime Moubarak et un islamiste. Pour de nombreux jeunes qui ont mené la révolution place Tahrir, cela revient à choisir entre Charybde et Scylla. Leur désarroi est grand. Barbara Lohr, Marion Touboul, Ahmed Hassan Sami, Joseph Gordillo et Mathieu Boetsch, envoyés spéciaux d'ARTE Journal en Égypte, les ont rencontrés au Caire.

 

 

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Pour Mostapha El-Labbad, chercheur au Centre El-Sharq du Caire (Centre de recherche sur le Proche et le Moyen-Orient), les Égyptiens se trouvent face à un choix cornélien avant le second tour de la présidentielle : un ancien pilier du régime Moubarak ou un islamiste issu des Frères musulmans. Il craint que le grand perdant de ces premières élections libre depuis la chute du régime soit le mouvement révolutionnaire.

 

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01 mars 2012

Un député salafiste : Nous n'allons pas introduire des changements brutaux dans la société égyptienne

Avec 24% des sièges au Parlement, les salafistes sont devenus la deuxième force politique en Egypte après les Frères Musulmans. Ils ont compté sur des jeunes candidats, la plupart du temps, pour convaincre les électeurs.

Ahmed_Khalil_1Ahmed Khalil, 33 ans, docteur en planification stratégique est l’un de leurs députés. Nous le rencontrons dans un hôtel que le parti salafiste “al-Nour” a réservé entièrement pour ses députés qui habitent hors du Caire afin qu’ils ne s’absentent pas des séances du parlement. Une interview pour essayer de comprendre ces Salafistes qui restaient à l’ombre, loin de la politique, pendant des décennies.

Avant le 25 janvier 2011, vous étiez contre la révolution. Tout d'un coup, après que les manifestants aient prouvé leur insistance, vous avez changé d'avis : n'est-ce cela une sorte d'opportunisme ?

Notre plus grand problème avec le peuple c’était que les gens entendaient beaucoup de rumeurs sur nous mais qu’ils ne nous connaissaient pas vraiment. Avant le 25 janvier, nous avions la réputation d’être des agents des services de la sécurité d’Etat ou bien alliés au régime. Les gens n’écoutaient que certains salafistes dire qu’il ne faut pas renverser le régime. Les Égyptiens ont mis tous les salafistes dans un même panier. C’est une grande erreur. Il n’y avait que 4 ou 5 personnes qui ont appelé à ne pas renverser le régime. Nous avions eu d’ailleurs des problèmes avec ces personnes car ils nous accusaient de ne pas être salafistes.

Une autre chose, si vous rappelez bien, juste avant 25 janvier un salafiste, Sayed Belal, qui appartient à notre école (l’école salafiste d’Alexandrie) a été torturé et tué par l’ex-régime et nous étions accusés d’être les auteurs de l’attentat de l’église d’Alexandrie. Nous étions la cible de la sécurité d’Etat car nos cheikhs refusaient de coopérer avec cet organe. Quand cette école a crée son parti « al-Nour », le peuple a commencé à connaître nos idées.  Dès le premier jour, nous étions pour les manifestations pacifiques qui demandaient des droits. Alors ce n’est pas vrai que nous sommes opportunistes.

Longtemps vous avez répété que "la politique", les élections et le parlement sont "HARAM", Comment expliquez-vous votre rentrée dans la politique ?

Nous n’avons jamais dit que la politique est un péché. Nous disons juste que la démocratie qui autorise ce que Dieu a interdit est Haram comme le changement des quotas dans l’héritage, les relations hors mariage ou l’homosexualité..etc.

Nous sommes avec la liberté absolue mais dans le cadre de la Charia. Pour nous, la liberté sans limites est un sabotage.  Nous sommes pour les mécanismes de la démocratie, mais nous sommes contre une démocratie qui touche les principes de l’Islam. En ce qui concerne les élections, nous avons dit que les élections à l’époque de Moubarak n’avaient aucun intérêt, mais, après la révolution, quand nous avons trouvé des élections libres et justes nous avons y participé.

Comment expliquez-vous votre score aux Parlementaires ?

Neuf millions d’Egyptiens ont voté pour nous. Nous avons eu 112 sièges. Cela répond à ceux qui disent que nous ne sommes pas égyptiens ou que nous sommes des extrémistes. C’est illogique que les 9 millions soient tous des salafistes. Le peuple égyptien a trouvé que nous ne mentons pas, que nous sommes claires et sérieux.

Il y a des accusations comme quoi vous avez profite de l'analphabétisme en Egypte en disant aux électeurs que les grands prêcheurs salafistes comme Mohammed Hassaan, soutiennent votre parti. Que dites-vous ?

D’abord j’appelle toute personne qui a une preuve concernant ces accusations à les présenter. J’avoue qu’il y avait des erreurs mais c’est du au manque de l’expérience. Mais dans l’avenir quand la culture politique des Egyptiens sera améliorée, toutes ces erreurs, commises par toutes les forces politiques, vont disparaitre.

Pour vous prouver que nous n’avons pas utilisé l’analphabétisme en Egypte, notre parti n’a pas eu recours aux publicités couteuses à la télévision ou dans les rues, nous avons fait la publicité simple. Tout le monde se demande comment un parti né il y a quatre mois seulement a pu avoir ce succès : Notre point fort, c’est que nous sommes dans la rue, aux cotes du peuple, depuis 30 ans.

Le prophète Mohammed dit : "Vous êtes tous des PARRAINS et vous êtes responsables des gens que vous parrainez". Mais vous refusez de communiquer avec les Chrétiens qui sont une partie de cette société, comment expliquez vous ce paradoxe ?

Nous sommes le parti le plus clair dans notre relation avec les Chrétiens. Nous n’avons aucun problème avec eux. Pendant les 18 jours de la révolution, nous étions cote-à-cote avec eu sans aucun barrage. A Alexandrie, ceux qui protégeaient les églises pendant les 18 jours de la révolution étaient les salafistes. Les Chrétiens sont nos partenaires dans la patrie. Nous allons les respecter comme le Prophète nous a ordonné de le faire.

Mais, vous avez dit que vous n’allez pas presenter vos vœux pendant les Noel ?

C’est vrai. Il faut séparer entre les croyances et les droits. Le Pape Chenouda III n’a pas rendu visite au Pape Benedict XVI quand ce dernier était en Egypte et il a expliqué cela par la différence de croyances.  Nous appelons à la coexistence, chacun croit à ce qu’il veut. Les chrétiens croient que Jésus est le fils du Dieu ce qui va à l’encontre de notre religion, comment nous pouvons présenter nos vœux ?

Beaucoup parmi les prêcheurs salafistes appellent à imposer la "Jezya" (sorte de taxes sur les Chrétiens), est- cela démocratique ?

Ce n’est pas dans nos priorités. Pour les questions concernant la jurisprudence, al-Azhar, qui est la référence de tous les musulmans en Egypte, sera le juge.

Votre projet politique semble très proche de celui des Saoudiens. Est-ce que vous voulez transformer l'Egypte en une  autre Arabie Saoudite ?

Absolument pas. Cela est le résultat des trente ans où les medias n’ont cessé de nous lier au modèle saoudien et quelques uns qui nous ont même liés aux modèles somalien et afghan. Je suis égyptien, je vis en Egypte. D’autre part, nous avons accepté les principes de la démocratie, donc aux  prochaines élections, le peuple a le pouvoir de m’évincer du parlement.

Mais ce parlement va rédiger la Constitution, alors vous pouvez le faire d’une manière qui vous aide a garder vos sièges au prochain parlement…

Même si nous tentons le faire, Il y aura un referendum où le peuple égyptien peut refuser la Constitution.

Récemment, une page FaceBook appelée "al-Amr bel Maarouf et al-Nahey an el-Monqar Egypte", cette police saoudienne qui force les gens a prier..etc, a dit qu'elle est liée à votre parti et qu'elle va le prouver, votre commentaire ?

J’affirme que ce groupe n’a aucun lien avec nous. Nous avons fondé un parti qui a sa page officielle qui exprime ses idées. C’est facile de créer un compte FaceBook et dire ce qu’on veut dedans. Nous sommes responsables de ce qui est dit sur notre page officielle seulement.

Le niqab est-il pour vous une obligation dans l'Islam? Est-ce que vous allez l'imposer en Egypte ?

Il faut différer entre propre jurisprudence et ce qu’on appliquera à la communauté. Notre conviction c’est que le niqab est obligatoire. Mais, pour la communauté, il y a quatre écoles de jurisprudence et c’est à eux de choisir parmi ces écoles. Nous ne disons pas que le Niqab sera obligatoire pour toutes les Musulmanes.

AhmedEt le Hijab ?

Une autre fois, c’est à al-Azhar de donner le dernier mot dans les questions de la Jurisprudence.

Quelle est votre attitude envers la femme en général ?

Beaucoup des droits de la femme sont bafoués en Egypte. Nous allons travailler pour qu’elle obtienne tous ses droits. Il faut changer la culture de la société non seulement les salafistes. Dans le parlement, Il y a 5 femmes élues, quatre d’entre elles appartiennent au courant islamique.

L'Egypte passe une crise économique sans précédent. Le tourisme est la deuxième source de revenu pour l'Etat égyptien. Ce secteur aide à résoudre le problème du chômage en Egypte vu que 1 sur 6 égyptiens y travaillent. En même temps, vous luttez contre le tourisme balnéaire qui attire 50% des touristes...Quelle est votre explication ?

D’abord, je pense que l’ennemi du tourisme en Egypte ce n’est pas les Islamistes, c’est la bureaucratie. Par exemple, nous avons invite l’organisateur du rallye Londres-Le Cape, passant par l’Egypte. Cet organisateur a annulé l’étape de l’Egypte parce qu’il avait besoin de 52 autorisations.

Encore une fois il faut différer entre l’interdiction du tourisme et l’interdiction de ce qui est péché dans le tourisme. Bien sur, nous n’allons pas interdire le tourisme. Au contraire, nous allons créer d’autres pistes pour le tourisme, comme le tourisme médical, le tourisme religieux, le tourisme des rallyes. Il ne faut pas résumer le tourisme aux stations balnéaires. Nous allons reformer ce genre de tourisme afin d’éviter le nudisme qui se trouve sur certaines plages, nous allons consacrer des plages pour les familles, d’autres pour les femmes et d’autres pour les hommes, ainsi que des plages privées. Tout cela sans que personne ne perde son travail. Toutes ces politiques seront appliquées graduellement et sans porter atteinte aux intérêts du peuple égyptien.

Mais, allez-vous appliquer ces politiques sur les Etrangers aussi ?

Chaque pays a ces lois et ces coutumes qui doivent être respectés. Et je ne pense pas que les touristes viennent pour faire ce qu’ils peuvent faire chez eux, Ils viennent pour visiter le pays et connaitre son peuple.

Je ne veux pas réduire le tourisme dans une question de maillot de bain et un vers d’alcool. Le touriste ne vient pas pour cela. Il vient pour des milliers de choses qu’il ne se trouve qu’en Egypte.

Dans les traditions de la société égyptienne, il y a les bars, les cabarets..., allez-vous les fermer? Cela ne touche pas la liberté personnelle ?

Cela n’est pas dans nos priorités pour le moment même si nous nous opposons à ces traditions. Il faut d’abord rétablir la sécurité et redresser l’économie. Et pour rassurer tout le monde, nous n’allons pas introduire des changements brutaux dans la société égyptienne dans tous les domaines.

Certains Salafistes ont appelé à bruler les romans de Naguib Mahfouz. Etes-vous contre la créativité culturelle ?

Nous sommes avec la créativité culturelle absolue dans le cadre des principes de l’Islam. Ceux qui ont lance cet appel ont tort.  Nous sommes contre les scènes de nues, mais nous sommes pour la sculpture, la peinture..etc

Etes-vous pour un Etat laïc ou un Etat religieux ?

Nous refusons l’Etat  théocratique.

Un Chrétien peut-il être élu président ?

Encore une fois, cela nécessite le changement de la culture de la société qui a refuse qu’un chrétien soit nomme gouverneur. Il faut changer la pensée de cette société qui refuse même les résultats de la démocratie.

Quelle est votre attitude à l’egard de l’exportation du gaz vers Israël et du traité de paix avec l’Etat hébreu en général ?

Nous sommes contre l’exportation du gaz vers Israël, c’est inimaginable qu’ils profitent du gaz au moment où les Egyptiens se battent pour avoir une bonbonne de gaz. En ce qui concerne le traité de paix, nous ne savons pas ses détails. Nous appelons à réviser ce traité et modifier les clauses qui ne vont pas avec les intérêts des Egyptiens.

Que pensez-vous de l’accession des Islamistes au pouvoir en Tunisie, au Maroc, en Libye et en Egypte ?

Les Islamistes ont une chance énorme pour s’exprimer au monde et prouver que les dictateurs les ont utilisés comme terreur pour avoir le soutien de l’Occident et rester au pouvoir.

Article écrit pour le numéro 57 de la revue Le Courrier de l'Atlas (mars 2012) (Photos Françoise Beauguion)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2012/NUM057/#/60/

 

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07 décembre 2011

Les Islamistes vont-ils affecter la vie culturelle en Egypte s’ils accèdent au pouvoir ?

Les résultats de la première phase des législatives en Egypte post-révolution avec la montée du courant islamiste a suscité l’inquiétude du milieu culturel. La question urgente que posent actuellement les intellectuels égyptiens est que sera l'avenir de la culture et de l'art si les islamistes dominent la vie politique dans le pays ?

Amr_WakedPour l'acteur Amr Waked, qui joue notamment le rôle d’un malfrat dans le film "Dam el-Ghazal" (le sang de la gazelle), la montée de l'islamisme n'est pas une surprise, il est un résultat naturel du système électoral déformée et non-constitutionnel. "De nombreux obstacles ont été dressés devant les partis fondés par les révolutionnaires, comme l’obligation d’avoir 5000 membres. Comment peuvent-ils le faire dans une période de dix mois seulement ?  Une telle condition a ouvert la porte à des personnes indésirables pour adhérer à ces partis", dit-il.

Selon Amr, l’élargissement des circonscriptions n’avait pour seul but que de freiner les forces révolutionnaires en faveur des partis islamistes et ceux existant avant la révolution. "Pourquoi le système électoral  a attribué deux tiers des sièges du parlement aux listes des partis et un-tiers aux candidats individuels, sans empêcher les partis de poser les candidatures de leurs membres sur les listes individuelles ?", martèle-t-il.

L'acteur, qui a participe au film le plus violant du cinéma égyptien "Ibrahim al-Abyad", note que la majorité des électeurs  a voté sur une base émotionnelle pour les mouvements islamiques, et non pas pour les programmes de ces mouvements. "Il ne faut pas oublier qu’il y a une sorte d’analphabétisme politique. Nous étions privés de la pratique démocratique et nous essayons maintenant de la découvrir", précise-t-il.

Amr Waked est convaincu que les islamistes ne vont pas interférer, pour le moment, dans la vie culturelle égyptienne. "Ils ont des dossiers beaucoup plus importants à régler comme l'économie, la justice sociale et le développement avant qu'ils ne commencent à chercher de contrôler les sous-questions", explique-t-il. "Avoir la majorité dans le parlement est le test le plus difficile pour eux. S’ils n’arrivent pas à gérer les problèmes du pays, ces élections seront le début de leur fin".

Tahani_Rashed___directorPour sa part, la cinéaste et documentariste Tahani Rached est inquiète vis-à-vis du débat actuel sur l'impact de l'arrivée des islamistes sur la vie culturelle et artistique en Egypte. "Je pensais qu’on devait examiner les moyens de développer la vie culturelle égyptienne après la destruction qu’elle a subit au cours des 30 dernières années. C’est honteux qu’aujourd’hui nous parlons toujours de l’art en disant qu'il est halal ou péché. L’art n’a aucun lien avec la religion". La plus grande crainte de Tahani c’est que les Salafistes imposent une stricte censure sur l’action culturelle. "Cela sera un revers sur les objectifs de la révolution qui a eu lieu pour libérer les esprits des Egyptiens", ajoute-t-elle.

Pour Tahani, c’est la liberté qui a aidé les Islamistes à avoir la majorité dans le parlement. "Pour cela, ils n’ont aucun droit de promulguer des lois oppressives…et s’ils le font je serai la première à leur résister".

De son coté, le chercheur Tawfik Aclimandos, spécialiste dans les affaires des mouvements islamistes juge  que la montée des Frères musulmans n'est pas étonnant. Pour lui,  la vraie surprise c’est le score des Salafistes.

Tawfiq_AclimandosSelon Aclemendos, la situation actuelle en Egypte est ambigüe. "Il est très difficile de parler des raisons qui ont conduit à la montée des mouvements islamistes ou de leur poids réel dans le rue égyptienne. L’Egypte n’a jamais connu ce taux élevé de participation aux élections. En plus, la première phase des élections a inclu les gouvernorats d’Assiout et d’Alexandrie, bastions du salafisme, ce qui a aidé les salafistes à grimper".

Pour Aclemendos, il faut attendre les résultats des deux prochaines phases pour que les chercheurs puissent les analyser.

Mais Aclemendos est sûr que les islamistes, qui luttent contre la laïcité et la démocratie, vont appliquer une censure stricte sur la vie culturelle. "Au mieux, ils vont garder les mécanismes appliqués à l’époque de Moubarak, et ils peuvent aussi les durcir", conclut-il.

05 décembre 2011

La vague islamiste

Lors du premier tour des législatives en Egypte, les islamistes ont récolté 65 % des voix la semaine dernière, toutes tendances confondues. Les Frères musulmans se sont taillés la part du lion devant les salafistes dont le score est sans doute la très grosse surprise du scrutin. Qui sont ces radicaux fondamentalistes ? Reportage Marion Touboul et Ahmed Hassan Sami.

01 décembre 2011

La jeunesse islamiste refait sa révolution

A la veille des premières éléctions parlementaires en Egypte après la révolution, la jeunesse égyptienne est déterminée défendre les valeurs démocratiques pour lesquelles ils sont sortis dans les rues il y à dix mois. Certains ont choisi la politique, d’autres se sont engagés dans l’action sociale pour construire l’Egypte de demain.

al_tayyar_al_masri"L’avenir, c’est nous, les jeunes ! Nous ne devons pas laisser la vielle génération prendre le pouvoir", lance Mohammed al-Qassas, la trentaine, en distribuant son programme éléctorale dans un café au quartier d’Ain Shams. dans l’est du Caire.  Mohamed a décidé de se lancer dans la politique au lendemain de la révolution. Il est candidat au sein du parti qu’il a lui-même fondé "al-Tayyar al-Masri" (le courant égyptien)*. Ce Frère musulman aurait pourtant eu l’occasion d’être candidat au parti "La Liberté et la Justice" de la confrérie, mais il a refusé catégoriquement. Il a même fait parti des jeunes Egyptiens qui se sont opposés à sa creation. "Pour moi, la confrérie aurait dû rester loin des jeux politiques et rester un groupe de pression pour assurer la démocratie", critique Mohamed.

La réaction de la confrérie n’a pas tardé : Le révolutionnaire de la première heure a été expulsé du jour au lendemain sans explications en raison de ses idées trop réformistes. "Je suis Frère musulman et je le resterai toujours. Mais les chefs actuels de la confrérie ne se montrent pas ouverts aux nouvelles idées qui ont muri dans la tête des jeunes qui étaient sur Tahrir. Le vrai problème de la confrérie c'est qu'elle est dirigée par la génération de 1965, qui est très bornée", poursuit-il.CourrierAtlas_Egypte_03_Mohammed_al_Qassas_candidat_des_jeunes_revolutionnaires

A "al-Tayyar al-Masri", Mohamed prône tout l’inverse. Il veut que la jeunesse s’exprime. S’y retrouvent d’ailleurs des milliers d'Egyptiens dans son cas qui se battent pour les valeurs démocratiques défendues lors de la révolution. L'argument fort de Mohammed, c'est la diversité de ce parti qui ne suit pas une idéologie précise. "Nous représentons toutes les couleurs politiques. Il y a des libéraux, des socialistes, des centristes...".

Mais vouloir faire de la politique quand on est jeune sans un important réseau se rêvele être un vrai parcours du combattant, “nous n'avons pas beaucoup de moyens. Nous finançons notre campagne nous-même. Nous trouvons que c’est inacceptable que de grands hommes d'affaires achètent le parti", lance-t-il, fier de ce choix.

A ses côtés dans la campagne électorale, un autre rebelle comme lui. Khaled Salem, un salafiste de 36 ans, lui aussi candidat de à al-Tayyar al-Masri. Il a refusé d’adhérer, comme son ami, aux nombreux partis crées par les siens. "Les cheikhs de la veille génération ne sont pas au courant des changements de la société. Ils ne savent pas communiquer avec les autres et se sont refermés sur eux-même ces dernières années. Moi, j'ai la chance de fréquenter la société à travers mon travail, ça m'a permis de comprendre davantage les idées des autres".

CourrierAtlas_Egypte_13Khaled a l'allure des salafistes traditionnels, un regard serieux et dur, les yeux baissés quand une femme le croise, mais son discours se veut plus réformateur : "Nos cheikhs sont parfois tellement fermés...Pendant la révolution, ils étaient contre les manifestations. Ils ne voulaient pas assumer la responsabilité des victimes au cas où la révolution échoue. Pour moi, c'est lâche.  Il fallait s'opposer à ce régime qui a détérioré la vie des Egyptiens", confie-t-il calmement. Autre coup de gueule de Khaled, l’attitude des cheikhs traditionnels lors du référendum du 19 mars 2011 sur la constitution de la phase transitoire en Egypte : "Certains cheikhs ont utilisé les notions d'enfer et de paradis pour orienter les votes en leur faveur, ce n'est pas l'Islam. Désormais, ils continuent en affirmant que voter pour les libéraux ou les chrétiens aux législatives, c'est un péché. Tout cela montre bien qu'ils ne sont pas prêts pour la démocratie". Cette démocratie, Khaled, lui, est persuadé qu'elle arrivera tôt ou tard en Egypte : "On ne retournera jamais en arrière et ces salafistes vont finir par comprendre qu'ils n'ont qu'a accepter la volonté du peuple ou bien ils vont perdre définitivement  la sympathie de la rue égyptienne".

Pour Khaled comme pour Mohamed, la question n'est pas de gagner ou de perdre les élections. Ils sont conscients de leur manque d'expérience et de moyens. Pour eux, l'important est de montrer que la jeunesse de Tahrir ne dort pas, qu'elle est prête à défendre la diversité politique, religieuse et culturelle en Egypte.

Loin de circuits politiques habituels, d'autres jeunes Egyptiens se sont engagés à faire fructifier l'esprit de Tahrir. Pour eux, la politique ne mène qu'à la rancune entre les différentes communautés et les politiciens ne cherchent que leur propre intérêt. Ce sont les "Salafistes de Costa". Un groupe d'amis musulmans très pratiquants qui avaient l'habitude de se réunir dans un café de la chaine internationale “Costa”, l'équivalent du "Starbucks" en France, avant la Révolution. Après la chute de Moubarak, ils ont eu l'idée d'inviter à leur rencontre d'autres Egyptiens ayant l'envie de faire partager leurs idées politiques. Ihab el-Kholy, l'un des responsables du mouvement, raconte : "On a voulu briser le mur de l'ignorance et de la peur qu'il y a parfois entre nous. Nous sommes tous Egyptiens et notre but doit être celui de servir notre pays". Des chrétiens les ont même rejoints. Ainsi est né "notre petite Egypte",  un projet caritatif pour les Egyptiens dans le besoin.Salafeyo_costa

A Ezbet el-Hagana, un quartier défavorisé, gangrené par les trafics en tout genre, dont la drogue, les Salafistes de Costa, rejoints par leurs nouveaux alliés, essaient d'aider cette population en organisant des convois médicaux, des cours d'alphabétisation et des ateliers d'artisanat. Ils tentent de monter de petites entreprises, sources de revenus pour les habitants. Chrétiens et musulmans, hommes et femmes, travaillent côte-à-côte pour faire de ce quartier un exemple de développement à suivre dans toute l'Egypte.

Le mouvement aurait pu fonder son propre parti politique. Mais les membres ont refusé catégoriquement cette idée. Ils ont même inscrits une clause dans leur règlement selon laquelle les fondateurs ne doivent pas appartenir à des partis politiques. "Dans le mouvement, nous nous mettons d'accord sur tous les projets de charité que nous réalisons. Si on est un parti politique, nous ne serons jamais honnêtes dans nos actions. L'intérêt personnel nous guidera forcément", explique  Abeer, une jeune membre du mouvement, qui porte le niqab. "Mais les salafistes de Costa” peuvent servir comme groupe de pression, poursuit-elle,  quand on organise une activité nous invitons les différents partis politiques à participer. Eux qui disent vouloir servir le peuple , nous leur offrons l'occasion de montrer ce qu’ils peuvent faire !"

CourrierAtlas_Egypte_20_Salafistes_de_CostaLe groupe prône l’ouverture mais refuse pourtant d’abandonner la notion de salafisme. Un choix que même Bassem Victor, l'un des dix coptes du groupe qui compte une centaine de membre, défend : "Le mot salafiste signifie l'identité des fondateurs de ce groupe et leur volonté de garder leur croyance alors que Costa, cet endroit connu comme lieu de rencontre des libéraux en Egypte, montre le côté de l'ouverture vers l'Autre. Notre message est que nous pouvons co-exister sans abandonner notre croyance. C'est la première ligne de défense contre les conflits inter-confessionnels", explique-t-il.

Bassem en a conscience, il faudra du temps, peut-être des années, pour que les Egyptiens comprennent son message. Mais il reste optimiste : "Nous avons chaque jour de nouvelles personnes qui veulent adhérer à notre mouvement !"

*al-Tayyar al-Masri est un parti issu de la "Coalition des jeunes de la révolution", un front formé pour protéger les buts de la révolution égyptienne face aux partisans de l'ex-régime et aux partis existant avant la révolution. Il a été créé essentiellement par des jeunes cadres des Frères Musulmans expulsés de la confrérie car ils n'étaient pas d'accord avec les projets de leurs ainés. Très vite, d'autres jeunes - salafistes, socialistes, libéraux et centristes - ont rejoint le parti.

Article écrit pour le numéro 54 de la revue Le Courrier de l'Atlas (decembre 2011) (Photos Françoise Beauguion)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2012/NUM054/#/60/

29 novembre 2011

Egypte : test démocratique

Premières élections législatives démocratiques en Egypte. Neuf mois après la chute d'Hosni Moubarak, place aux urnes !

Elections législatives en Egypte, acte un : le scrutin qui durera six semaines a débuté hier. Neuf mois après la chute du président Moubarak, l'armée égyptienne a tenu parole : les premières élections démocratiques de l'histoire du pays sont sur les rails. 45 millions d'électrices et d'électeurs doivent se rendent aux urnes pour désigner 498 députés àla chambre basse du Parlement. Le scrutin se déroulera en trois étapes dans les provinces égyptiennes jusqu'au début du mois de janvier. Le pays a refusé tout observateurs internationaux, ce sont des citoyens bénévoles qui veillent sur ce scrutin. La transparence sera-t-elle au rendez-vous ? Un reportage de Marion Touboul, Ahmed Hassan Sami et Johann Prod'homme.

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