Egypte : Amr Moussa, favori des sondages
C'est officiellement le début de la campagne présidentielle égyptienne. Une campagne marquée, avant même son démarrage, par des coups de théâtre comme la disqualification d'une dizaine de candidats, dont les favoris. Cette décision de la commission électorale a propulsé l'Egyptien Amr Moussa, ancien chef de la ligue arabe et ancien ministre des affaires étrangères sous Moubarak sur le devant de la scène. Il est parmi les mieux placés dans les sondages. Reportage de Marion Touboul et Ahmed Hassan Sami.
Guillaume de Dieuleveult : Je ne croyais pas vraiment que les Egyptiens auraient fait une révolution
Guillaume de Dieuleveult est un journaliste a la revue française "Le Figaro". Il a vecu en Egypte entre 2006 et 2009, où il été correspondant pour "La Croix", Radio Vatican, et d'autres medias français. Il vient de publier son livre "Dictionnaire Insolite de l’Egypte".
La culture et les islamistes
Après l’écrasante victoire des islamistes lors des législatives, l'Egypte commence à ressentir l’influence de ces religieux. Dans leur ligne de mire, les artistes. En novembre dernier, un salafiste déclarait par exemple que les romans de Naguib Mahfouz devaient être interdits car ils faisaient l’apologie de la drogue et de la prostitution.
Ces menaces envers le milieu culturel sont-elles sérieuses ? Comment les artistes y font-ils face ?
Reportage de Marion Touboul et Ahmed Hassan Sami pour Arte Journal :
Traductions :
Khaled YOUSSEF
Réalisateur, membre du “front pour la créativité”
Notre constitution nous a toujours garanti une large liberté en matière de créativité. Nous devons être vigilants face au futur texte. Ce serait terrible de régresser. La constitution doit aller vers davantage de liberté et non l’inverse.
Nader Bakkar
Porte-parole du parti salafiste el Nour
Pourquoi les intellectuels s'acharnent-ils toujours à aller à l'encontre de l'islam de prouver qu'ils sont créatifs ? Ils jouissent d’une totale liberté, on veut juste qu'ils ne touchent pas aux valeurs islamiques. Les Egyptiens sont mal à l’aise quand par exemple ils montrent des scènes intimes au cinéma, car c'est étranger à la culture égyptienne. Les gens ont l'impression que ces scènes sont ajoutées pour donner une note occidentale à l'oeuvre.
Le Sinaï, après la révolution
En Egypte, dans le Nord Sinaï, la révolution a changé la donne : la police, qui tenait la région d'une main de fer, a été chassée par la population. Dans ce chaos, les Bédouins se livrent, sans peur, à tous les trafics et notamment à celui des marchandises et des armes qui passent dans la bande de Gaza via des tunnels de la contrebande. Des groupes islamistes se sont même installés au Sinaï. Ils remettent en cause les accords de paix de Camp David avec Israël et font exploser régulièrement le gazoduc qui relie l'Egypte à Israël.
Arte Reportage : Marion Touboul, Ahmed Hassan Sami et Wissam Charaf (Solas Films)
Le courage d'une activiste syrienne
Cette jeune femme a connu les geôles syriennes pendant cinquante-deux jours pour avoir participé aux manifestations dans le Nord du pays et avoir secouru des révolutionnaires blessés. A l'occasion du sommet de l'ONU pour les droits de l'homme et de la démocratie, elle racontera le calvaire qu'elle a vécu dans son pays. Reportage de Marion Touboul et Ahmed Hassan Sami pour la TSR.
Un député salafiste : Nous n'allons pas introduire des changements brutaux dans la société égyptienne
Avec 24% des sièges au Parlement, les salafistes sont devenus la deuxième force politique en Egypte après les Frères Musulmans. Ils ont compté sur des jeunes candidats, la plupart du temps, pour convaincre les électeurs.
Ahmed Khalil, 33 ans, docteur en planification stratégique est l’un de leurs députés. Nous le rencontrons dans un hôtel que le parti salafiste “al-Nour” a réservé entièrement pour ses députés qui habitent hors du Caire afin qu’ils ne s’absentent pas des séances du parlement. Une interview pour essayer de comprendre ces Salafistes qui restaient à l’ombre, loin de la politique, pendant des décennies.
Avant le 25 janvier 2011, vous étiez contre la révolution. Tout d'un coup, après que les manifestants aient prouvé leur insistance, vous avez changé d'avis : n'est-ce cela une sorte d'opportunisme ?
Notre plus grand problème avec le peuple c’était que les gens entendaient beaucoup de rumeurs sur nous mais qu’ils ne nous connaissaient pas vraiment. Avant le 25 janvier, nous avions la réputation d’être des agents des services de la sécurité d’Etat ou bien alliés au régime. Les gens n’écoutaient que certains salafistes dire qu’il ne faut pas renverser le régime. Les Égyptiens ont mis tous les salafistes dans un même panier. C’est une grande erreur. Il n’y avait que 4 ou 5 personnes qui ont appelé à ne pas renverser le régime. Nous avions eu d’ailleurs des problèmes avec ces personnes car ils nous accusaient de ne pas être salafistes.
Une autre chose, si vous rappelez bien, juste avant 25 janvier un salafiste, Sayed Belal, qui appartient à notre école (l’école salafiste d’Alexandrie) a été torturé et tué par l’ex-régime et nous étions accusés d’être les auteurs de l’attentat de l’église d’Alexandrie. Nous étions la cible de la sécurité d’Etat car nos cheikhs refusaient de coopérer avec cet organe. Quand cette école a crée son parti « al-Nour », le peuple a commencé à connaître nos idées. Dès le premier jour, nous étions pour les manifestations pacifiques qui demandaient des droits. Alors ce n’est pas vrai que nous sommes opportunistes.
Longtemps vous avez répété que "la politique", les élections et le parlement sont "HARAM", Comment expliquez-vous votre rentrée dans la politique ?
Nous n’avons jamais dit que la politique est un péché. Nous disons juste que la démocratie qui autorise ce que Dieu a interdit est Haram comme le changement des quotas dans l’héritage, les relations hors mariage ou l’homosexualité..etc.
Nous sommes avec la liberté absolue mais dans le cadre de la Charia. Pour nous, la liberté sans limites est un sabotage. Nous sommes pour les mécanismes de la démocratie, mais nous sommes contre une démocratie qui touche les principes de l’Islam. En ce qui concerne les élections, nous avons dit que les élections à l’époque de Moubarak n’avaient aucun intérêt, mais, après la révolution, quand nous avons trouvé des élections libres et justes nous avons y participé.
Comment expliquez-vous votre score aux Parlementaires ?
Neuf millions d’Egyptiens ont voté pour nous. Nous avons eu 112 sièges. Cela répond à ceux qui disent que nous ne sommes pas égyptiens ou que nous sommes des extrémistes. C’est illogique que les 9 millions soient tous des salafistes. Le peuple égyptien a trouvé que nous ne mentons pas, que nous sommes claires et sérieux.
Il y a des accusations comme quoi vous avez profite de l'analphabétisme en Egypte en disant aux électeurs que les grands prêcheurs salafistes comme Mohammed Hassaan, soutiennent votre parti. Que dites-vous ?
D’abord j’appelle toute personne qui a une preuve concernant ces accusations à les présenter. J’avoue qu’il y avait des erreurs mais c’est du au manque de l’expérience. Mais dans l’avenir quand la culture politique des Egyptiens sera améliorée, toutes ces erreurs, commises par toutes les forces politiques, vont disparaitre.
Pour vous prouver que nous n’avons pas utilisé l’analphabétisme en Egypte, notre parti n’a pas eu recours aux publicités couteuses à la télévision ou dans les rues, nous avons fait la publicité simple. Tout le monde se demande comment un parti né il y a quatre mois seulement a pu avoir ce succès : Notre point fort, c’est que nous sommes dans la rue, aux cotes du peuple, depuis 30 ans.
Le prophète Mohammed dit : "Vous êtes tous des PARRAINS et vous êtes responsables des gens que vous parrainez". Mais vous refusez de communiquer avec les Chrétiens qui sont une partie de cette société, comment expliquez vous ce paradoxe ?
Nous sommes le parti le plus clair dans notre relation avec les Chrétiens. Nous n’avons aucun problème avec eux. Pendant les 18 jours de la révolution, nous étions cote-à-cote avec eu sans aucun barrage. A Alexandrie, ceux qui protégeaient les églises pendant les 18 jours de la révolution étaient les salafistes. Les Chrétiens sont nos partenaires dans la patrie. Nous allons les respecter comme le Prophète nous a ordonné de le faire.
Mais, vous avez dit que vous n’allez pas presenter vos vœux pendant les Noel ?
C’est vrai. Il faut séparer entre les croyances et les droits. Le Pape Chenouda III n’a pas rendu visite au Pape Benedict XVI quand ce dernier était en Egypte et il a expliqué cela par la différence de croyances. Nous appelons à la coexistence, chacun croit à ce qu’il veut. Les chrétiens croient que Jésus est le fils du Dieu ce qui va à l’encontre de notre religion, comment nous pouvons présenter nos vœux ?
Beaucoup parmi les prêcheurs salafistes appellent à imposer la "Jezya" (sorte de taxes sur les Chrétiens), est- cela démocratique ?
Ce n’est pas dans nos priorités. Pour les questions concernant la jurisprudence, al-Azhar, qui est la référence de tous les musulmans en Egypte, sera le juge.
Votre projet politique semble très proche de celui des Saoudiens. Est-ce que vous voulez transformer l'Egypte en une autre Arabie Saoudite ?
Absolument pas. Cela est le résultat des trente ans où les medias n’ont cessé de nous lier au modèle saoudien et quelques uns qui nous ont même liés aux modèles somalien et afghan. Je suis égyptien, je vis en Egypte. D’autre part, nous avons accepté les principes de la démocratie, donc aux prochaines élections, le peuple a le pouvoir de m’évincer du parlement.
Mais ce parlement va rédiger la Constitution, alors vous pouvez le faire d’une manière qui vous aide a garder vos sièges au prochain parlement…
Même si nous tentons le faire, Il y aura un referendum où le peuple égyptien peut refuser la Constitution.
Récemment, une page FaceBook appelée "al-Amr bel Maarouf et al-Nahey an el-Monqar Egypte", cette police saoudienne qui force les gens a prier..etc, a dit qu'elle est liée à votre parti et qu'elle va le prouver, votre commentaire ?
J’affirme que ce groupe n’a aucun lien avec nous. Nous avons fondé un parti qui a sa page officielle qui exprime ses idées. C’est facile de créer un compte FaceBook et dire ce qu’on veut dedans. Nous sommes responsables de ce qui est dit sur notre page officielle seulement.
Le niqab est-il pour vous une obligation dans l'Islam? Est-ce que vous allez l'imposer en Egypte ?
Il faut différer entre propre jurisprudence et ce qu’on appliquera à la communauté. Notre conviction c’est que le niqab est obligatoire. Mais, pour la communauté, il y a quatre écoles de jurisprudence et c’est à eux de choisir parmi ces écoles. Nous ne disons pas que le Niqab sera obligatoire pour toutes les Musulmanes.
Une autre fois, c’est à al-Azhar de donner le dernier mot dans les questions de la Jurisprudence.
Quelle est votre attitude envers la femme en général ?
Beaucoup des droits de la femme sont bafoués en Egypte. Nous allons travailler pour qu’elle obtienne tous ses droits. Il faut changer la culture de la société non seulement les salafistes. Dans le parlement, Il y a 5 femmes élues, quatre d’entre elles appartiennent au courant islamique.
L'Egypte passe une crise économique sans précédent. Le tourisme est la deuxième source de revenu pour l'Etat égyptien. Ce secteur aide à résoudre le problème du chômage en Egypte vu que 1 sur 6 égyptiens y travaillent. En même temps, vous luttez contre le tourisme balnéaire qui attire 50% des touristes...Quelle est votre explication ?
D’abord, je pense que l’ennemi du tourisme en Egypte ce n’est pas les Islamistes, c’est la bureaucratie. Par exemple, nous avons invite l’organisateur du rallye Londres-Le Cape, passant par l’Egypte. Cet organisateur a annulé l’étape de l’Egypte parce qu’il avait besoin de 52 autorisations.
Encore une fois il faut différer entre l’interdiction du tourisme et l’interdiction de ce qui est péché dans le tourisme. Bien sur, nous n’allons pas interdire le tourisme. Au contraire, nous allons créer d’autres pistes pour le tourisme, comme le tourisme médical, le tourisme religieux, le tourisme des rallyes. Il ne faut pas résumer le tourisme aux stations balnéaires. Nous allons reformer ce genre de tourisme afin d’éviter le nudisme qui se trouve sur certaines plages, nous allons consacrer des plages pour les familles, d’autres pour les femmes et d’autres pour les hommes, ainsi que des plages privées. Tout cela sans que personne ne perde son travail. Toutes ces politiques seront appliquées graduellement et sans porter atteinte aux intérêts du peuple égyptien.
Mais, allez-vous appliquer ces politiques sur les Etrangers aussi ?
Chaque pays a ces lois et ces coutumes qui doivent être respectés. Et je ne pense pas que les touristes viennent pour faire ce qu’ils peuvent faire chez eux, Ils viennent pour visiter le pays et connaitre son peuple.
Je ne veux pas réduire le tourisme dans une question de maillot de bain et un vers d’alcool. Le touriste ne vient pas pour cela. Il vient pour des milliers de choses qu’il ne se trouve qu’en Egypte.
Dans les traditions de la société égyptienne, il y a les bars, les cabarets..., allez-vous les fermer? Cela ne touche pas la liberté personnelle ?
Cela n’est pas dans nos priorités pour le moment même si nous nous opposons à ces traditions. Il faut d’abord rétablir la sécurité et redresser l’économie. Et pour rassurer tout le monde, nous n’allons pas introduire des changements brutaux dans la société égyptienne dans tous les domaines.
Certains Salafistes ont appelé à bruler les romans de Naguib Mahfouz. Etes-vous contre la créativité culturelle ?
Nous sommes avec la créativité culturelle absolue dans le cadre des principes de l’Islam. Ceux qui ont lance cet appel ont tort. Nous sommes contre les scènes de nues, mais nous sommes pour la sculpture, la peinture..etc
Etes-vous pour un Etat laïc ou un Etat religieux ?
Nous refusons l’Etat théocratique.
Un Chrétien peut-il être élu président ?
Encore une fois, cela nécessite le changement de la culture de la société qui a refuse qu’un chrétien soit nomme gouverneur. Il faut changer la pensée de cette société qui refuse même les résultats de la démocratie.
Quelle est votre attitude à l’egard de l’exportation du gaz vers Israël et du traité de paix avec l’Etat hébreu en général ?
Nous sommes contre l’exportation du gaz vers Israël, c’est inimaginable qu’ils profitent du gaz au moment où les Egyptiens se battent pour avoir une bonbonne de gaz. En ce qui concerne le traité de paix, nous ne savons pas ses détails. Nous appelons à réviser ce traité et modifier les clauses qui ne vont pas avec les intérêts des Egyptiens.
Que pensez-vous de l’accession des Islamistes au pouvoir en Tunisie, au Maroc, en Libye et en Egypte ?
Les Islamistes ont une chance énorme pour s’exprimer au monde et prouver que les dictateurs les ont utilisés comme terreur pour avoir le soutien de l’Occident et rester au pouvoir.
Article écrit pour le numéro 57 de la revue Le Courrier de l'Atlas (mars 2012) (Photos Françoise Beauguion)
Génération Révolution : Ali Hassan Ali
Ali, 50 ans, est commercial dans la filiale cairote d'Areva. Il vit au Caire dans le quartier populaire de Shoubra avec sa soeur et ses deux filles.
Le 28 janvier 2011, son fils, Mohab, 20 ans, a été tué par balle par les forces de l'ordre lors du "vendredi de la colère", jour où la révolution égyptienne a connu les affrontements les plus violents. Ce jour-là, plus de 800 personnes sont mortes dans tout le pays.
Aujourd'hui, Ali est un activiste politique, il milite avec sa fille de 13 ans Nouhaila pour le départ du conseil militaire qui administre le pays depuis la chute de Moubarak le 11 février 2011.
Pour lui, les fruits de la révolution se résument en la démission de Moubarak et l'organisation des premières élections libres. A part cela, le constat est morose : arrestations arbitraires d'activistes, situation économique catastrophique...
Le chemin est long pour aboutir aux buts de la révolution...
Syrie : Les réfugiés de la répression
Les forces syriennes pilonnent encore Homs, au sixième jour d'un assaut destiné à faire plier la ville rebelle. Impuissante, la Ligue arabe en appelle à l'ONU pour dépêcher en Syrie une mission conjointe d'observateurs. Pendant ce temps, de nombreux Syriens continuent à fuir vers les pays voisins où ils organisent la résistance. Beaucoup d'entre eux sont allés se réfugier en Égypte. Un reportage de Marion Touboul et de Ahmed Hassan Sami.
Égypte : des projections pour dénoncer les crimes de l'armée
Un an après la révolution, le climat est des plus moroses en Égypte. Nombreux sont ceux qui estiment s'être faits confisquer la révolution et tout particulièrement les jeunes militants pro-démocratie. Le pays est toujours régi par un conseil militaire dont les troupes s'illustrent en matière de violation des Droits de l'Homme. Les images montrant comment les militaires usent d'une grande violence à l'encontre des militants qui continuent à manifester place Tharir, ont fait le tour du monde. Le mois dernier, le cas d'une jeune femme tabassée et traînée à terre par les forces de sécurité au cours d'une manifestation réclamant la fin de la transition militaire, avait ému la communauté internationale.
Le mouvement "Askar Kazeboon" sous haute surveillance...Seulement voilà, en Égypte, ces images ne sont pas diffusées par la télévision officielle. Des activistes ont donc créé le mouvement, "Askar Kazeboon", littéralement militaires menteurs". Objectif : organiser des projections sauvages, notamment dans les quartiers populaires, pour montrer le vrai visage de l'armée à la population. Le matériel vidéo utilisé est composé d'une multitude de petites vidéos filmées par téléphone portable. Le mouvement s'est aussi lancé dans la vente de DVD, sous le manteau. Un militantisme qui peut s'avérer dangereux : un organisateur du mouvement a récemment été assassiné et d'autres craignent désormais pour leur vie. Un reportage de Marion Touboul et Ahmed Hassan Sami, correspondants d'ARTE Journal au Caire.
Est-ce que l'armée veux vraiment quitter le pouvoir ? Pourquoi les Islamistes ont remporté les législatives en Egypte ?
Analyse de la situation en Egypte sur RTBF






