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8 juillet 2013

RTBF : Vers où va l'Egypte?

Egypte_des_pro_morsi_face_a_l_armee_8_juillet_2012_scalewidth_630L'Égypte était déjà le sujet de l’émission mardi dernier. En une semaine bien des choses ont basculées, l’armée a démis le président démocratiquement élu et les manifestants ont changés. Aujourd’hui, ce sont les pro-Morsi et les Frères musulmans qui  remplacent les déçus du gouvernement de Mohamed Morsi. Il y a des tués dans chaque camp.  La situation est très confuse …

 

 

 

  

Pour tenter d’y voir plus clair, Eddy Caekelberghs reçoit ce soir :

° Jean MARCOU, directeur des Relations Internationales Institut d'Etudes Politiques de Grenoble qui sort un livre : " La nouvelle Egypte ",  aux éditions Le Cavalier Bleu.

° Ahmed Hassan SAMI, journaliste égyptien à l’agence de presse MENA.

° Bichara KHADER, professeur à l'UCL et directeur du Centre d'études et de recherches sur le Monde Arabe contemporain.

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28 juin 1999

L’Afrique flotte sur une mer de pétrole et de gaz

Le monde du pétrole ne manque pas d'évolutions rapides. Il y a quelques années, on ne cessait pas de parler de la mer Caspienne, qui contient d'importantes réserves de pétrole, en tant que remplaçant de la zone du Golfe arabe, riche des champs du pétrole.

Petrole_1Toutefois, les milieux pétroliers mondiaux ont commencé dernièrement à faire référence à l'Afrique et ses réserves en pétrole qui dépassent de loin celles de la mer Caspienne. Le développement technologique et géologique et le progrès de forage en mer à une profondeur de plus de 400 mètres sous la surface de l'eau ont révélé de nombreuses surprises.

Les chiffres indiquent que l'Afrique contient 12% des réserves mondiales de pétrole, tout en contribuant à environ 11% de la production mondiale de l'or noir, ce qui permet au continent d'occuper une place privilégiée dans le monde du pétrole.

Selon les experts, la production de pétrole en Afrique a augmenté de 43% au cours des dix dernières années. Cette production va augmenter de 50% encore au cours de la prochaine décennie après la découverte du brut dans des nouvelles zones du continent, outre les producteurs traditionnels comme l'Egypte, l'Algérie, la Libye, le Gabon et le Nigeria.

A la fin de l’année dernière, les experts ont estimé les réserves de pétrole en Afrique à près de 72 milliards de, en tenant compte des découvertes de pétrole au Tchad et en Angola. Ils espèrent qu’avec le développement technologique, le pétrole sera prospecté dans d’autres régions, notamment au Niger et au Mali.

Par ailleurs, les experts en matière d'offshore s’attendent à réaliser de nouvelles découvertes dans le golfe de Guinée, en Côte d'Ivoire et en Namibie. Ils jugent que les réserves de pétrole offshore en Afrique sont supérieures à celles de la mer du Nord. En plus, le continent se caractérise par l'absence des obstacles géographiques au contraire de la région de la mer Caspienne qui est difficile d'accès.

L'Afrique a de larges côtes, outre l'existence du Golfe de Guinée face aux États-Unis et le Brésil, ce qui aiderait le continent à l'exportation de milliards de barils de pétrole brut.

Les responsables du secteur à l’occident étaient conscients de ces statistiques et réalités. Ils ont commencé à redécouvrir les richesses de l'Afrique : ils envisagent d'investir entre 40 et 60 milliards de dollars en vingt ans dans la région du golfe de Guinée seule.

Ces responsables ont débuté par l'Angola, où les réserves sont estimées a 10 milliards de barils, bien qu’il n’y ait que six grandes découvertes pétrolières. Les experts jugent que la production de pétrole en Angola pourrait passer de 1 million de barils par jour en 2000 à 2 millions de b/j en 2005, c’est-à-dire l’équivalent de la production actuelle du Nigeria, le plus grand producteur de pétrole dans le continent.

Quant à l'Algérie, l'un des anciens producteurs de pétrole en Afrique, c’est un pays encore prometteur. Depuis 1986, lorsque le gouvernement a autorisé les sociétés pétrolières étrangères à reprendre leur travail dans le pays, une percée dans la découverte et la production a été réalisée. Selon les experts, la production de pétrole en Algérie peut hausser de 65% au cours des quelques prochaines années grâce aux nouvelles technologies.

Pour le Nigeria, les réserves s’élèvent actuellement à 17 milliards de barils, avec une production de 2 millions de b/j. Le pays risque de perdre sa position comme premier producteur de pétrole en Afrique si la situation demeure constante et l’accès aux champs pétroliers libyens devient facile. .La Libye possède des 30 milliards de barils de pétrole, soit près du double des réserves du Nigeria..En même temps, le Congo, l’Egypte, le Gabon, le Tchad et le Soudan n’ont pas encore montré toutes leurs capacités.

En plus du pétrole, les experts estiment que les pays qui n'ont pas du pétrole, auront des champs du gaz naturel, et les géologues misent sur la présence des champs importants en Tanzanie et au Mozambique, outre les recherches menées dans ce domaine au Ghana et au Sénégal.

L'Afrique ne dispose actuellement que 7% des réserves mondiales de gaz, tandis que sa production ne couvre que 4% de la demande mondiale de.

L’économiste Pierre Terzian dit que l’Afrique perd chaque année 15 milliards de francs français parce qu’elle ne se sert pas du gaz sortant des puits du pétrole. Il souligne la nécessité pour le continent noir à doubler ses exportations de gaz au cours des dix prochaines années.

petrole_2Dans ce contexte, l'Algérie et la Libye ont modernisé leurs usines de liquéfaction de gaz pour l'exporter versl’Europe, tandis que le Nigéria a mis en place une usine de liquéfaction de gaz à Bonny (sud-est) en collaboration avec ses partenaires elf, Agip et Shell. L'usine sera mise en fonction début de l'an 2000 et va exporter 8 milliards de mètres cubes de gaz par an vers la France, l’Italie, l’Espagne, le Portugal et la Turquie. Par ce projet, le Nigeria sera le 3eme plus grand exportateur du gaz naturel en Afrique.

D’autres pays ont accordé la priorité au marché intérieur en ce qui concerne le gaz naturel. L’Egypte, qui a de grandes réserves, a remplacé le pétrole, dont elle produit de faibles quantités,  par le gaz pour générer de l'électricité. De son côté, la Tunisie pense sérieusement à compter sur les centrales électriques qui fonctionnent par le gaz pour produire ses besoins d'énergie dans l'avenir.

La situation politique dans les principaux pays producteurs de pétrole en Afrique constitue le grand défi devant le développement du secteur pétrolier dans le continent. L'Algérie, jusqu'à tout récent, vivait dans un état de guerre et la situation dans le pays n’est pas encore stable. Pour l'Angola, le pays n'est pas à l'abri de la crise dans la région des Grands Lacs.  Au Nigeria, outre la corruption, le régime affronte les exigences des habitants des zones de production pétrolière qui veulent toucher une part équitable de la richesse.

Les observateurs jugent nécessaire que les régimes politiques de ces pays règlent ces problèmes, sinon les peuples africains continueront à vivre en misère alors que leur continent flotte sur l’or noir.

Article écrit pour l'édition hebdomadaire du journal économique égyptien "al-Alam al-Youm" (Le Monde aujourd'hui) publiée le 28 juin 1999

6 septembre 2007

La fusion de "Gaz de France" et "Suez" enflamme la concurrence sur le marché français de l'énergie

Après des mois de négociations difficiles, qui se déroulaient sous la bénédiction de l'Elysée, Gaz de France (GDF), qui appartient en majorité à l'Etat français, et le groupe privé de l'energie "Suez" ont annoncé lundi dernier leur accord sur leur fusion dans une entité qui sera le plus grand fournisseur de gaz et le deuxième plus grand producteur d'électricité en France.

Mais, la naissance de cette entité, qui sera nommée "GDF SUEZ" enflammera la concurrence sur le marché de l'énergie, qui commence à être libéralisée, notamment dans le domaine d'électricité contrôlé par "Electricité de France" (EDF).GDF_Suez

Selon les observateurs, la concurrence entre "GDF SUEZ" et "EDF" sur le marche français sera plus féroce que sur le marché européen pour une simple raison, à savoir, les prix de l'énergie sur le marché européen ont été libéralisés depuis début juillet dernier, alors que le gouvernement français continue de contrôler la fixation des prix.

Cette concurrence farouche est dûe à l'importance des deux entités qui sont parmi les géants mondiaux de l'énergie. La valeur de "EDF" sur le marché s'élève à 131 milliards d'euros et son chiffre d'affaires atteint 59 milliards d'euros. Pour "GDF SUEZ", la valeur est de 85 milliards d'euros et le chiffre d'affaires a atteint 72 milliards de dollars.

En dépit de la supériorité de "EDF" dans la production de l'électricité (100.000 mégawatts, contre seulement cinq mille pour GDF SUEZ), la vraie concurrence se fera dans le domaine du gaz, qui dépendra de l'importation. Les deux compagnies ne sont en effet pas considérées comme des réels producteurs.

Il semble que "GDF SUEZ", soutenu par la présidence française, sera privilégié dans ce domaine. Dans une déclaration aux quotidiens algériens "Al-Watan" et "al_Akhbar" lors de sa réçente visite à Alger, Nicolas Sarkozy a exprimé l'espoir de voir se réaliser un rapprochement entre "GDF" et la compagnie algérienne "Sonatrach" en vue d'assurer les besoins de la France en approvisionnement en gaz dans l'avenir.

Pour faire face à la concurrence dans ce domaine, "EDF" a annoncé l'investissement de 20 milliards d'euros en France entre 2005 et 2010 et prévoit l'élargissement de ses activités dans le domaine du gaz naturel liquéfié comme substitut au pétrole. Dans ce contexte, elle va installer une unité de production du méthane à "Dankerk" et possédera des bateaux-citernes de gaz.EDF

En revanche, "GDF SUEZ" possède trois unités pour la production de méthane en France et de nombreux transporteurs.

Pour Collette Lewiner, analyste à "Cap Gemini", la fusion de "GDF" et "Suez" réalisera les ambitions des deux parties. "GDF" pourra utiliser les réacteurs nucléaires appartenant à la "Suez" en Belgique, alors que "Suez" aura accès aux clients de "GDF" dont le nombre s'élève à 11 millions de personnes.

Mais les analystes de la "Société Générale" estiment que cette fusion va forcer la nouvelle entité d'abandonner l'entreprise belge "Distrigaz" productrice de gaz et qui appartient à Suez pour que les autorités européennes de la concurrence approuvent la fusion.

Mais, malgré les nombreux aspects de concurrence entre "GDF SUEZ" et "EDF", il existe toujours un espace disponible pour la coopération entre les deux côtés, notamment après que le président de "Suez", qui sera le PDG de "GDF SUEZ", Gerard Mestrallet, ait affirmé que "Distrigaz" ne serait pas vendue, mais serait échangée contre d'autres activités.

Les analystes de la "Société Générale" pensent que ces affirmations pourraient intéresser "EDF" car si elle détient "Distrigaz", cela lui permettra d'entrer dans le domaine de gaz et d'avoir accès au marché belge qui l'intéresse depuis longtemps en tant que porte sur le grand marché européen. En même temps, "GDF SUEZ" peut obtenir de "EDF" des activités complémentaires à ses propres activités.

Dans ce contexte, le président de "EDF", Pierre Gadonneix, a exprimé son intérêt pour "Distrigaz".

"EDF" et "GDF" sont déjà partenaires dans la compagnie "EDF-GDF Distribution" qui embauche 46 000 personnes. Son sort n'est pas encore connu.

2 juillet 2013

RTBF : L'Egypte...Bras de fer entre le peuple et les Frères musulmans ...et l'armée?

TAHRIR30JUINUn bilan de cette année de présidence de Mohamed Morsi, à la fois, politique, sociale et économique. Bilan aussi des attentes et déceptions de la population égyptienne depuis les manifestations de la place Tahrir en 2011.

 

 

 

 

Pour analyser tout cela, des invités :

Bichara  KHADER, professeur à l'UCL et directeur du Centre d'études et de recherches sur le Monde Arabe contemporain.

Ahmed Hassan SAMI, journaliste à l’agence de presse Mena au Caire.

Gérard CHALIAND, géopolitologue.

 

 

2 juillet 2013

Les Egyptiens veulent être rassurés

L'ultimatum lancé le 1er juillet au chef de l'état par le général Abdel Fattah al-Sissi a replacé l'armée au centre de l'échiquier en Egypte. Incontournable auparavant, elle était retournée dans l'ombre avec l'élection du président Morsi l'année dernière, jusqu'à ce que le mécontentement populaire l'oblige à sortir de sa réserve. Mais quel est le rôle de l'armée égyptienne, pourquoi le peuple la soutient-elle tellement ? Ahmed Hassan est journaliste au Caire, il nous explique ce retour en grâce de l'armée. Une interview menée par Dorothée Haffner pour ARTE Journal.

ARTE Journal : Comment expliquer le soutien du peuple à l'armée ? Les Egyptiens ont-ils oublié les crimes commis par l'armée en 2011, leur incapacité a régler la situation économique du pays ?

TahrirAhmedAhmed Hassan : Après un an des Frères musulmans au pouvoir sans que l'opposition ne propose d'alternatives, les Egyptiens n'ont plus confiance en la politique. Ils ne voient plus que l'armée pour sauver le pays, le stabiliser, pour que l'économie reprenne. Bien sûr on craint de voir l'armée reprendre le pouvoir, mais on espère qu'elle a tiré une leçon des évènements de 2011 et instaure un Conseil présidentiel temporaire, organise une nouvelle Constitution digne des Egyptiens et après des élections législatives et présidentielles.

Les Egyptiens veulent-ils la stabilité à tout prix ?

Il faut savoir que les Egyptiens ne sont pas un peuple vraiment révolutionnaire. Ils cherchent à améliorer leur vie quotidienne et ils veulent être rassurés. Ils veulent d'abord un retour à la normale pour leur vie quotidienne et après la démocratie, la liberté, etc... Plus de 60% des Egyptiens vit sous le seuil de pauvreté, donc les grands discours de démocratie, c'est pour les intellectuels. Le peuple veut tout d'abord un retour à la normale...

Qui fera partir Morsi ? L'armée ou le peuple ?

C'est le peuple. Ce qu'on ressent dans la rue c'est la volonté du peuple, bien sûr soutenue par l'armée, mais la source de la légitimité c'est le peuple. Au moins 17 millions d'Egyptiens sont descendus dans la rue depuis trois jours. Et puis le communiqué de l'armée est très clair: l'armée ne souhaite pas faire partie de la vie politique du régime. Mais comme c'est son rôle de protéger le peuple, elle va décider d'une feuille de route et encadrer son application. L'armée égyptienne ne s'intéresse pas à la vie politique comme les gens le pensent. Elle s'intéresse à garder ses privilèges selon la Constitution, c'est à dire que son budget notamment reste secret et elle veut garder le contrôle sur ses projets économiques.

Une fois Morsi parti, l'Egypte en aurait-elle fini avec les Frères musulmans ?

Ahmed Hassan : Peut-être mais ce serait une grave erreur de passer outre 5 millions d'électeurs islamistes qui l'ont élu il y a un an. Leurs erreurs actuelles découlent du fait qu'ils n'avaient pas l'opportunité de s'exprimer auparavant. Le meilleur serait de les absorber dans la société égyptienne, ils ont le droit d'être représentés comme tout le monde, il ne faut pas les isoler.

La révolte pourrait-elle être mise en stand-by, si j'ose dire, avec le début du ramadan bientôt ou au contraire exploser pour de bon ?

Le ramadan commence dans environ une semaine. D'ici là on saura si le régime des Freres musulmans s'est terminé tranquillement ou s'il y a eu un bain de sang. Ou bien ce sera un ramadan calme parce-que tout sera réglé, ou bien ce sera un ramadan sanglant.

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12 août 1999

Touchka..."Le Second Nil" qui permettra aux Egyptiens de sortir de l'étroite vallée

"Le projet de Touchka est la soupape de sécurité pour l'Egypte". C'est ainsi que la revue française "Jeune Afrique" a qualifié le projet qui constitue, selon elle, un véritable plan pour le développement économique et permettra aux Egyptiens de sortir de l'étroite vallée du Nil. Un projet qui abritera sept millions d'habitants qui peupleront les rives du "Second Nil" de l'Egypte.

imagesSelon la revue, un expert français a indiqué qu'il savait que le projet se ferait à condition d'une réelle volonté politique. "Le président Hosni Moubarak en personne tient à ce projet", a-t-il précisé.

"Jeune Afrique" prévoit que les investissements au projet de Touchka vont permettre d'importants revenus à l'Egypte et aux investisseurs.

Le gouvernement va mettre en place des facilités afin d'attirer les investisseurs. Ils pourront par exemple bénéficier d'une exonération fiscale de 20 ans et d'un prix faible pour acquérir des terrains.

Les milieux financiers et les investisseurs internationaux accordent, de plus en plus, un vif intérêt à ce projet. Les Emirats Arabes Unis réfléchissent à acheter des terrains dans la région de Touchka. La
"Kingdom Agricultural Development Compagny" (Kadco), du prince saoudien Walid Ibn Talal, a jeté son dévolu sur 180 mille hectares de terre, dont 42 mille seront destinés à l'agriculture, le reste à des projets de transformation industriels, alors qu'un groupe de 20 ingénieurs et employés mènent une série de tests à Touchka pour le compte de la compagnie en prévision de mettre à exécution son projet.

Aussi, un groupe d'investisseurs Koweitiens a acheté 100 mille hectares, dont il compte cultiver 40%, au moment ou plusieurs hommes d'affaires égyptiens, comme Ahmed Bahgat, Waguih Abaza et Abdel Menem Saoudi, s'intéressent au projet qui mènera à quadrupler la surface habitable du pays de 5% actuellement à 25% de la superficie de l'Egypte.

Conformément aux estimations de la Chambre Américaine de Commerce au Caire, le total des investissements du projet, au cours des 20 prochaines années, s'élèvera à 90 milliards de dollars. Le quart doit être financé par l'Egypte (une somme qui équivaut à un an de Produit National Brut), le reste par le privé.

Dans ce contexte, Henry Jungblut, directeur régional de la société française d'ingénierie "Sogelerg-Sogreah", qui apporte une assistance technique au Ministère égyptien des travaux publiques et des ressources en eaux, dit qu'"en 1997, personne ne croyait à ce projet, ni les experts internationaux, ni les banques, ni la communauté internationale". Mais que lui, personnellement, il avait confiance en la réalisation du rêve égyptien. "Deux ans et demi plus tard, les travaux avancent en effet à un rythme impressionnant", ajoute-il.images2

Et "Jeune Afrique" de dire qu'environ 40 km des 50km du canal principal, baptisé "cheikh Zayed" en hommage à la contribution financière du chef de l'Etat émirati, sont déjà creusés. En même temps, les premiers appels d'offres sont en cours d'examen pour la construction des quatre branches secondaires qui s'étaleront sur 168 km à l'intérieur de la dépression de quelque 80 mille km2.

Dans une étude réalisée pour le compte de Kadco, le cabinet américain d'ingénierie "Arthur Anderson" affirme que "Touchka est une région extraordinairement fertile car c'est un ancien bras asséché du Nil, il n'y a aucune pollution. L'eau viendra directement du Lac Nasser, pure et chargée de ce limon qui ne franchit pas le barrage d'Assouan".

L'objectif du projet de Touchka est de cultiver des produits de qualité, à forte valeur ajoutée. La majeure partie sera exportée vers l'Europe ou vers le Golfe Arabe.

Mais, est-ce que le pari de l'Egypte au projet de Touchka sera concentré sur le secteur agricole ? "Jeune Afrique" affirme que si le Président Moubarak a choisi d'engager, d'ici 2002, 3 milliards de dollars de fonds publics, pratiquement sans soutien international, pour bâtir le canal et la station de pompage, c'est qu'il compte bien voir le secteur privé prendre ensuite le relais.

Dans ce contexte, Mostapha Kadi, patron du Haut Comité Consultatif sur le projet, dit que les lourds investissements, engagés dans la première phase du projet, concernent essentiellement la production agricole. "Mais, à terme, en 2017, on estime que ce secteur ne représentera que 8% des 90 milliards de dollars investis", précise-t-il.

images3Le projet de Touchka, ce sont aussi des usines de traitement et de transformation des fruits et des légumes, des industries de bas, du tourisme et donc des moyens de transport et l'infrastructure afin de faciliter l'établissement d'une région urbaine développée.

Au contraire du projet de Noubarriya, établi au cours des années 80 à l'Ouest d'Alexandrie et qui n'a pas pu attirer les habitants en raison de l'absence des services, le gouvernement égyptien a appris la leçon des erreurs du passé et œuvre pour fonder une communauté intégrale à Touchka. Reste à savoir si ce beau rêve va se réaliser... 

5 mai 2011

La France aura la priorité dans les contrats de développements en Libye

Iman Bugaighis : ex-porte-parole du Conseil National de Transition. Elle a démissionné parce qu'elle voulu retourner à sa vie académique, mais elle soutient toujours le CNT. Elle donne sa vision de l'avenir des relations franco-libyennes.

ImanBugaighisLa France a été  la première à nous soutenir depuis le premier jour de notre révolution et pour la remercier je pense qu'elle aura la priorité dans les contrats de développement économique en Libye.
 
La société libyenne penche maintenant vers la France, les relations culturelles franco-libyennes seront donc renforcées. Les libyens sont curieux de découvrir la culture du pays qui les soutient depuis le début.
 
Les libyens demandent à la France de poursuivre son soutien pour qu'ils puissent construire leur pays démocratiquement, dans le respect des droits de l'homme, et pour que la  Libye devienne une partie intégrante de la communauté internationale libérale. Ils souhaitent aussi que Paris les aide à raccourcir la période transitoire actuelle.
 
Les révolutionnaires demandent à la France d'augmenter ses investissements en Libye et d'avoir une vision pour tous les secteurs. Il faut qu’elle nous aide à rétablir notre infrastructure, à construire une societe non consommatrice et à développer notre système éducatif.
 
Pour le tourisme la France a également un grand rôle à jouer. Nous avons des sites romains et un désert ouvert au tourisme, mais Qadhafi a détruit ce secteur.
 
Emigration clandestine Le peuple libyen est contre l’émigration clandestine. C'était pour Qadhafi un moyen de pression sur l’Europe. Nous allons contribuer avec la France à la lutte contre ce trafic. De plus, l'Europe doit savoir que les Libyens ne quitteront jamais  leur pays du moment qu'on leur permet d'y vivre avec dignité.
 
Concernant le pétrole, je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose que Sarkozy nous aide à assurer l'acheminement du pétrole libyen vers son pays. C'est un président et il doit chercher les intérêts de son peuple. Les relations internationales sont basées sur les intérêts communs. Si Sarkozy est mal vu en France, c'est une affaire intérieure qui concerne seulement les Français.

Article écrit pour le numéro 48 de la revue Le Courrier de l'Atlas (Mai 2011)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2011/NUM048/#/16/

31 octobre 2012

Quel poids a Taha Hussein dans la culture française?

Influencé par la culture et la littérature françaises,  Taha Hussein appelé le "doyen de la littérature arabe", a commencé la littérature après avoir obtenu un doctorat à l'Université de la Sorbonne à Paris en 1919 sur le thème : "la philosophie sociale d'Ibn Khaldoun". Un travail supervisé par le sociologue et grand philosophe français Emile Durkheim. Taha Hussein a également fortement influencé en retour la culture française.

Taha_HusseinIl suffit de voir le nombre de ses livres traduits en français. Parmi environ 25 de ses oeuvres, onze sont disponibles en français bien qu'il n'ait reçu aucun prix littéraire prestigieux. Cela confirme sa place prépondérante dans la littérature mondiale puisque la traduction des oeuvres des écrivains arabes contemporains était faible à l'époque.

Taha Hussein, aveugle depuis l'âge de trois ans, a attiré l'attention du monde de la littérature quand la maison d'éditions "A. Pedone" a publié sa thèse. Puis la maison d'édition "Excelsior" a publié, en 1934, le premier tome de son autobiographie "Les Jours", traduit par Jean Lecerf, alors que "Gaymard" a publié le second tome, traduit par Jean Lecerf et Gaston Weit, avec une préface d’André Gide.

En 1949, les éditions Denöel publient son roman "L'appel du Karawan".

La maison d'édition égyptienne  Dar al-Maaref publie la version française du roman "Adib", réalisée par les enfants de l'écrivain Amina et Moenes, avant que les éditions "Clancier-Guénaud" ne sortent une autre édition en 1988 avec une préface de Philippe Cardinal.

Mais l'impact de Taha Hussein, né le 15 novembre 1889, sur la culture française ne s'arrête pas à la traduction de ses romans ou essais. Beaucoup de chercheurs français ont écrit sur lui, comme Raymond Francis, qui a publié en 1963 une étude intitulée "Taha Hussein, romancier", et Bruno Ronfard qui a écrit en 1995 chez "Témoins d’humanité" une étude sous le nom "Taha Hussein : Les cultures en dialogue".

Malgré son décès le 28 octobre 1973, l'influence de Taha Hussein pousse toujours les Français à essayer de découvrir sa vie personnelle et, dans ce contexte, la maison d'éditions du Cerf a publié en octobre 2011, les mémoires de son épouse Suzanne, de nationalité française, intitulé "avec toi de la France vers l'Egypte, une histoire d'amour extraordinaire : Suzanne et Taha Hussein".

25 septembre 2011

Un chercheur français : le milieu de la culture égyptienne n'a jamais cessé de résister à la tyrannie

Damien_CordienDamien Cordier-Féron est un chercheur français, co-auteur du livre "Bizerte Otage de l'Histoire...De la 2ème Guerre Mondiale aux Indépendances du Maghreb".

Comment voyez-vous les révolutions arabes en général et la révolution égyptienne en particulier?

Je crois que les Egyptiens, les Tunisiens et les Libyens peuvent être fiers de ce qu'ils ont accompli et l'on ne peut que ce réjouir de ce vent de liberté. Aujourd'hui toutes les cartes sont sur la table, mais les défis sont immenses. On ne peut qu'espérer que les différentes parties jouent le jeux et que ces pays puissent de nouveau aller de l'avant le plus rapidement et pacifiquement possible.
Mes pensées vont à ceux qui ont payé et qui payent encore de leur vie ce combat dans tout le monde arabe.

Vous avez vecu trois ans en Egypte. Comment voyez-vous la vie culturelle égyptienne avant et après le 25 janvier 2011?

A mon sens, et depuis longtemps, le milieu culturel égyptien a joué un rôle très important dans le combat pour la liberté, puis dans la révolution égyptienne. La place Tahrir où ont eu lieu tant de scènes de violence a également été le lieu d'un grand foisonnement intellectuelle et artistique qui fait honneur aux Egyptiens. Une plus grande liberté d'expression ne peut que bénéficier à la révolution.

Couv_Bizerte_Otage_de_l_HistoirePourquoi parler de la crise de Bizerte?

Pour Sébastien Abis et moi-même, la rencontre avec la crise de Bizerte s'est fait, il y a plus de 10 ans, presque par hasard alors que nous étions de jeunes chercheurs en histoire. C'est un sujet très complexe qui relève de problématiques à la fois politiques, diplomatiques, stratégiques, militaires et géographiques. Il est d'autant plus passionnant qu'il est quasi inconnu en France. En Tunisie ces évènements sont naturellement encore très douloureux et sujet à un débat passionné. Enfin, si ces évènements sont très liés à la guerre d'Algérie, ils démentent le mythe d'une décolonisation pacifique de la Tunisie.

Pourquoi publier ce livre maintenant? vous vouliez investir la révolution tunisienne?

Certainement pas. Nous avons commencé à travailler sur le livre bien avant la révolution. Notre objectif était de le publier pour le cinquantenaire de la bataille en juillet 2011.
Mes recherches avaient porté sur l'histoire de la base militaire française de Bizerte en tant que telle. Alors que Sébastien Abis avait déjà publié un livre sur l'histoire diplomatique et politique de la Crise.
Notre démarche a donc été de mettre en commun nos travaux. C'est vraiment l'originalité de l'ouvrage. C'est la première fois que l'histoire de la base et de ce que la France et l'OTAN y ont construit est publié. Et ce  alors que finalement la base est indissociable de ces évènements dramatiques. c'est fondamental pour comprendre la crise.
Par rapport à la révolution tunisienne, notre propos a été de rappeler que l'indépendance de la Tunisie n'est pas intervenue en 1956, mais bien en 1963 lorsque la France a définitivement évacué Bizerte.  Sans doute en 2011, la Tunisie a-t-elle aussi tourné une nouvelle page de son histoire.   

Est-ce que c'est un effort de votre part pour s'excuser à la place de la France?

Non pas du tout. Nous ne désignons pas responsable. C'est au lecteur de se faire une opinion. Par ce livre, nous avons voulu dépassionner la question de Bizerte et tenter d'expliquer la crise dans toute sa complexité. C'est pour cela que l'ouvrage démarre en 1943. Nos travaux ont été réalisés dans une démarche universitaire d'historiens et je l'espère sans parti-pris. Nous ne nous désignons pas de responsable, seulement des responsabilités de part et d'autres.
Nous exposons des faits et tentons d'expliquer comment et pourquoi la France et la Tunisie en sont venus à s'affronter au cours d'une bataille brève mais extrêmement sanglante.

7 mars 2011

La République Démocratique de Tahrir

Le 11 février 2011, une date que les Egyptiens n’oublieront jamais. C’est le jour où ils ont pu faire chuter le Régime sans violence et sans le soutien de l’armée en manifestant sur la Place Tahrir (Libération) pendant 18 jours.


La_place_Tahrir_n_a_pas_desempliKlaxons, musique, feu d'artifices…on se croyait un soir de match de foot, après une victoire, sauf que l'ambiance y est encore beaucoup plus intense…Cette journée-là, la République Démocratique de Tahrir a atteint son but : Renverser Hosni Moubarak.


Les manifestants qui sont sortis de chez eux le 25 janvier pour chercher leur liberté auprès d’un régime dictatorial, veulent désormais célébrer, annuellement, cette expérience qui leur a permis de se connaître.


Cette expérience a aidé le peuple égyptien a retrouver des valeurs comme l’amour, la solidarité, la dignité...Des valeurs qui etaient en train de disparaître en raison de l’oppression subie pendant 30 ans.


Un quasi "Etat" a été crée sur cette place située au centre ville du Caire. Des centres de premier secours, un comité d’organisation, un autre pour la sécurité, d’autres pour nettoyer la place ou l’entrée des vendeurs, des comités pour l’alimentation, des estrades qui servent à des stations de radio pour s’exprimer sur la place…


"La place Tahrir m’a aidé à découvrir plein de choses", dit Mohammad, 19 ans, qui tient un petit café de manière illégale et est venu rejoindre les manifestants pour protester contre les violences policières. "Avant cette Révolution, je comprenais rien à la politique. Une fois j’ai décidé de venir voir ce qui se passe ici, le premier qui m’a parlé était un jeune qui parle plusieurs langues. Ca m’a dégoûté et m’a laissé penser que les manifestations ne sont que des jeunes bourgeois qui ont un peu de temps libre et n’ont pas besoins de l’argent. Mais, il m’a demandé pourquoi je suis venu…Je lui ai dit que à chaque fois que je rentre tard chez moi et je croise un policier dans la rue il m’amène au commissariat de la police et je ne sors pas qu’après que je paie un pot-de-vin c’est-à-dire la petite somme d’argent que je gagne par jour…J’ai passé deux heures avec ce jeune homme qui m’a expliqué pourquoi ils sont là et qu’ils défendent tout les Egyptiens. Il m’a même prouvé qu’il n’y a aucune différence entre riches et pauvres sur la place. Ils dorment tous sur la place sous les mêmes couvertures et partagent les mêmes repas".


Malgré leur fatigue et leur visage sales après plus de deux semaines de protestations, musulmans, coptes, laïques, hommes, femmes, n’arrivent pas à quitter la place où ils vivaient unis pour aboutir à leur objectif : voir leur pays libre et démocratique.


"Nous avons vécu ici comme frères et sœurs", dit Salma, une jeune réalisatrice de 23 ans. "Je n’avais aucun contact ni avec les Frères musulmans ni avec les Salafistes. Sur la place, j’ai découvert qu’ils sont pacifistes comme nous. Ils veulent la même chose que nous. La seule différence entre nous c’est la manière de pratiquer la religion …Eux aussi, ils nous ont découverts, nous ne sommes plus des diablesses pour eux parce que nous ne portons pas le voile".

Une idée Partagée avec Omar, un jeune de 24 ans qui vient de finir ses études et qui appartient à un milieu social très aisé. Pour Omar, c’est le régime qui voulait faire échouer cette Révolution en lançant ce complot comme quoi elle était dirigée par les Frères Musulmans. Le but étant d’obtenir le soutien de l’Occident islamolophobe. "Arrêtons ces mensonges, dit Omar, Ici sur la place il n’y a aucune emblème religieuse. C’est une Révolution nationale qui regroupe les religieux et les laïques, les chrétiens et les musulmans, les vieux et les jeunes, les pauvres et les riches…Ca n’a été jamais une Révolution pour établir un Etat islamique".

Tahrir_chretiens_protegent_musulmansTrois semaines avant la révolution "Blanche", les relations entre musulmans et chrétiens ont témoigné d’une détérioration sans précédant en raison de l’Attentat qui a visé l’Eglise d’al-Quidissein a Alexandrie le 1er janvier. Mais la place Tahrir a tout changé. Désormais, les chrétiens n’accusent plus les musulmans d’être a l’origine de cette attentat, Pour père Mina qui se trouve sur la place pour conduire les messes organisées pendant les manifestations, "c’est le régime qui a planifié cet attentat pour semer la zizanie entre Chrétiens et Musulmans pour attirer l’attention du peuple loin de la corruption et autres crimes qu’il commis..Regardez, quand nous prions, ce sont les Musulmans qui nous protègent contre toute éventuelle attaque du régime pour s’emparer de la place et quand ils prient nous prenons la relève", indique-t-il. "Ne trouvez-vous pas étrange que malgré le retrait des forces de l’ordre des rues du Caire et d’Alexandrie depuis le 28 janvier et le chaos qui a régné ces villes aucune église n’a été touchée ? Tout le peuple les a défendues", ajoute-t-il.

Les Frères Musulmans et les salafistes ont été clairement aperçu pour la première fois, sur la place Tahrir dans l’après midi du mercredi 2 février quand le régime a recouru aux baltaguis (malfaiteurs) et la police secrète, déguisée en manifestants pro-Moubarak, pour attaquer les protestataires et évacuer la place Tahrir. Ces soi-disant pro-Moubarak ont utilisé des balles réelles, des cocktails Molotov, de l’acide sulfurique, des armes blanches et des pavés dans l’attaque.

Les jeunes frères musulmans se sont précipités sur la place pour sauver les manifestants et organiser la défense de la place. Réprimée par les autorités depuis 30 ans, la confrérie a une grande expérience de cette lutte contre ce genre d’attaques.

Peter, un jeune chrétien, est devenu ami avec Tawfiq, l’un des frères musulmans. Ils remercient Dieu qu’ils soient venus. "Nous étions à deux doigts d’être massacrés. Ils sont venus nombreux pour nous renforcer..Tawfiq m’a sauvé de deux baltaguis qui m’ont coincé dans une impasse donnant sur la place". Pour Tawfiq, il n’a rien fait d’extraordinaire. "J’étais chez moi quand j’ai vu sur la télé ce massacre organisé par le régime contre les protestataires sur la place Tahrir. Je me suis trouvé, sans réfléchir, sur la place Tahrir pour les défendre. Ce n’était pas une initiative des Frères musulmans. Tous les Egyptiens se sont précipités pour sauver cette belle Révolution pacifiste".

Youssef, un jeune frère musulmans, ne comprend pas pourquoi l’occident a peur de la confrérie. "Les occidentaux ne vivent pas en Egypte. Ils ne savent pas que dans mon village au Delta (nord de l’Egypte), le régime ne fournit aucun service, C’est la confrérie qui offre ce qu’elle peut aux habitants du village Musulmans et Chrétiens, d’où vient sa popularité". Pour Youssef, l’expérience de la République Démocratique de Tahrir est une preuve de la coexistence de tout le monde. "Je prend mon petit déjeuner avec les laïcs Musulmans, mon déjeuner avec les frères Musulmans et mon dîner avec les coptes…J’espère que cette situation demeure".

Musulmans_et_Chr_tiens_chantent_ensemble_en_Egypte_du_jamais_vuGamal Hanafi, un ex-député frère musulman et membre du Conseil d’administration du syndicat des avocats justifie l’absence officielle des Frères musulmans des manifestations pendant les premiers jours. "Ce sont les jeunes qui ont appelé à ces manifestations, nous ne voulions pas leur voler leur Révolution et pour que le Régime ne nous utilise pas comme prétexte pour l’avorter mais nous étions dans la rue avec les jeunes en tant que partie du peuple égyptien", a-t-il affirmé.

Pour soulager l’Occident et les Egyptiens, Les frères Musulmans se sont engagés à ne pas présenter de candidat aux élections présidentielles de septembre prochain. En plus, Gamal Hanafi a affirmé que les frères Musulmans ne poseront leurs candidatures que dans 35% des circonscriptions pendant les législatives comme d’habitude. "Ce que nous voulons c’est un régime démocratique, juste et honnête", a-t-il précisé.

Abdallah, un musulman laïc du Caire, lui avoue qu’avant cette révolution, il avait peur que les frères prennent les rennes du pays. Mais, après ces trois semaines sur la place, il n’a plus de crainte. "Ils ne sont pas des monstres et même s’ils le sont, si nous souhaitons une vrai démocratie et si la majorité les choisi au pouvoir, il n’y a qu’accepter le choix du peuple…Il faut que l’Occident arrête son hypocrisie et son soutien aux régimes corrompus".

 

Article écrit pour le numéro 46 de la revue Le Courrier de l'Atlas (Mars 2011)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2011/NUM046/#/36/

 

 

5 février 2011

Les tunnels perdurent car rien n’est fait en termes de développement

3 questions à Ahmed Bahnassy, chercheur au Centre d’études de la Middle East News Agency (MENA)

RafahEst-ce que le commerce des tunnels durera longtemps ?

L’attaque israélienne contre la Flotilla, le 31 mai dernier, avait des retombées directes sur le commerce des tunnels. Israël s’est trouvé obligée d’alléger son blocus imposé à la Bande de Gaza, notamment la rentrée des produits alimentaires et de constructions. C’est à dire les produits qui passent le plus par les tunnels. C'est-à-dire que quand Israël durcit le blocus, les tunnels sont très actifs et vice-versa.

Les Israéliens accusent l’Egypte de ne rien faire a l’égard des …Est-ce que c’est vrai que les services de renseignements égyptiens dirigent des tunnels ?

Dire que le gouvernement égyptien sait tout sur les tunnels et ne fait rien, cela n'est que des allégations israéliennes. Pourquoi alors l'Egypte construit le mur sur les frontières? Il y a un mois, la télévision israélienne a diffusé un documentaire sur les tunnels de Gaza avec une liste des noms des Palestiniens responsables de ces tunnels, pourquoi alors ils n’ont pas agit? Ils ont mené la dernière guerre contre la Bande de Gaza fin 2009 sous prétexte d’éradiquer les tunnels. Mais bizarrement, les Israéliens ne sont pas rentrés dans la soit-disant zone des tunnels.

En ce qui concerne les services de renseignements égyptiens, je ne pense pas qu'ils dirigent des tunnels, peut-être qu'ils tournent le dos pour certains tunnels pour alléger la situation dans la Bande de Gaza. C'est à dire, ils laissent passer les besoins alimentaires nécessaires pour les Gazaouis afin de maintenir la sécurité de l'Egypte. Je vous rappelle de ce qui s'est passé en janvier 2008 quand les Palestiniens de Gaza ont franchi les frontières égyptiennes pour avoir accès à leurs besoins.

Beaucoup des bedouins se plaignent de la violence avec laquelle les forces de l'ordre égyptiennes les traitent?

Je ne veux pas qualifier de violence ce qui se passe entre les forces de l'ordre égyptiennes et les Bédouins en Sinai. Ces derniers vivent sur le territoire égyptien contrôlé par le gouvernement égyptien et ou sont appliquées les lois égyptiennes. Le gouvernement prend les mesures nécessaires pour réaliser ses intérêts sécuritaires. Les Bédouins sont également impliqués dans le trafic des drogues et des armes. Mais, je dois avoue qu'il y a des abus de la part des forces de l'ordre dus au regard au bedouin en tant que traitre et l'absence du developpement humain au Sinai. Ces abus sont très dangereux pour la sécurité nationale de l'Egypte. Le Sinai est une zone exemptée des armes et les Bedouins ont leur armes, alors ils peuvent être la première ligne de défense de l'Egypte en cas d'une attaque israélienne comme ils peuvent être la première source de danger selon la manière qu'on les traite.

Article écrit pour le numéro 45 de la revue Le Courrier de l'Atlas (Fevrier 2011)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2011/NUM045/#/73/

 

 

 

21 avril 2012

Guillaume de Dieuleveult : Je ne croyais pas vraiment que les Egyptiens auraient fait une révolution

Guillaume de Dieuleveult est un journaliste a la revue française "Le Figaro". Il a vecu en Egypte entre 2006 et 2009, où  il été correspondant pour "La Croix", Radio Vatican, et d'autres medias français. Il vient de publier son livre "Dictionnaire Insolite de l’Egypte".

imagesComment voyez-vous le déroulement des évènements actuels en Egypte?

Pour être honnête, d’un peu loin. La plupart des articles que j’ai l’occasion de lire parlent de l’Egypte sous l’angle "Frères Musulmans" versus "Pro-Moubarak". J’ai peine à croire que l’actualité en Egypte se réduise à cette confrontation, et je suis très curieux de savoir comment est la vie quotidienne en Egypte depuis la révolution. Comment se porte l’économie ? Où en sont les grands projets : métro du Caire, musée, Toshka, centrale nucléaire… Les entreprises étrangères investissent elles toujours en Egypte ? Et au quotidien, qu’est ce qui a changé ? Les conversations sont elles plus libres ? Quels sont les rapports de la population envers la police ? Les Frères Musulmans ont ils gagné en popularité depuis la révolution ? Les rues du Caire sont elles aussi sûres que lorsque j’y habitais… En fait, j’ai hâte de revenir en Egypte pour voir tout ça de mes yeux, et aller boire quelques stellas dans ces bons vieux bars cairotes.

Vous avez résidé en Egypte pendant 3 ans. Pensiez vous que les Egyptiens auraient fait une révolution?

Je  n’y croyais pas vraiment car je pensais le régime trop puissant et les opposants trop éparpillés. J’ai donc suivi les soulèvements de l’hiver 2011 avec incrédulité au début, puis avec beaucoup d’admiration pour votre courage, et à la fin j’étais fier pour vous. Maintenant, est ce qu’on peut vraiment parler d’une révolution en Egypte ?

Vous avez suivi la révolution en France. Quels étaient vos sentiments?

Pour ma part, de la frustration. J’aurais beaucoup donné pour être avec vous place Tahrir.

Pensez-vous que les Egyptiens réussiront à se débarrasser des pro régime Moubarak?

Ils avaient intérêt à se débarrasser du régime et de Moubarak. Il y avait bien sûr une insupportable corruption. Mais je pense qu’il faut faire attention à ne pas tomber dans l’épuration.

Que voulez-vous dire par votre livre?

C’est "Dictionnaire Insolite de l’Egypte". C’est une collection de dictionnaires qui donnent un regard un peu décalé et subjectif, sur des pays et des villes du monde. Ils sont écrits par des gens qui vivent ou y ont vécu et donnent donc un regard "de l’intérieur". Le livre s’adresse à toutes les personnes curieuses de l’Egypte. J’imaginais quelqu’un qui n’est jamais venu au Caire et qui se promène dans le centre ville pour la première fois : il voit des tas de choses inconnues, j’espère qu’en lisant ce dictionnaire, il pourra les décrypter un peu mieux. L’avantage du dictionnaire c’est une lecture facile et rapide, avec des textes courts. Parfait quand on voyage.

Pourquoi un livre sur l'Egypte? Quelle est l'idée et pourquoi maintenant?

Les Français ont une longue histoire avec l’Egypte. C’est un pays qui leur est à la fois familier et méconnu. Ils étudient l’Egypte antique à l’école et beaucoup d’entre eux vont au moins une fois dans leur vie voir les pyramides et les temples. Mais à part ça… De l’Egypte, on évoque toujours les mêmes sujets : les pharaons, les pyramides, les frères musulmans et le canal de Suez. Dans ce petit livre j’ai essayé de parler d’autres choses que j’ai aimées ou détestées en Egypte, et qui ont fait que je reste très attaché à ce pays. Et quand j’y repense, je me dis que je pourrais écrire un deuxième dictionnaire tant il me reste de choses.

 

2 février 2010

Le jour des funérailles d'Oum Kalthoum

SAIDSaïd Hekal : violoniste, il fut l’un des musiciens de la chanteuse Oum Kalthoum qu’il a accompagnée dans ses tournées à travers le monde de 1959 à sa mort. Celui qui fut le doyen de l’Institut supérieur de la musique arabe à l’Académie des Arts au Caire a également joué avec les artistes arabes les plus célèbres à l’époque comme Abdel Halim Hafez ou Warda.

Le 5 février 1975, le monde arabe, éploré, conduit à sa dernière demeure "l’Astre de l’Orient". La chanteuse Oum Kalthoum, qui rassemblait les foules de tous âges du Mashreq au Maghreb , est décédé à l’âge de 71 ans, Saïd Hekal avait lui-même 19 ans lorsqu’il rejoint l’orchestre d’Es Sett. Il raconte la disparition de l’icône.

La mort d'Oum Kalthoum a provoqué un grand choc pour tous les Egyptiens. S'ils considéraient Gamal Abdel Nasser, le président égyptien, comme leur père, ils perdaient alors leur mère.

Le jour de ses funérailles, le Caire était rempli d'Egyptiens venus de tout le pays et de milliers de personnes en provenance du monde arabe, en particulier du Maghreb. La foule s’est emparée du cercueil. C’est elle qui l’a fait cheminer à travers la ville. Il y avait même des personnes qui étaient sorties de chez elles pieds nus pour rattraper le cercueil.

FunerailLe cortège a progressé ainsi durant plus de trois heures. Les fans d’Oum Kalthoum pleuraient, ils avaient l’impression d’avoir perdu celle qui faisait le trait d’union entre les Arabes. Tous les artistes connus en Egypte, tous les politiciens et les gens influents dans la région étaient unis sous le choc de sa mort. Les programmes télé et radio avaient revêtu leurs habits de deuil en diffusant des passages du Coran en l’honneur de la diva. Les funérailles étaient retransmises en direct.

On a marché à travers tout le Caire de la mosquée Omar Makram (au centre-ville) jusqu'au cimetière d'El Bassatine, où elle est enterrée. La foule était répandue sur près de deux kilomètres. On dit qu'il y avait plus de deux millions de personnes. Une rumeur disait même que les forces de l'ordre avaient utilisé de faux sarcophages pour disperser la foule. On n'avait jamais connu des funérailles aussi populaires. Celles de Gamal Abdel Nasser avaient été gigantesques, mais il était une idole politique. Oum Kalthoum, elle, restait une chanteuse.

Les derniers mois, "l'Astre de l'Orient" n'était plus que l'ombre d'elle-même. Elle a enregistrée sa dernière chanson assise, ce qui n'était pas commun pour elle. Son dernier concert a été annulé avant qu'elle ne soit maintenue sous ventilation à l'hôpital pour des semaines. Sa mort n'aurait donc pas dû provoquer une telle surprise. Les gens ont assisté à ses obsèques comme s'il s'agissait de son dernier concert.

OumJ'ai passé quinze ans aux côtés d'Oum Kalthoum. J'étais violoniste dans sa bande qui comptait une vingtaine de musiciens. Avec mes dix-neuf ans, j'étais le plus jeune de la troupe. C'était un grand honneur d'être choisi pour jouer avec elle. On la surnommait Es Sett, (La Dame), car elle était déjà à l'époque pour les Egyptiens au dessus de toutes les femmes. Elle n'était pas très belle, mais avait beaucoup d'allure et surtout, une voix hors du commun.

Quand j'ai rejoint la bande de musiciens, les répétitions avaient lieu le matin chez elle. Les horaires étaient compliqués pour moi car j'étais encore étudiant au conservatoire.  Oum Kalthoum a alors appelé le doyen de l'institut pour que je puisse m'absenter des cours entre 10 heures et midi. Personne n'avait le droit d'être en retard. Ces rendez-vous autour de la cantatrice étaient à chaque fois un grand moment pour moi. Tout l'orchestre était très concentré, Oum Kalthoum était très exigeante envers elle-même et envers son équipe.

Elle commençait toujours les répétitions une heure avant nous. Elle s'échauffait la voix et apprenait par cœur les mélodies et les paroles. Quand on s'entraînait avec elle, elle voulait que chaque note sorte parfaitement. Seuls trois musiciens, les plus expérimentés, pouvaient lui adresser la parole. Nous, on ne faisait que suivre, éblouis par son talent. Nous ne nous permettions pas d'aller la voir car elle était un véritable mythe pour nous.

D'un autre côté, elle cherchait toujours des moyens de résoudre nos problèmes personnels. Elle faisait par exemple en sorte que les musiciens originaires du Sud de l'Egypte soient mutés au Caire.

Concert du jeudi Les concerts avaient lieu chaque premier jeudi du mois. L'événement était retransmis à la radio. C'était un grand moment autant pour nous, musiciens, que pour les Egyptiens. Les gens étaient collés à leur radio. Je me souviens, quand j'étais petit, j'avais l'habitude moi aussi de suivre ce rendez-vous.

On se réunissait avec ma famille autour d'un bon repas et on écoutait le concert pendant trois heures. Riches ou pauvres, tous les Egyptiens étaient pendus à ses lèvres. Pendant sa représentation, toutes les activités étaient suspendues. Le phénomène allait même au-delà de l'Egypte : Les arabes, du Maghreb au Mashreq, étaient eux aussi captivés par la voix de notre diva.

Oum Kalthoum chantait seulement deux ou trois chansons. Mais chacune durait plus d'une heure ! Du coup, en sortant de la salle, les spectateurs avaient les paroles en tête. Ce qui est marrant, c'est que même si certains titres ont eu un succès immédiat comme Enta Omri (Tu es ma Vie), les autres n'ont pas été oubliés. Ils sont devenus des classiques de la chanson arabe après sa mort.

Quand j'ai rejoint la bande, j'ai découvert les coulisses de ces concerts. Elle aimait garder une grande distance entre elle et son équipe. C'était sa manière d'imposer le respect. Elle voulait aussi s'assurer que chaque instrument soit parfaitement accordé avant d'entrer sur scène.

Lors du concert, elle restait assise le temps de l'introduction musicale qui pouvait durer un quart d'heure. Elle aimait se noyer doucement dans l'ambiance. On était très admiratifs de l'effet qu'elle produisait sur les spectateurs. Ils savouraient chaque parole.

ConcertQuant à nous, son orchestre, nous ne regardions jamais les partitions, tout était à l'oreille. Il fallait être très attentif car il était rare qu'elle nous prévienne pendant la chanson de ce qu'elle va faire. Elle pouvait décider de répéter des couplets au dernier moment. Parfois quand elle n'était pas satisfaite de sa voix sur une phrase, même dans le concert, elle l'a chantait de nouveau  jusqu'à ce qu'elle entende les spectateurs crier "Allah, Ya Sett !".

Après les concerts, nous ne passions pas de temps ensemble. Elle sortait par une porte et nous une autre.  Ses représentations étaient toujours à guichet fermé. Oum Kalthoum a crée, sans le vouloir, le système des avions charters : Des arabes du Golfe venaient uniquement en Egypte pour assister à son concert.

Le concert de l'Olympia L'événement qui m'a le plus marqué reste les deux concerts que l'on a donnés à l'Olympia, à Paris. La décision de jouer en France avait été prise bien avant la guerre des Six jours, de 1967. Au moment des combats, on a tous pensé que ce serait annulé mais Oum Kalthoum a plutôt trouvé que c'était une bonne opportunité d'organiser des concerts à travers le monde pour collecter de l'argent à destination de l'armée égyptienne.

Dans ce but, nous nous sommes rendus à Tripoli, à Beyrouth, à Damas, à Bagdad... Dans toutes les grandes villes arabes. Concernant le passage à Paris, le directeur de l'Olympia nous a avertis qu'il y aurait sans doute des troubles orchestrés par des Sionistes. Il avait reçu beaucoup de menaces. Oum Kalthoum s'en moquait mais, nous, nous étions très tendus.

Quand le rideau s'est ouvert, on a tous été surpris de constater que la salle était pleine à craquer. Dans le public, il y avait beaucoup de juifs Arabes et des Français. La musique dépassait nos discordes politiques. Tous adoraient Oum Kalthoum même s'ils ne comprenaient pas les paroles ! J'ai trouvé cela très touchant. Je me souviens d'avoir croisé Charles Aznavour et Enrico Massias. Le président Charles de Gaulle lui a même envoyé un télégramme pour la féliciter.

Oum Kalthoum a eu un tel succès là bas qu'un spectateur franco-algérien qui avait un peu trop bu s'est jeté sur la scène, s'est accroché à ses pieds pour les embrasser. Elle est tombée mais cela l'a fait rire et elle s'est moquée de lui pendant la chanson suivante.

En sortant de l'Olympia, il y avait dix fois plus de personnes dehors que dans la salle. Les gens n'avaient pas trouvé de billets mais restaient là dans l'espoir de voir la chanteuse. La foule était tel que lors de la représentation du lendemain, les forces de l'ordre étaient partout.

J'ai réalisé à ce moment que la musique peut résoudre plein de différends entre les nations. Oum Kalthoum, elle, avait réussi à unir les arabes. Une chose que ni la religion, ni la langue, ni les politiciens n'ont jamais réussi à obtenir.

Article écrit pour le numéro 34 de la revue Le Courrier de l'Atlas (février 2010)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2010/NUM034/#/48/

30 août 2010

al-Gamaa : un feuillton qui suscite la polémique en Egypte

 

 

 

 

 

al_gamaaEn Egypte, pendant ce mois du Ramadan, un feuilleton fait fureur. Il retrace l’histoire de la confrérie des Frères Musulmans et a fait naître une vraie polémique au Caire.

Les frères musulmans ne décolèrent pas. Ils sont convaincus que cette série de douze épisodes a été créée dans le but de les anéantir à quelques mois des élections législatives.

La série télévisée décrit le travail d'un policier qui décide d'enquêter sur le passé des Frères musulmans. On découvre ainsi, à travers des flash back, l'histoire de la confrérie.

Un feuilleton qui n'est pas objectif selon Mohamed Abdel Qodous, membre de l'organisation. "A mon sens, le scénariste n'avait dès le début pas envie de faire une œuvre historique de dire la vérité sur nous. Il avait envie de nous porter atteinte. Pleins de faits historiques sont changés. Il dit par exemple que nous étions des alliés de l'Arabie Saoudite dans les années 30 alors même que le Royaume était officiellement fondé, tout cela n'est pas logique".

 

 

Le scénariste de cette série Wahid Hamed est un farouche opposant aux frères musulmans. Il les présente dans plusieurs épisodes, comme des arrivistes, prêts à tout pour atteindre buts personnels. Une réalité selon lui historique. "J’ai décrit la réalité telle qu’elle est, pour que les téléspectateur puissent juger d'eux-mêmes. Hassan el Banna, le fondateur de la confrérie, est un prédicateur qui s’est trompé de route. Il s’est orienté vers la politique et il n'a aidé ni l’islam, ni la politique. Les frères musulmans sont un groupe qui prend la religion comme couverture. Mais ils ont leur plan politique et économique dans le but de diriger le pays".

 

 

Les Frères Musulmans n'ont pas dit leur dernier mot. Ils préparent eux aussi un film pour contrecarrer la série.

Sujet realisé avec Marion Touboul pour la radio allemande DW

 

14 juin 2002

Selon un expert français, le GNL est l'avenir de l'énergie en Egypte

chatelus_1998L'expert français en matière d'énergie Michel Chatelus a affirmé que le gaz naturel liquéfié (GNL) représente un avenir prospère pour l'Egypte grâce aux réserves qui se situent entre 1200 et 3000 milliards mètres cubes.

Chatelus, professeur de sciences économiques à l'Institut d'Etudes Politiques de Grenoble, indique que les réserves de pétrole en Egypte s'élèvent à 400 millions de tonnes (un tonne de pétrole = 7,3 barils), soit moins de 1% des réserves mondiales, alors que la production atteint 750 mille barils/jour.

L'expert français estime que l'Egypte arrêtera ses exportations de pétrole entre 2005 et 2010 si le taux de consommation actuel se maintient. "Les compagnies pétrolières mondiales sont de moins en moins intéressées à parler de pétrole en Egypte mais davantage de gaz", dit-il.

Selon Chatelus, depuis la découverte d'importantes ressources en gaz en Egypte, deux enjeux sont pris en compte. "Tout d'abord, le développement du gaz à l'intérieur du pays, surtout au niveau domestique. Car aujourd'hui, le gaz ne représente encore que 30% de la consommation énergétique contre 60% pour le pétrole...Le problème qui se pose concerne essentiellement le manque de réseaux", précise-t-il. "Le second enjeu est l'exportation du gaz naturel dans le but d'obtenir des revenus qui pourront compenser la diminution des revenus provenant du pétrole".

Et Chatelus de dire que l'Egypte peut exporter, pendant les 5 prochaines années, 10 milliards de m3 de gaz naturel. "Toutefois, l'Egypte affrontera une concurrence farouche sur le marche du gaz naturel. Cette concurrence est due à la présence de la plus grande réserve mondial en gaz naturel au Qatar (15 mille milliards de m3), alors que l'Algérie possède une réserve de 4200 milliards de m3. Dans le même temps, la Lybie se prépare à construire un gazoduc pour exporter son gaz naturel vers l'Italie", souligne-t-il.

Chatelus estime que l'Egypte peut faire face à cette concurrence en s'orientant aux projets de liquéfaction du gaz naturel. "Le GNL pourrait être vendu sur tous les marches sans avoir besoin de gazoducs, dont le cout est haut et les marches sont limites", ajoute-t-il.

Selon lui, les compagnies françaises s'intéressent au gaz naturel égyptien, notamment le GNL. "Gaz de France (GDF) a achète toute la production du GNL a Alexandrie sur les 20 ans à venir", explique-t-il. "De même, Electricité de France (EDF) participe au projet de la liaison électrique dans la Méditerranée, pendant que GDF construit deux grandes centrales de production électrique à partir du gaz naturel, au Golfe de Suez et à Port-Saïd, pour une capacité de 600 mégawatts chacune.

Et Chatelus de dire que le marché du gaz naturel est instable et que les cours varient beaucoup. "Cependant, à l'instar de l'Organisation des pays exportateurs du pétrole (OPEP), la Russie a crée une sorte d'Organisation de pays exportateurs du gaz naturel, à laquelle l'Egypte a dernièrement adhéré, afin de pouvoir maitriser le prix", a-t-il conclu.

4 juin 2011

Marion Touboul : La vie culturelle en Egypte est devenue plus libre après la Révolution

MT

Marion Touboul (www.unjourici.canalblog.com) est une journaliste française. Elle est  la correspondante de plusieurs medias français comme Arte, Europe 1,  La Vie et Marianne, outre la Radio allemande Deutsche Welle et Radio Vatican.

 

Vous vivez en Egypte depuis plus de trois ans...Quelle est la différence entre l'Egypte avant le 25 janvier et l'Egypte d'après la Révolution?

La principale différence est quand je travaille. Avant, la plupart des gens avaient peur de parler, notamment devant une caméra. ils avaient peur des réactions dans leur quartier, ils faisaient très attention à leurs propos. Maintenant, ils n'ont plus peur, ils ne censurent rien. C'est très appréciable. Après, je trouve que l'état d'esprit des gens juste après la révolution et maintenant, a changé. Ils étaient très optimistes, très souriants, j'entends maintenant des égyptiens, en particulier les chauffeurs de taxi, qui disent que la révolution a échoué en raison des difficultés économiques. Donc l'Egypte change en permanence en ce moment, chaque semaine, elle est différente.

D'après vous, quel est le rôle de la culture dans le règlement des problèmes de l'Egypte?

La culture joue un rôle important du fait qu'elle contribue à ouvrir les esprits des gens. On voit maintenant des pièces de théâtres, des chansons et même un film sur la révolution. Les Egyptiens prennent ainsi conscience de ce qu'ils ont réalisé et cela les rend fiers. J'espère que la culture restera libre, sans censure, comme elle semble l'être en ce moment. Des films comme "l'Immeuble Yacoubian" avaient déjà contribué à éveiller les consciences avant la révolution.

Comment voyez-vous la vie, surtout culturelle, en Egypte après la Révolution?XXI

La vie culturelle maintenant n'a rien à voir avec avant selon moi. Elle est maintenant beaucoup plus libre, la culture aborde la politique, le quotidien des Egyptiens... Elle est engagée. Notamment dans la musique, ce n'est plus seulement maintenant des chansons d'amour, on écoute aussi maintenant davantage de chansons politiques. J'apprécie aussi l'exposition dans la station de métro Sadate, je n'aurais imaginé que cela aurait été possible. Le fait aussi que des jeunes décorent les murs par des graffitis est une belle chose même si elle doit être contrôlée. C'est sain de voir le peuple se "réapproprier" sa ville, son quartier. Avant, j'avais l'impression que les Egyptiens passaient leur colère sur leur rue, en y prenant pas soin, en les négligeant.

Vous avez écrit "Le roi des contrebandiers" pour la revue "XXI". Pourquoi un article sous forme d'un roman sur les bédouins et les contrebandiers?

Ce n'est pas un roman, c'est bel et bien une histoire vraie, il n'y a pas de fiction. La grande différence avec un article, c'est que la revue permet d'avoir la place pour véritablement aller au fond de l'histoire et qu'elle accorde beaucoup d'importances au détail, à la description, ce qui me semblait important de faire dans l'histoire de ce cheikh.

Qu'est-ce que vous a inspiré dans le personnage?

Son parcours de vie. Il était instituteur et est devenu contrebandier. Il n'aurait pas demandé mieux de rester instituteur mais l'ancien régime ne lui donnait pas un salaire suffisant. En cela, ce Cheikh me semble plutôt une "victime" du système. Il n'a rien du méchant bandit qu'on s'imagine quand on parle de contrebandier. Son humour, son intelligence m'ont aussi donné l'envie de passer du temps avec lui. Il a aussi beaucoup de courage. Quand l'un de ses amis, recherché par la police, a été blessé dans un accident de la route, il l'a envoyé dans un hôpital à Gaza via des tunnels de la contrebande pour ne pas que les policiers l'arrêtent en Egypte. J'ai trouvé ça très courageux et très astucieux.

8 juin 2011

Tangi Salaün : Avant le 25 janvier, je me demandais par quel miracle les Egyptiens n’avaient pas encore explosé

Tangi Salaün est un journaliste français. Il est le correspondant des revues Le Figaro et l'Express et la radio française RTL

Comment voyez-vous la Révolution Egyptienne? Quelles sont vos remarques?

D’abord c’est une révolution que je ne pensais plus voir arriver, après avoir couvert des dizaines de manifestations qui ne rassemblaient jamais plus de quelques centaines de personnes…. Cela faisait pourtant des années que je constatais dans mes reportages la dégradation des conditions de vie pour une majorité de la population (hausse des prix, chômage des jeunes, dégradation du système de santé, de l’éducation, multiplication des quartiers informels (ashwayets) victimes de coupures d’eau et d’électricité, accidents à répétition dans les transports, pollution, etc…), la montée des frustrations face à un système politique verrouillé, la colère face aux abus policiers, à la corruption, aux inégalités.. Bref, je me demandais par quel " miracle" les Egyptiens n’avaient pas encore explosé… Lorsque le 25 janvier est arrivé, j’ai pourtant été surpris par la détermination des manifestants, malgré la violence de la répression, puis par leur capacité à rester mobilisés sur Tahrir et ailleurs, à conserver leur sens de l’humour même dans les moments les plus dramatiques, à se libérer de la peur en disant tout haut ce qu’ils pensaient depuis des années sans oser l’exprimer, à poursuivre un but commun sans différence de religion, de sexe, d’âge, de classe sociale... J’ai enfin été impressionné par cette fierté retrouvée à la fin de la révolution, ce sentiment de libération que l’on pouvait ressentir partout.9782021039382

Quelles sont les moments les plus importants qui vous ont inspires sur la place Tahrir ?

L’arrivée des chars et les premières scènes de "fraternisation" le 29, qui ont montré que l’intervention de l’armée n’était pas la fin mais le début de quelque chose, les conférences que donnaient des personnalités comme Alaa el-Aswany la nuit pour soutenir les manifestants qui dormaient sur place, la violence de la "bataille des chameaux ", la première millioneya où l’on a vu arriver plein de gens qui venaient pour la première fois sur la place et compris que la majorité de l’opinion publique avait basculé du côté de la révolution, les scènes d’espoir, de déception puis de joie entre le dernier discours de Moubarak le 10 février et le lendemain de son départ le 12 février.

Vous vivez en Egypte depuis plus de 10 ans...quelle est la différence entre l'Egypte d'avant le 25 janvier et l'Egypte d'après la Révolution?

Elle est surtout, pour le moment, dans le discours et l’attitude des gens, qui n’ont plus peur de dire ce qu’ils pensent, de revendiquer leurs droits. Mais pour le reste il va falloir du temps et il est difficile de tirer des conclusions tant que le pays ne s’est pas doté de ses nouvelles institutions (parlement, gouvernement, président, constitution).

Comment voyez-vous la vie culturelle en Egypte après la Révolution?

Il me semble qu’à court terme c’est elle qui peut le plus bénéficier de la libération des esprits et de la créativité. On le voit déjà avec la musique, les graffitis sur les murs, le cinéma, les radios libres, les expositions autour de la révolution... Dans ce domaine aussi, la révolution donne aux jeunes qui en étaient écartés (ou marginalisés) l’opportunité de se faire une place sur le devant de la scène.

Vous venez de publier "L’Egypte de Tahrir ". D'ou vient l'idée de votre œuvre? Depuis quand vous travaillez sur ce livre?

Le projet de faire un livre de journalistes (c'est-à-dire destiné à un grand public) est ancien, car il n’en existait pratiquement pas en français sur l’Egypte contemporaine. Il s’est précisé lorsque Hosni Moubarak a été hospitalisé en Allemagne en mars 2010 et qu’il a semblé probable qu’il ne resterait plus très longtemps au pouvoir. L’idée, c’était de faire une "radiographie " de la société égyptienne pour expliquer aux Français quelle Egypte Moubarak allait laisser à son successeur, quels sont ses problèmes, ses atouts, ses grands défis, etc. Tout cela à travers des reportages, des rencontres, des témoignages des Egyptiens eux-mêmes… On avait commencé à rédiger le livre à l’automne 2010. Evidemment, la révolution a tout bousculé.

7 juin 1999

Obasanjo affronte d’importants défis au Nigeria

obasanjoA son arrivée au pouvoir au Nigeria, Olusegun Obasanjo, a reçu entre ses mains un pays dans une situation accablante : dettes énormes, taux élevé de pauvreté, conflits ethniques et une situation économique grave dans ce pays, qui était dans les années 70 classé dans la liste des trente pays les plus riches du monde, et aujourd'hui l'un des pays pauvres.

Il suffit d'indiquer ce qui était annoncé par la Conférence de la lutte contre la pauvreté, qui a eu lieu en Janvier dernier dans la capitale nigériane Abuja : 60% de la population vit en dessous du seuil de pauvreté, tandis que dans le secteur de la santé, qui est une mesure du bien-être et de la prospérité, 90% des bébés sont nés à la maison par manque de service aux hôpitaux et 10% des enfants meurent avant d'atteindre l'âge de 10 ans en raison de soins de santé inadéquats. 

Selon les rapports du Forum Economique Mondial à Davos et l'Institut Harvard pour le développement international, les dettes du Nigeria s’élèvent a 30 milliards de dollars, alors que le pays est classé avant-dernier en terme de compétitivité parmi 23 pays africains, à cause de la corruption, de l'instabilité politique et de la détérioration de l’infrastructure. 

D’autres rapports indiquent également que le nombre de banques opérant au Nigeria baisse alors que l'investissement industriel a reculé de 50% au premier semestre de 1998, ce qui montre un manque de confiance des investisseurs dans l'économie nigériane. 

Obasanjo est devant un défi majeur face à la détérioration du secteur de l'agriculture, qui absorbe 60% de la main-d'œuvre dans le pays et contribue pour environ 40% du PIB. Cette détérioration aura un impact négatif sur la stabilité sociale et politique dans le pays. Le président nigérien n’aura qu’à octroyer des primes aux agriculteurs, en particulier dans les zones de culture du cacao dans le sud-ouest du pays. 

La réforme de l'industrie pétrolière est aussi l'un des principaux défis devant Obasanjo : jusqu'à récemment, le Nigeria était l'un des plus grands producteurs de pétrole et le plus grand pays africain exportateur de l’or noir, il a même occupé la troisième place en terme de production au sein de l'Organisation des pays exportateurs de pétrole "OPEP", après l'Arabie saoudite et l'Iran, avec une production qui monte à deux millions de barils par jour. Le Nigéria possède également quatre raffineries de capacité totale de 445 mille barils/jour de produits pétroliers, ce qui représente le double des besoins du pays de ces produits. Toutefois, le Nigéria est importateur de pétrole et il ne peut même pas assurer ses besoins de carburant, en raison de la corruption politique et administrative en vigueur. 

Cette contradiction remonte à l'époque du président nigérian Sani Abacha. Alors que les Nigérians faisaient la queue pour plusieurs kilomètres devant les stations-service dans le but d'obtenir leurs besoins, les proches d’Abacha provoquaient une pénurie de produits pétroliers. Ils laissaient, délibérément, détériorer les raffineries pour justifier l'importation de produits pétroliers de l'étranger par cinq entreprises, dont quatre étaient gérées par Abacha lui-même. Ces sociétés transféraient la production des raffineries nigérianes au large de la mer pour que les prix augmentent de deux ou trois fois plus que le prix sur le marché mondial et ensuite faisaient rentrer ces produits à nouveau dans le pays pour les vendre et la différence des prix était transférée aux comptes personnels des responsables de ces entreprises dont Abacha. 

NigeraPetroleAprès la mort d'Abacha, son successeur, Abdel Salam Abou Bakr, a promis la réorganisation du secteur pétrolier au Nigeria, où les exportations de pétrole représentent 90% du revenu du pays. Pour cela, Abou Bakr n’a pas nommé un ministre du pétrole et s’est chargé en personne de la supervision du secteur. Il a également nommé un conseiller spécial pour gérer le secteur et formé spécial pour la réforme de ce secteur. 

Avec l’accession d'Abou Bakr au pouvoir, les entreprises mondiales comme Mobil, Shell, Agip, Chevron, Texaco et ELF ont commencé à occuper la place de la Nigerian National Petroleum Corporation (NNPC) à l'égard de l'importation de produits pétroliers. 

La NNPC possédait 57% du capital de chaque joint-venture établie avec des entreprises internationales, mais elle a toujours mal estimé ses dépenses et n'a pas respecté ses obligations, ce qui a déclenché des différends financiers graves avec ses partenaires étrangers et causé la détérioration de l’infrastructure du secteur. Cela a conduit le président nigérian à indemniser les entreprises étrangères dans le but de les réconforter et à remplacer le système de joint-ventures par des contrats de partage de production, un système que préfèrent les sociétés étrangères. 

Les experts estiment qu’Obasanjo devrait introduire plusieurs réformes, notamment la libéralisation des prix, même partiellement, sachant que tout changement brutal dans le système du secteur pétrolier nigérien sera, en cas d'échec, un suicide politique et une explosion sociale quasi certaine. Obasanjo devrait également lancé une campagne sévère contre le trafic de carburant vers les pays voisins, estimé à environ 300 000 barils/jour. 

Le président nigérien doit également régler certaines questions régionales relatives secteur pétrolier comme le conflit avec le Cameroun sur l'île de "Bakassi" riche en pétrole. Une autre question à régler est les troubles dans le delta du fleuve Niger dans le sud-est du pays, une région qui produit 70% du pétrole nigérien et considérée comme une des régions les plus pauvres au pays. Les communautés locales dans le delta demandent une redistribution des revenus des richesses pétrolières pour qu’elles touchent une partie de ces revenus. Elles exigent également plus de respect de l'écologie dans cette région. 

nigerdeltaLa difficulté de l'équation réside dans le désir du gouvernement Nigérien de sécuriser les zones de production afin de développer le secteur sans se servir de la politique de répression appliquée sous le règne de Sani Abacha, une époque qui a fait du Nigeria un paria par la communauté internationale. Abuja sera, peut-être forcée à revivifier le Comité du développement des régions minière pour réhabiliter l’infrastructure du secteur pétrolier dans le pays, malgré la réputation de ce comité vu comme outil de vol à l'ère de Abacha. 

Malgré le temps, l'argent et l’énorme travail politique nécessaire pour la reforme du secteur pétrolier au Nigeria, les conditions sont réunies pour la réaliser après l'annonce de la fin du gel du membership du Nigeria au sein du Commonwealth à partir du premier Juin 1999, qui a coïncidé avec la levée des sanctions imposées à Abuja par l'Union européenne..Alors, Obasanjo réussira-t-il à remettre ce secteur, qui représente l'épine dorsale de l'économie nigériane, sur le bon chemin?

Article écrit pour l'édition hebdomadaire du journal économique égyptien "al-Alam al-Youm" (Le Monde aujourd'hui) publiée le 7 juin 1999

8 octobre 2010

Siwa : Les derniers berbères d'Egypte

"Oui nous parlons le tamazight, oui nous mangeons le couscous, mais nous sommes Égyptiens à 100%". Ainsi se caractérisent les habitants de Siwa, une oasis située à 560 km à l'ouest du Caire et à proximité avec les frontières égypto-libyennes, en plein désert.

the_old_castle_of_siwaEn quittant la côte Nord de l'Egypte et s'enfonçant dans la route goudronnée dans le désert aride, personne n'a l'impression qu'il va découvrir un trésor de beauté. Puis l'on se retrouve subitement devant une étonnante forteresse qui surplombe une colline. Autour, des maisons faites de "karshif", un mélange de terre et du sel. Le "vieux"  Siwa a été à moitié réduit à néant par des pluies diluviennes. La nuit tombée, on se croirait dans la maison de Dracula comme l’on voit au cinéma.

Le matin, on ouvre les yeux sur une immense palmeraie. Une verdure qui cache le désert derrière. On pourrait se croire dans les régions berbères du sud du Maroc et en Algérie.

Siwa, qui compte 25 000 habitants, est le point le plus oriental de peuplement berbère (amazigh) et le seul en Égypte, ce qui confère au lieu une singularité toute particulière.

Siwa, la berbère Les premiers habitants de Siwa sont venus d'Afrique du Nord il y a 12 000 ans. Ils appartenaient à la tribu "Zanatha". On y trouve aussi des Takrours, originaires des berbères noires comme les Touaregs de Mali et du Niger. Leur premier chantier fût à l’époque la construction de la forteresse de Shali, au centre de l'oasis, pour se protéger des attaques des nomades. Puis  ils ont construit le village d'Aghurmi, situé autour du temple d'Oracle, où Alexandre le Grand aurait eu la confirmation qu'il était bien un descendant direct du Dieu Amon.

L'oasis était alors coupée du reste du monde. Elle n'avait aucun lien avec l'Egypte pharaonique. Siwa était surtout connu pour être un point de repos des hommes qui, à dos de chameau, convoyaient les marchandises entre l'Afrique du Nord et l'Orient.

En l'an 708, les Siwis doivent affronter les Musulmans venant de la péninsule arabe pour conquérir l'Egypte. Il faudra attendre le 12eme siècle pour les voir se convertir à l'Islam. De cette époque date l'apparition des premières tribus arabes autour de l'oasis.

En 1926, l'oasis a commencé à s'étendre au-delà de Shali. Suite aux pluies diluviennes de cette année là, les habitants ont commencé à descendre de deux anciens villages et à construire leurs villages actuelles.

Jusqu'à 1975, Siwa était totalement isolée, aucun service n'était disponible. Lors de la visite de l'ex-président égyptien Anwar el-Sadate à Siwa cette année là, les Siwis ont demandé la construction d'une route qui les lie à la ville la plus proche, Marsa Matrouh, sur la côte Nord. Cette route a été achevée dix ans plus tard. A partir de ce moment, la vie des Siwis a changé. "Un hôpital, un bureau de poste et d’autres services gouvernementaux ont vu le jour, se souvient Medhat Hweitti, directeur de l’Office de Tourisme à Siwa, cela a amélioré la qualité de la vie des habitants". Cette route a également aidé l'oasis à être plus accessible pour les touristes malgré tout de même 10 heures de route…

Puisqu'ils vivent au milieu du désert, on pourrait penser que les Siwis sont des nomades, mais c'est en fait une société agricole de premier degré. L'agriculture est l'activité principale de l'oasis. Les habitants y cultivent des dattes, des olives, des fruits.

Les Siwis n'ont jamais été de grands aventuriers du désert. Ils en ont toujours plutôt eu peur. Le Sahara, ils l'ont découvert récemment avec la venue des touristes. "Je l’ai découvert peu à peu il y a dix ans avec mon cousin quand il a acheté son 4X4 et a debuté ses excursions dans le désert qui nous entoure", se souvient Mahmoud Qenawy, un des guides touristiques de Siwa.

Siwa1Une société tribale La société siwie a toujours eu sa propre façon de gouverner, bien loin des lois égyptiennes. De façon générale, les habitants se moquent de savoir quand auront lieu les prochaines élections législatives et présidentielles dans leur pays. A Siwa, chaque tribu a un leader, appelé  "Cheikh". Celui-ci doit être sage et riche. C’est lui qui gouverne le clan. Un conseil des Sages, formé d’au moins 10 personnes représentant les différentes familles de la tribu, aide le cheikh.

Au dessus des cheikhs des tribus, il existait le Conseil des Sages de Siwa (majless al-Ajwad) qui était formé d’un leader et de 40 sages pour gouverner l’oasis. Après l’arrivée des organes gouvernementaux, celui-ci a disparu. Mais, les chefs des tribus ont gardé énormément du poids dans la société siwie, surtout dans le règlement des conflits entre les habitants, grâce au grand  respect que leur porte la population. "Maintenant, les verdicts prennent majoritairement la formes d’amandes qui sont, dans la plupart des cas, distribuées aux pauvres de la tribu", note Cheikh Omar Rageh, 43 ans, chef du clan des Awlad Moussa (fils de Moussa).

Le cheikh représente sa tribu devant le gouvernement et le juge de première instance lors de conflits commerciaux entre les habitants. La décision du cheikh est définitive. Mais selon cheikh Omar, ce fonctionnement est en train de changer : "Maintenant, en raison de l’éducation, certains ne respectent plus le verdict du cheikh et recourent à la justice civile qui applique la loi sans comprendre la société", regrette-t-il. "Celui qui le fait perd le respect de la tribu".

La société siwie a pu contenir, jusqu'ici, les différentes cultures qui l'ont envahies comme les Romains dans le passé et les bédouins arabes maintenant. Les Siwis ont tellement influencé les bédouins que ces derniers, qui vivent dans l'oasis, parlent le tsiwit (un dialecte tamazight qui comprend des mots arabes du dialecte égyptien) et ont presque les mêmes traditions que les berbères. Ils en ont pratiquement adopté le mode de vie siwi.
La famille de Saïd en est l'exemple parfait. La mère est siwie, le père est bédouin, leurs enfants maîtrisent les deux langues, et toute la famille ( 35 personnes !) vit dans une maison typiquement siwie sur deux étages, construite à base d'argile. "Mes enfants et mes petits-enfants ont le visage rude des bédouins avec les yeux verts des berbères", s'amuse le patriarche de 72 ans.

Les siwis ont plusieurs points communs avec les berbères, outre la langue et le couscous. L'architecture de leurs anciennes maisons ainsi que les habits traditionnels de la femme ont beaucoup de points communs. Mais ils se considèrent complètement différents des berbères d'Afrique du Nord. Pour eux, ces derniers sont "racistes" vis-à-vis aux Arabes, "alors que les Siwis sont tolérants et peuvent coexister avec l'autre", comme le dit Mahmoud.

Siwa2La place de la femme à Siwa La communauté siwi est très conservative. Il est rare de voir une femme dans les rues et, si on la voit, un homme, même étranger, n’a pas le droit de l’aborder. Une fois qu'elle est mariée, la femme siwi est couverte de la tête au pied d'un "malaya", un large drap bleu-grisâtre et un carré de tissu noir qui lui cache le visage. La femme à Siwa doit être accompagnée dans tous ses déplacements d'un homme même si celui est beaucoup plus jeune qu'elle...

Des traditions dont beaucoup d’entre de jeunes femmes se passeraient bien. Parmi elles, Nour, 18 ans. Dans six mois, elle sera mariée et ses superbes yeux gris-vert surlignés de khôl seront cachés en public sous le malaya. "C’est mon financé qui m’y oblige. Je n’ai pas le choix. Je ne peux pas m’y opposer. Ici, toutes les filles le portent une fois mariées".  Sa sœur de 15 ans est elle aussi fiancée à un garçon du village. Dans la culture siwie, la fille est fiancée à l’âge de 10 ans. Son futur époux a le droit de lui rendre visite, pendant 5 ans, deux fois par an, lors de l’Eid el-Fetr et Eid el-Adha (le petit et grand Bairam). Si c’est l’homme qui choisit sa femme, la future épouse a le droit de s’y opposer. Pour Mahmoud, qui a une petite fille de 5 ans, l’avis de la famille de la fille est le plus important: "Si ma fille me dit demain qu’elle veut se marier avec le garçon qu’elle a croisé dans la rue, mon rôle est de la conseiller. Ici, on voit tous les jeunes hommes grandir. On connaît leur famille. On est parfois mieux placés que la fille pour savoir si elle sera heureuse avec cet homme ou pas. L’avis du chef de tribu est aussi primordial. Il connaît le passé des habitants, il sait s’ils sont honnêtes ou non".

Selon cheikh Omar Rageh, la société siwi a, ces derniers temps, beaucoup évolué en passant d’une société assez fermée à une société plutôt ouverte. "Avant, l’homme pouvait voir les femmes non mariées de l’oasis et leur parler directement à seulement  deux occasions : Le jour du Mouled (le jour de la naissance du prophète) et lors de la fête d’al-Seyaha". Cet événement existe toujours aujourd’hui à Siwa. Il consiste en une fête d’amour et de la tolérance qui dure 3 jours aux pieds de la colline al-Dakrour.  "Désormais, cela a changé. Les garçons et les filles se voient plus facilement par le biais de l’école".

siwa3Le mariage et ses rites Le jour de mariage est décidé par la famille de l’époux, alors que celle de la fille a le droit de le reporter de 3 à 5 jours. Les mariages à Siwa sont souvent de véritables fêtes pour tout le village. Il n’est pas rare que 2000 personnes assistent aux noces ! Le mariage est étalé sur 3 jours qui commencent par une bataille entre les femmes des deux familles pour récupérer l’épouse. Pendant ce temps, l’époux, timide, ne voit pas son père. Et la fête se termine par une rencontre de réconciliation entre père et fils en présence de la famille de l’épouse et les amis du fils.

La famille de Safiha, 25 ans, est en pleine ébullition. Dans un mois, sa sœur se marie. Il faut finir de préparer les tenues de la mariée.  En générale, la future épouse change cinq fois de robes, toutes plus belles les unes que les autres. La dernière est couverte d’une première couche de motifs brodés avec des fils de couleurs puis d’une seconde avec des milliers de perles de toutes les formes. "On s’y prend un an à l’avance pour la réaliser. Les femmes de la famille s’y mettent toutes. Elles doivent être expérimentées. Il faut compter 8 ans d’apprentissage avant qu’une fille puisse commencer à broder".

Dans une autre pièce de la maison, des femmes confectionnent des plateaux en feuilles de palmiers. Ceux-ci font partis de la dot. Ils servent traditionnellement à recevoir le pain tout juste sorti du four des maisons.

La plus grande frayeur pour ces femmes, qui ont souvent la main haute sur tout ce qui concerne le foyer, c’est la polygamie. Une tradition là encore difficile à accepter pour les Siwies. "Je connais des hommes qui ont plusieurs deux femmes sans raison.  C’est vraiment une chose horrible. Vivre à trois sous un même toit, je n’aime pas cela", confie Safiha. Cheikh Omar Rageh, lui, affirme que cela est refusé par toute la société siwie. "Les polygames sont rares dans notre société. Il faut une raison bien grave, comme la maladie, pour que l’homme puisse se marier avec une autre femme", ajoute-t-il. Le divorce est, quant à lui, mal vu à Siwa, il est d’ailleurs pratiquement inexistant dans l’oasis.

Une autre crainte, un peu plus surprenante, de ces femmes, est que leur mari devienne guide touristique. "C’est un métier un peu nouveau aussi. On n’a pas l’habitude de voir un homme siwi entouré d’étrangères avec leurs mœurs plus légères…" poursuit, un peu gênée, Safiha.
Face aux touristes, les guides Siwi sont d’ailleurs eux-même souvent timides. Ils ont parfois honte d'accompagner un groupe de femmes étrangères. Si ces touristes ne respectent pas les traditions de l'oasis et se baignent en bikini dans les sources d'eau, ils détournent immédiatement le regard. Siwa est aussi l’un des rares endroits touristiques en Egypte, voir la seule partie dans le pays, qui n'accepte pas le mariage d'un de leurs fils avec une étrangère. Même si l’on entend parfois des histoires de certains jeunes Siwi partis vivre à l’étranger avec une touriste rencontrée dans l’oasis…

Conservation du patrimoine La singularité de l’oasis attire bon nombre d'associations internationales qui cherchent à améliorer la qualité de vie des Siwis tout en préservant leur mode de vie. Elles financent des micro-crédits.
Parmi ces structures, "l'Association de Siwa pour le développement de la société et la protection de l'environnement". Cet organisme, monté grâce à l'aide technique et financière italienne, a pour objectif d'aider les pauvres familles siwis à obtenir un crédit afin de commencer un projet comme la fabrication des tapis, l'artisanat, la bonification des terres, la réhabilitation des anciens jardins d'olives et la construction de maisons typiques.

L'association organise également des ateliers afin de sauvegarder la technique de fabrication des habits traditionnels de moins en moins portés.
"Nous n'imposons pas d'intérêts lorsque nous accordons un prêt. Le remboursement est échelonné sur 3 à 8 ans, selon l'importance du crédit qui ne dépasse pas les 16 000 livres égyptiennes (2000 euros). L’aide offert par l'association n'est pas en monnaie, seulement en matière", indique Karam Abdel Meguid, chargé d'accorder les crédits à la population.

Karam aimerait voir les riches Siwis contribuer au financement des activités de son association afin d'aider les plus pauvres. Mais en même temps, en tant que siwi, il comprend ce comportement. "Notre association n’est pas vraiment indépendante. Elle est sous le contrôle du gouvernement. Or les Siwis n'ont souvent pas confiance dans les projets financés qu’il finance".

D'autres Siwis ont fait de leur tradition, un buisness. L'objectif de l'association de Mahmoud Qenawy, notre guide touristique, est de faire apprendre aux siwis comment attirer les touristes sans endommager la nature de l'oasis. Mahmoud, qui est bénévole au sein de cette structure, monte aussi des projets destinés aux écoles de l'oasis pour maintenir sa propreté avec notamment des séances de ramassage des poubelles dans les allées des palmeraies.

Son association des "Siwis pour le développement touristique et la protection de l'environnement" dépend totalement de la contribution financière des donateurs Siwis dans ses activités.
"Par exemple, nous aidons les guides touristiques à avoir rapidement le permis de camper dans le désert pour leur groupe et, en échange, ils nous versent une petite somme d'argent", ajoute-t-il.

Mais ces ONG sont autorisées par l’Etat car elles ne cherchent pas à distinguer la culture siwie de celle de l'Egypte, ce qui n’est pas le cas pour l'association de la "protection du patrimoine de Siwa", qui a été refusé par l’Etat pour des raisons "sécuritaires". Le dirigeant de cette organisation, le cheikh Omar Rageh, aurait pourtant voulu sensibiliser les jeunes à l’importance de leur propre culture, musique, langue, coutumes même habits.
"Les Siwis apprennent le tsiwit à la maison avant même d'aller à l'école. C'est un langage parlé. Mais c'est un héritage fragile. La société a besoin de programme comme celui là", souligne le chef de tribu, passionné par le tamazigh.  Il affirme qu’il ne cèdera pas face aux pressions de l’Etat. "Le gouvernement a fait de Siwa une réserve naturelle pour protéger l’environnement, les plantes et les animaux, mais je veux protéger les Siwis".

siwa4Siwa, victime de sa beauté

L’an dernier Siwa a accueilli quelque 20 000 touristes dont 13 000 étrangers. Ces visiteurs représentent pratiquement la moitié du revenu des Siwis : La plupart d'entre eux ont une activité liée au tourisme (guide, magasin d'artisanat, restaurant...etc). Les premiers étrangers ont  commencé à découvrir Siwa dans les années 80. Les Egyptiens, eux même s’y sont rendus en vacances plus tard il y a 15 ans.
A choisir, les Siwis préfèrent les touristes étrangers car ils respectent l'environnement même s’ils ne respectent pas les coutumes vestimentaires.
Le tourisme n’est pas sans impacts négatifs sur les traditions des Siwis. Le projet de l'Etat égyptien de transformer l'aéroport militaire qui se trouve à proximité de l'oasis en un aéroport civil, est celui que redoutent le plus les habitants. "C'est vrai qu’il va changer la qualité du tourisme à Siwa, nous accueillerons des gens riches au lieu de routards, ce qui va permettre à l'oasis de devenir plus prospère. Mais on va perdre en calme. Les hôtels de luxe vont débarquer et la pollution va envahir notre petit paradis... J'ai peur que Siwa perde son identité  dans quelques années", explique Yehya Qenawy, président du Conseil populaire du Siwa et guide touristique.
Yehya estime que le gouvernement a commis des erreurs dans sa volonté de développer le lieu, notamment en construisant un imposant complexe sportif avec stade de foot, piscine olympique… "Au lieu, de construire un stade de 25 000 places qui n’a jamais servi à rien, le gouvernement devrait plutôt améliorer les moyens de transports terrestres vers Siwa et installer des services tout au long du chemin vers l'oasis".

Yehya n’est pas prêt non plus d’oublier le jour où le gouvernement égyptien a décidé de carreler la source de Cleopatra (là où se baignent les touristes au cœur de l’oasis) pour la décarreler quelques mois plus tard. "Je vois bien que les autorités essaient de restaurer certains sites touristiques, mais c’est parfois catastrophique", ajoute Yehya.

Autre difficulté pour les Siwis : Les 2 millions de livres égyptiennes (250 000 euros) demandés par les autorités lors de la création d’une agence de tourisme.  Les Siwis voudraient bien se voir exemptés de ces frais. "Nous n’avons pas les ressources pour avancer une telle somme", note Yehya qui espère avoir un jour sa propre compagnie et son propre hôtel.
"Les autorités nous limitent aussi dans nos déplacements avec les visiteurs dans le désert. C’est elles qui nous délivrent une permission pour s’y rendre. Ces autorisations sont valables seulement 24 heures. Or les touristes veulent camper dans les dunes 2 ou 3 jours et  ce qui nous oblige à retourner chaque jour dans l'oasis pour avoir un nouveau permis. Pourquoi ne nous donnent-ils pas un permis de 4 jours s'il y a besoin ?", s'interroge Yehya.


Les défis de Siwa

Le principal challenge à Siwa concerne l’agriculture. Les  eux souterraines ne sont pas suffisantes alors que l’eau salée, issue du drainage agricole, augmente, ce qui a déjà causé la destruction de beaucoup de palmiers. En même temps, l’oasis est toujours privée d’un système d’égouts. "Un projet pour se débarrasser des eaux usées est en cours mais l’administration est très lente. Il y a dix ans que l’on attend qu’il soit réalisé", précise Yehya.
 
Le cheikh Omar Rageh raconte, avec ironie, qu'à Siwa il y a cinq usines d'eau minérale mais les Siwis boivent de l'eau non-traitée. "Est-ce que nous devons acheter l'eau qui sort de notre terrain ?", s'étonne-t-il.

Pour être plus efficaces dans la résolution de leurs problèmes, les habitants aimeraient que le pouvoir soit décentralisé. "Personne ne peut comprendre les défis que nous affrontons mieux que nous", note Yehya Qenawy.

Article écrit pour le numéro 41 de la revue Le Courrier de l'Atlas (octobre 2010) (Grand merci à Marion Touboul)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2010/NUM041/#/67/

25 janvier 1999

Quelles retombées touristiques après l'attentat de Louxor?

En 1996 et 1997, le nombre des touristes venant en Egypte variait entre 3 et 3,5 millions par an. Un chiffre qui ne satisfaisait ni le ministère du Tourisme ni les travailleurs dans ce secteur, qui avaient un espoir de voir ce chiffre atteigne les 5 millions de touristes en 1998.

Toutefois, l'attentat terroriste qui a eu lieu Place Tahrir au Caire, puis celui de Louxor ont brisé tout espoir et fortement frappé le secteur du tourisme : Le taux d'occupation des chambres d'hôtel a reculé jusqu'à 0%.. Cela a entraîné la fermeture de nombre d'entreprises touristiques pour des périodes variant entre 6 et 8 mois et le licenciement de leur personnel.41935392

La mission des experts de commercialisation était de revivifier ce secteur qui est en très grosse fragilité, mais la tâche n'est pas du tout facile en raison de la propagande anti-Egypte dont ont bénéficié des pays touristiques voisins concurrents.

Un an après les attentats terroristes et après beaucoup d'efforts, comme l'organisation le festival du tourisme et d'achats l'été dernier, et l'intensification de la participation égyptienne aux salons internationaux du tourisme, la vie a commencé à reprendre dans ce secteur avec des taux "modestes" mais qui donnent l'espoir de voir la situation améliorée à court terme, notamment si l'Etat reste vigilant afin de parvenir à une plus grande stabilité et sécurité.

Une source officielle de l'organisme de promotion du tourisme a qualifié de "prospère" cette amélioration réalisée au cours des derniers mois par rapport à la situation juste après l'attentat de Louxor en novembre 1997. Mais Fakhri Azab, expert en tourisme et PDG de la compagnie "Hayatt Tours of America", n'avait qu'un sourire en entendant ce mot. Il souligne qu'il reflète un "optimisme surréaliste".

Azab dit que cette "prospérité" n'a pas encore été atteinte. "Sans aucun doute, le taux d'occupation dans les hôtels et les villages touristiques a été amélioré dans les derniers mois par rapport à la situation dans les mois suivant l'attentat de Louxor, au cours desquels le taux d'occupation était zéro ou presque", a-t-il précisé. "Mais, il est impossible que le taux d'occupation des hôtels a atteint un chiffre proche de 100%. "Si certains villages touristiques ou hôtels ont vu l'occupation atteindre un tel taux, cela serait du à la réduction des prix. Donc cette situation ne peut pas être considérée comme prospère.

Selon Azab, le taux d'occupation actuel est estimé 28%. Il pense que les fêtes de Noël, du Nouvel an, du Ramadan et d’Aïd al-Fitr vont pousser ce taux jusqu'à 60%.

Azab dénonce les décisions individuelles ou même collectives de réduire les prix des groupes touristiques. Selon lui, ces décisions ont apporté un nouveau type de touristes caractérisé par le revenu limité et la faible dépense. "Le voyage de ce type de touristes est bien calculé en fonction de leur budget vulnérable, ils ne mangent pas aux restaurants, n'utilisent pas les taxis et n'achètent pas de souvenirs", souligne-t-il.41935395

Azab ajoute que l'Egypte n'a rien gagné de cette strategie. Ces prix bas ne couvrent pas le coût réel du voyage. "Pour couvrir ce coût, certaines entreprises touristiques et hôtels recourent à des comportements qui portent atteinte à la réputation touristique de l'Egypte. Ces comportements s'assimilent à du vol. Les entreprises tentent d'imposer des frais supplémentaires comme les frais d'entrée sur les sites touristiques ou de transport sur le touriste, alors que selon les contrats, le prix du voyage inclut l'avion, les transports, le logement et les visites", explique-t-il.

Selon Azab, certains tour-opérateurs font venir des groupes touristiques à perte et réalisent des gains à travers les "boutiques", alors que d'autres sociétés ne payent pas des salaires aux guides touristiques et laissent ces derniers toucher un pourcentage de la part des propriétaires des magasins sur les achats effectués par le groupe touristique qu'ils accompagnent.

Il cite l'exemple des croisières qui s'arrêtent à Alexandrie ou à Port Saïd. Les compagnies touristiques vendent des visites rapides aux touristes de certains sites archéologiques comme les pyramides et la citadelle à seulement 20 dollars par personne, alors que le coût réel d'un tel voyage est entre 30 et 35 dollars. Cette méthode de travail pousse le guide à dire aux touristes "voilà la pyramide de Khéops, la pyramide de khéphren, et celle de  Mykérinos…Et allons aux bazars. Ses explications ne vont plus loin qu'un conte pour enfants", se moque-t-il.

41935400Selon Azab, c'est la réalité du métier de guide touristique en Egypte actuellement. "C'est le problème de toutes les entreprises touristiques qui voulaient trouver des solutions à la crise mais d'une manière fausse", ajoute-t-il.

Et Azab d'ajouter que certaines entreprises ont conclu des contrats avec les propriétaires des bazars. Par exemple, si le groupe touristique achète des produits du bazars à 5000 L.E, l'entreprise prend 4000, le bazar 800 et le guide 200 L.E.

"Le prix dans ces bazars est fortement exagérée", affirme-t-il. "Cela nuit à toutes les entreprises de tourisme qui vendent les voyages à des prix plus élevés. Les touristes les prennent pour des voleurs. Ils ne peuvent pas imaginer qu'il y a ceux qui ont vendu avec perte au début, ce qui cause la perte de crédibilité du marché égyptien".

Azab exige l'intervention du ministère du Tourisme et de la Chambre des entreprises de tourisme et du contrôle des prix pour arrêter la baisse des prix qui détruit l'ensemble du secteur du tourisme.

Il exige également l'existence d'un organisme de réglementation au sein de la Chambre. Cet organisme doit avoir le droit de retirer les permis des sociétés qui recourent aux mauvaises méthodes de travail.

Pour sa part, le PDG de "Pilot Tours" Samir Mohamed Ali souligne que l'objectif de toutes les parties du secteur du tourisme est de réaliser la "prospérité", mais la route est encore longue devant l'Egypte pour y aboutir.

41935402Il précise que la phase actuelle est une phase de transition après les graves répercussions de l'attentat de Louxor sur le mouvement touristique en Egypte. "Les tour-opérateurs ont annulé l'Egypte de la carte du tourisme international et ont déconseillé les touristes de la visiter", a-t-il dit. "Tous les indices montraient que l'Egypte ne serait pas la destination d'un seul touriste pour au moins deux ans et les experts internationaux voyait qu'il n'y a qu'attendre que le marché mondial du tourisme oublie ce qui s'est passé à Louxor".

Selon Mohamed Ali, réaliser un taux d'occupation de 50 à 60% un an après l'attentat Louxor est un succès pour l'organisme de promotion du tourisme et les efforts du ministère du Tourisme, outre les efforts déployés par les patrons des entreprises qui ont initié la commercialisation de leurs voyages sur le marché du tourisme après le retrait des tour-opérateurs du marché égyptien. "Les patrons l'ont fait malgré le coût élevé du marketing individuel et le faible revenu", affirme-t-il.

Mohamed Ali dit que le tourisme en Egypte a connu un nouveau phénomène positif : il n'est plus saisonnier. "L'afflux touristique en Egypte couvre maintenant les quatre saisons : les touristes arabes viennent en été, alors que les Européens et les  Américains viennent en hiver et au printemps", souligne-t-il.

Et Mohamed Ali d'ajouter que les tour-opérateurs ont commencé à retourner vers le marché égyptien, ce qui a été bien remarqué au cours de la période récente, avec les groupes qui ont visité l'Egypte à Noël.

En ce qui concerne la qualité des touristes qui sont venus en Egypte au cours de la crise, Mohamed Ali dit que les parties concernées ont peur que le marché soit lié à ce genre de touristes caractérisés par les très faibles dépenses. "Ils sont au pays grâce à des prix très bas qui atteignent parfois environ 10 dollars par nuit, y compris l'hébergement et le transport", explique-t-il. "Le retour des tour-opérateurs au marché égyptien permettra d'éliminer ce phénomène et d'attirer les touristes qui séjournent dans les hôtels et dépensent sur les achats, ce qui conduira à la prospérité de l'économie et aider les autres secteurs liés indirectement au tourisme d'en profiter.

Selon Mohamed Ali, les touristes qui ont visité l'Egypte après l'attentat de Louxor ont trouvé les hôtels vides, alors ils ont exercé des pressions pour baisser le prix dans les hôtels et les restaurants. "Mais avec l'essor du tourisme, le marché égyptien récupérera son touriste habituel qui appartient à la classe moyenne", affirme-t-il.41935404

Le PDG de "Pilot Tours" prévoit que taux d'occupation atteindra de 60 à 65%. "L'Egypte est capable de surmonter la barrière des quatre millions de touristes en 1999", souligne-t-il.

Quant au rôle de la Chambre égyptienne des entreprises du tourisme, Mohamed Ali affirme que la phase actuelle nécessite l'intensification de la coopération avec la Chambre des antiquités et la Fédération égyptienne du Tourisme. "Il faut également former le personnel qui sera responsable du retour des touristes en Egypte. "Cette formation doit être faite en coordination avec les instituts spécialisés...le niveau actuel des diplômés de ces instituts est faible. Il leur faut davantage d'entraînement pour maîtriser le travail dans le secteur du tourisme.

Pour sa part, le propriétaire du village de "Beach Albatros" Kamel Abou Ali juge que les attentats terroristes visaient à torpiller la prospérité atteint au cours de la période de 1992 à 1996.

Pendant les 6 ou 7 mois qui ont suivi l'attentat de Louxor, les activités ont été complètement arrêtées et les entreprises touristiques n'avaient que recourir aux touristes provenant de la Russie pour surmonter la crise. "Le marché russe était le seul disponible car il souffre de la mafia, et donc ne pas avoir la crainte d'attentats terroristes, au contraire, des touristes en provenance des marchés de l'Europe occidentale et du Japon".41935408

Abou Ali estime que le taux d'occupation atteindra au moins 80% dans les hôtels cette année, mais il craint que l'attaque contre l'Irak et la tension dans la région affecte les capacités de marketing du tourisme égyptien et le nombre des touristes dans la région en général.

Concernant ses idées pour sortir de la crise, Abu Ali a dit qu'il s'était rendu dans les pays exportateurs des touristes à ses propres frais pour signer des contrats avec les agences de voyages pour des groupes touristiques. "J'ai fournis des billets d'avion à prix réduit, en plus j'ai loué des charters avec des bons paquets de programmes pour séduire les touristes", souligne-t-il. "Il n'y avait aucun moyen d'échapper à ces solutions individuelles...L'avenir des centaines de familles, outre l'avenir de l'ensemble de mon projet économique, était mis en danger".

Selon Abou Ali, le tourisme intérieur a compensé, dans une large mesure, les pertes résultant de l'attentat de Louxor, mais le tourisme national n'est pas suffisant en raison du fait que les projets de tourisme en Egypte sont basés sur un concept économique bien clair : à savoir attirer les touristes du monde entier.

Dans son analyse du problème de la baisse des prix qui a prévalu sur le marché égyptien au cours de la période de crise, Abou Ali voit que les attentats terroristes ne sont pas la seule raison de la réduction des prix. "La raison principale est le faible niveau des prix dans les pays voisins qui ont un produit touristique concurrent à l'Egypte", ajoute-t-il. "Dans un pays comme la Tunisie, le prix des groupes touristiques est beaucoup moins cher de celui appliqué en Egypte au moment où son produit touristique est de très bonne qualité..Elle jouit de plages propres non polluées, d'un bon climat, d'un haut niveau de services et d'une grande prise de conscience du tourisme entre les citoyens, en plus que la Tunisie a bénéficié de l'attentat de Louxor car ils n'ont pas d'actes terroristes".

Pour justifier le fait qu'un touriste doit payer plus d'argent pour visiter l'Egypte par rapport aux pays voisins, Abou Ali l'explique par le fait que l'Egypte possède une diversité de produits touristiques, c'est à dire que le touriste visite plus de sites pendant son voyage en Egypte que dans un autre pays. Par exemple, le programme organisé pour le groupe qui vient visiter le Caire inclut, au minimum, les pyramides le musée et la Citadelle. "Ce programme peut aussi inclure le Caire Islamique et le Caire Copte", ajoute-t-il. "Le touriste ne vient pas visiter le Caire seulement, alors il faut ajouter Louxor et Assouan ou bien Hurghada et Sharm el-Sheikh et, par conséquent, le coût de ce programme est plus élevé que les programmes des pays voisins".

Selon Abou Ali, les entreprises touristiques ont bien raison de s'opposer à la politique de baisse des prix suivie par certains. "Quand deux ou trois hôtels réduisent leurs prix les autres ne peuvent que faire de même".

Concernant l'objection de l'existence de deux prix, un pour les Egyptiens et l'autre pour les Etrangers, Abou Ali souligne que la différence entre les deux prix est devenue étroite. "Il y a même des moments où le prix fixé pour les Egyptiens sont plus élevés que ceux des étrangers, comme au cours de Aïd al-Fitr et Aïd al-Adha", précise-t-il. "Les Egyptiens se plaignent à ce sujet". Selon lui, la question est l'objet de l'offre et la demande. "Parfois les hôtels augmentent leurs prix pour limiter la demande car ils ont des contrats à respecter avec les  entreprises de tourisme", dit-il.

Abou Ali juge nécessaire d'intensifier la participation aux "bourses de tourisme", qui constituent une occasion en or pour faire la publicité pour le produit touristique du pays. "Sans publicité, le produit reste local et inexportable", affirme-t-il.

Mais la participation égyptienne aux bourses de tourisme est faible. Elle ne dépasse pas les bourses de "ITB" à Berlin, "BIT" à Milan, "WTM" à Londres, Fitur en Espagne, "ASTA" aux Etats-Unis et récemment "CIS" en Russie. Ces participations sont limitées par rapport au nombre des bourses auxquelles participent les autres pays.

Les experts appellent à l'augmentation de la publicité et la promotion du tourisme à travers l'invitation des journalistes et des médias intéressés par ce domaine. Ils exigent également la nécessité de diversifier le produit touristique égyptien comme le safari, le tourisme curatif, le tourisme des conférences et le tourisme sportif et mettre un calendrier pour ces événements chaque année.

Malgré l'étonnement des observateurs vis-à-vis de le nombre croissant des villages et des installations touristiques et le risque qu'elles soient touchées par une récession en raison du faible taux d'occupation actuel, l'Egypte aura besoin de plus d'un million de lits d'hôtel d'ici l'an 2000 afin de répondre à la hausse attendue du nombre de touristes dans le pays, qui doit atteindre 6 à 7 millions de visiteurs.

Article écrit pour l'édition hebdomadaire du journal économique égyptien "al-Alam al-Youm" (Le Monde aujourd'hui) publiée  le 25 janvier 1999

15 février 2000

Elections Législatives : Des juges aux bureaux de vote

 

 

Pour la première fois depuis sept ans, une proposition de loi soumise par l’Opposition est approuvée par une commission parlementaire

Une commission de l’Assemblée du Peuple a approuve début février une proposition de loi soumise par l’Opposition selon laquelle les juges seront chargés de superviser le déroulement du scrutin dans les bureaux de vote lors des élections législatives, pour combattre la fraude électorale. Le ministère de la Justice remplacerait celui de l’Intérieur pour le contrôle des élections prévues en novembre prochain.imagesCAM6Q1VJ

Le leader du parti de gauche "al-Tagamu" (le Rassemblement) Khaled Mohei Eddine, s'est félicite de l'approbation de cette proposition de loi, issue de son parti. "Non à la police, bienvenue aux juges", a-t-il déclare devant l'Assemblée du Peuple. Cette proposition de loi pourrait, à long terme, avoir des répercussions sur le système politique national. Jusqu'alors les juges n'intervenaient pour dépouiller les votes qu'au niveau de la circonscription. Reste bien sur, à savoir si l'Egypte compte en théorie assez de juges pour surveiller tous les bureaux.

Selon Mohei Eddine, cette proposition de loi aidera à faire face à la fraude électorale sous toutes ses formes : le vote à deux reprises par la même personne grâce à des cartes d'identité falsifiées, l'inscription des morts sur les listes électorales...L'Opposition a en effet souvent accusé la police de participer à la manipulation des élections pour s'assurer de la victoire des candidats favoris, appartenant la plupart du temps au Parti National Démocratique (PND).

Supervision internationale : Pour Amal Osman, députée sur la liste du PND "la proposition de loi est une réponse aux déclarations du gouvernement sur le besoin de renforcer la participation politique et d'encourager le peuple à voter".

Pour sa part, le secrétaire général adjoint de parti d'Opposition "al-Wafd", de la droite, Ibrahim al-Dessouqi indique que son parti prône une surveillance internationale pour les prochaines élections législatives, "al-Wafd demande également un gouvernement impartial pour superviser les élections", ajoute-t-il.

Concernant la position de son parti quant à l'intérêt même des prochaines élections, al-Dessouqi précise dans "al-Balad" que "la participation aux élections sans garanties servira les objectifs du gouvernement et contribuera à lui accorder une fausse légitimité ; mais si on les boycotte, on risque de perdre le contact avec l'homme de la rue".

De son côté, le chef du parti d'Opposition "al-Aamal" (Travail, gauche) Ibrahim Choukri affirme qu'il faut introduire des modifications constitutionnelles pour que les élections remplissent vraiment leur rôle. "Les partis de l'Opposition auront une bonne opportunité au cours des prochaines élections, assure-t-il. L'Opposition doit avoir plus de sièges au sein du parlement afin qu'on ait la chance de représenter les divers courant".

Le secrétaire général du syndicat des journalistes et proche de l'Opposition, Ragaey al-Mirghany, indique que généralement les ONG égyptiennes se mettent d'accord sur les défaillances des élections. "Il faut mener à bien une reforme de fond du système de supervision des élections, soit en chargeant des commissions populaires ou des juges de superviser les élections, soit en éloignant les forces de l'ordre des bureaux de vote".

Quant à la surveillance internationale des élections, al-Mirghany assure qu'elle ne porterait pas atteinte à l'image de l'Egypte. "Au contraire, elle aiderait le pays à renforcer la crédibilité de son système électoral, mais est-ce que le PND acceptera cette idée?" s'interroge-t-il. Et s'agit-il d'une bonne solution?

Article écrit pour Le Calame, journal de la filière francophone de journalisme supervisée par le CFPJ, l'IFP et la Faculté de communications de l'Université du Caire

 

 

27 mai 2002

La mise en place de la CPI rendra possible le jugement des chefs d'Etat et de gouvernement

imagesCAKXWV07Le bâtonnier de Paris, Paul-Albert Iweins a annoncé que la Cour Pénale Internationale (CPI) rendrait possible de juger les chefs d'Etat et de gouvernement toujours au pouvoir et accusé de commettre des crimes contre l'Humanité. Ce qui signifie une grande avancée.

"Cette cour a un rôle subsidiaire. En d'autres termes, c'est d'abord à l'Etat de juger ses propres nationaux qui commettent des crimes de guerre ou des génocides, faute de quoi la CPI interviendrait. A ce moment, si la personne accusée se déplace à l'étranger, elle risque effectivement une arrestation", a-t-il expliqué. "Si les ressortissants d'un pays non membre de la CPI passent dans un autre qui reconnait les effets de la convention, ils peuvent être arrêtés et jugés par la CPI".

Iweins a déploré la décision des Etats-Unis de se retirer de la CPI. "Je ne comprends pas cette décision puisque les Etats-Unis ont beaucoup contribue, à travers le monde, au développement de la liberté et des droits de l'Homme", a-t-il ajouté.

Toutefois, Iweins a estimé que la décision américaine n'interdisait pas à cette justice internationale de fonctionner. "Elle fonctionnera à partir du juillet prochain puisque 60 pays l'ont déjà ratifiée", a-t-il précisé.

Et Iweins de dire que le retrait américain de la CPI donne l'impression que Washington a l'intention de commettre des crimes de guerre ou des crimes contre l'Humanité, et se désigne même comme suspect, "Ce qui n'est pas sérieusement possible", dit-il.

3 septembre 2010

Visa pour la France : Aventure humiliante

Il y a un an, l'Egyptien qui souhaitait obtenir un visa pour la France devait faire la queue devant les portes du consulat de France pendant des heures, même s'il avait un rendez-vous. Un acte que les Egyptiens jugeaient inacceptable vu que leur pays, lui,  délivre des visas à tous les citoyens de l'Union Européenne directement à l'aéroport du Caire…

ambfrancaireCette année, je voulais visiter des amis en France. J'ai alors commencé la démarche en appelant le service chargé de me fixer un rendez-vous avec le consulat. Mais ce dernier m'a surpris en me disant qu'une compagnie privée était chargée de cette mission maintenant.

Je me suis dit que cela ne changerait rien, peut-être que le personnel du consulat n'a pas le temps de répondre au téléphone ou qu'il s'occupe de choses plus importantes. Alors j'ai appelé cette nouvelle société qui m'a expliqué que je devais d’abord m'inscrire sur son site internet pour que je puisse avoir ce fameux rendez-vous. Une fois inscrit, j'ai pu fixer la rencontre selon les horaires disponibles, toujours en pensant que j'irai au consulat. Mais, en recevant la confirmation de l’entretien, j'ai découvert que je devais d’abord passer aux locaux de la société, elle-même, avec les documents nécessaires. Une autre fois, j’ai pensé qu’il s’agissait sans doute d’une rencontre préliminaire pour faciliter le rendez-vous avec le consulat.

J'ai préparé minutieusement mes documents et je me suis rendu à la société. Là bas, ils m'ont annoncé qu’en plus des frais du visa (50 euros), je devais payer 200 L.E. (environ 30 euros) de frais supplémentaires pour ce rendez-vous. Ce fut le choc de ma vie… J’ai payé et j'ai attendu mon tour qui devait être à 9h30. Trois heures plus tard, on finit enfin par me convoquer. Je réalise alors que l’ancien système n’a pas changé. On fait toujours la queue, mais au lieu d’être le consulat , on est contraints d’attendre dans les locaux bondés de cette compagnie.

A ce moment là, j'ai compris que la société était chargée de récupérer le dossier pour l'acheminer au consulat. Et là j'ai découvert que mon interlocuteur était une Egyptienne, voilée ! Elle commence à examiner mes documents et s'arrête devant mon relevé de compte. Elle le refuse en me disant qu’il n'est pas tamponné par la banque. J'essaie de lui faire comprendre que le consulat l'a toujours accepté dans le passé. D’autant plus que la somme indiquée est bien supérieure à celle dont dispose, sur leur compte, bon nombre de Français… Là, je lui dis qu'elle n'a qu’à délivrer mon dossier tel quel au consulat, à eux de décider. Au bout de 30 minutes, elle me regarde et conclut : « Votre dossier est incomplet ». Pourquoi ? Parce qu’il faut, en plus de l’attestation d’accueil délivrée par mes amis, une « lettre d’invitation » écrite par mes hôtes expliquant pourquoi ils m’accueillent… Je n’en reviens pas. J’essaie de lui faire comprendre que l’attestation d’accueil est une preuve largement suffisante que je suis attendus en France. Mais elle ne veut rien entendre. Bilan : Elle me demande d'avoir tous ces documents avant 16h30 ou bien je serais obligé de recommencer toute cette démarche... Je me suis donc trouvé obligé de présenter mon dossier, selon elle, « incomplet »  et prendre le risque du refus de visa.

Deux jours plus tard, je dois passer au consulat (enfin !) pour donner mes empreintes digitales. J'étais heureux de ce rendez-vous pour la simple raison que s'il y a le moindre souci avec mon dossier, je pouvais m’expliquer avec le personnel. Mais j'avais tord. Le jour "J", une surprise m'attend : Les personnes chargées des empreintes sont deux jeunes Egyptiens dont l'âge ne dépasse pas 22 ans … Impossible de rencontrer un Français pour être rassuré quant à mon dossier.

J’attends donc quinze longs jours… Entre temps, j’achète mes billets d’avion et mes billets de train pour la France, au risque qu’ils me restent sur les bras si mon visa est refusé… Un jeudi soir, je reçois un SMS à 16h10 de la société m'informant qu'elle a mon passeport et que je dois le récupérer le jour-même avant 16h30 ou bien que j'attende jusqu'à dimanche matin. Bien entendu, il était impossible de réussir à l'obtenir jeudi. Le dimanche matin, me voilà donc devant la porte de la compagnie. Et là, nouvelle surprise : La porte est fermée. La raison ? C'est la Pentecôte (qui devait être le lundi). La société s’excuse car elle a décidé de prendre dimanche congé pour avoir un long week-end… sans prévenir ses clients. Je n'avais à qu'attendre jusqu'à lundi pour savoir si j'ai eu mon visa ou non.

Tout cela m’a dégouté de l’idée de voyager. De cette expérience humiliation, je  me demande vraiment pourquoi ne soumet-on pas les Français qui veulent se rendre en Egypte aux mêmes règles...

Article écrit pour le numéro 40 de la revue Le Courrier de l'Atlas (septembre 2010)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2010/NUM040/#/37/

26 mars 2012

Le milieu culturel égyptien refuse la manière "absurde" utilisée pour former le comite de la rédaction de la constitution

TellawiLe vice-président de l'Union des écrivains égyptiens, Gamal el-Tellawi, a affirmé que l'Union refuse catégoriquement la manière suivie par la majorité islamiste au Parlement dans la formation du comite de rédaction de la constitution égyptienne.

"Pourquoi ils insistent sur le fait que 50% des membres de ce comite soient des parlementaires?", se demande-t-il. "Ils se sont même emparés du choix des personnalités qui adhéreraient à ce comite".

Selon el-Tellawi, ce qui se passe actuellement prouve qu'il n'y a pas eu de réels changements dans la vie politique en Egypte. "Les Frères Musulmans suivent les mêmes politiques du Parti National Démocratique (PND) dissolu", affirme-t-il.

Et el-Tellawi de se dire surpris de l'attitude de la confrérie qui a connu l'injustice, l'oppression et l'exclusion a l'époque de l'ex-régime. "Ils appliquent la même injustice maintenant à l’égard du peuple égyptien".

Pour El-Tellawi, les Egyptiens se sont soulevés pour réaliser une avancée démocratique. "Mais, ce qui se passe actuellement est une régression dont le conseil suprême des forces armées (SCAF) et l'assemblée du peuple assument la responsabilité", a-t-il repris. "Le gouvernement d'al-Ganzouri n'a aucune prérogative, comme c'était le cas avec le gouvernement d'Essam Charaf".

Selon le vice-président de l'Union des Ecrivains Egyptiens, les crises dont témoigne l'Egypte actuellement sont artificielles pour attirer l'attention du peuple loin de la politique, ce qui va aider ceux qui tiennent les reins du pays à rédiger la constitution comme ils la voient et élire un président qui les convient. "Ce qui sont au pouvoir actuellement sont plus intelligents que l'ex-régime. Moubarak créait une seule crise à la fois, mais eux, ils sont capables de créer plusieurs crises en même temps", a-t-il précisé.

Pour el-Tellawi, la seule manière de régler la situation est de travailler sur trois axes. "D'abord, il faut que le SCAF, qui a protégé la révolution, sache qu'il doit remettre, honnêtement, le pouvoir, et enlever la tutelle imposée au peuple égyptien depuis 1952. Les frères musulmans et les salafistes doivent ensuite comprendre que la popularité qu'ils avaient gagnée après la révolution peut disparaitre s'ils continuent à s'emparer de la prise des décisions, et enfin il faut accorder des vraies prérogatives au gouvernement d'al-Ganzouri pour ce qui reste de la période transitoire".

AbelAzizDe de son côté, L'enquêteur dans le domaine du patrimoine égyptien Abdel Aziz Gamal Eddine a qualifié "d'absurde", la manière choisie pour former le comité charge de rédiger la constitution car elle reflète le contrôle de l'un des spectres de la société sur la prochaine constitution.

Selon Gamal Eddine, ni la majorité, ni la minorité ne doit s'emparer de la rédaction de la constitution. "Toute la société doit participer à la rédaction de cette constitution", a-t-il précisé. "Ce qui se passe maintenant ne mènera jamais à une constitution acceptable par tous les Egyptiens".

Gamal Eddine se demande pourquoi ceux qui ont formé le comite ont abandonné le projet de constitution de 1954 qui est acceptée par tous les Egyptiens. "Les honnêtes se sont retirés de ce comité", a-t-il repris.

Pour Gamal Eddine, il faut que toutes les communautés et les couleurs politiques en Egypte soient représentées, équitablement, dans le comité de la rédaction de la Constitution. "Les frères Musulmans doivent être présentés par un seul membre, aussi bien que les salafistes, les Nubiens, les Amazighs..etc", a-t-il précisé. "C'est étonnant que le comité ne regroupe pas des représentants de la Nubie, du Sinai ou de Siwa".

Et Gamal Eddine d'ajouter que les experts juridiques et constitutionnels ainsi que les juges de la Haute Cour Constitutionnelle doivent être la base de ce comité. "Je suggère aussi que le comité regroupe, comme consultants, des experts internationaux en matière de constitution...Mais, si la situation demeure comme elle est maintenant, l'avenir sera obscure", a-t-il conclu.

 

24 janvier 2013

Egypte : l'humour politique n'a été jamais aussi répandu

Avec la révolution, les Egyptiens ont retrouvé la liberté d'expression. Les blagues politiques, déjà présentes sous Moubarak, n'ont jamais été aussi répandues et ciblent les islamistes au pouvoir. Certains Egyptiens ont même fait de l'humour politique leur métier. Un reportage Marion Touboul et Ahmed Hassan Sami.

 

                                                                             BONUS WEB

Depuis la révolution, le standup fait fureur en Egypte. Dans les théâtres, les salles de concert, on vient applaudir des jeunes qui osent critiquer ouvertement leurs traditions, leurs dirigeants et même la religion. Les humoristes sont souvent des révolutionnaires qui conçoivent et répètent leurs sketchs ensemble, comme Ali Quandil, Amir Ezzat, Noha Kato, Waleed Abu El Magd, Meena Nader et Mohammed Morgan.

 

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