21 mai 2014

Portrait de l’Egyptien Sabahi, candidat rival du général al-Sissi

En Egypte, l'élection présidentielle se tiendra les 26 et 27 mai prochain. L'ex général al-Sissi est donné favori mais son seul rival, le leader de gauche Hamdine Sabahi, s'accroche. Opposant historique au régime Moubarak, il s’est lancé dans une campagne qui semble perdue d'avance. Marion Touboul et Ahmed Sami l'ont rencontré.

 

 

 

                                                                                              BONUS WEB

Quel est votre but en présentant à la présidentielle face à Abdel Fattah al-Sissi ?

L'Egypte a besoin d'un véritable changement dans la façon de gouverner. Il faut qu'il y ait un changement dans les politiques surtout celles qui touchent les couches sociales défavorisées. Pour y parvenir, la révolution doit accéder au pouvoir lors de la présidentielle à travers un candidat qui sorte de ses rangs. Mon but c'est donc de réaliser les demandes de la révolution du 25 janvier 2011. La révolution doit parvenir au pouvoir à travers les urnes, par la voie démocratique, c'est devenu mon devoir national alors qu'on a échoué jusqu'à présent.

Pensez-vous rencontrer des difficultés dans votre campagne ?

Je ne pense pas que les organes de l'Etat vont m'empêcher de faire des meetings mais ils vont prendre des raisons sécuritaires comme prétexte. J'attends de voir jusqu'à quel point ils vont utiliser cet argument sécuritaire pour empêcher ma campagne. Pendant la collecte des signatures, les jeunes de ma campagne ont affronté beaucoup de difficultés, ils ont été harcelés dans la rue. Le problème, c'est que le régime actuel prend parti pour un candidat (ndrl : al-Sissi) dans ces élections. Or pour moi, il n'y aura pas de vraie démocratie en Egypte tant que l'Etat ne sera pas impartial. C'est pour cela que je suis candidat à la présidentielle. Je crois en la force du peuple et je pense qu'on peut arriver à freiner le taux de fraude électorale en Egypte. Je m'attends aussi à rencontrer des difficultés économiques car tous les hommes d'affaires sont derrière le candidat choisi par l'Etat et ils veulent protéger leurs intérêts.

Depuis la chute de Morsi, on assiste à une répression féroce de la part de police contre les opposants au régime transitoire, vous attendiez-vous à cette évolution de la situation au lendemain du 30 juin ?

Je n'aurais jamais imaginé que les autorités auraient de nouveau recouru à la répression après le 30 juin. Cette violence de la part du régime est une grave erreur. Les autorités actuelles ont divisé les Egyptiens qui sont sortis manifester contre Morsi le 30 juin. Elles ont recouru à la violence contre des manifestants pacifiques qui, pour beaucoup, ont participé à la révolution de 2011. C'est absurde que les hommes de Moubarak soient aujourd'hui sur le devant de la scène politique et les révolutionnaires soient en prison. Je pense que si Moubarak est tombé, son régime est toujours là. Les politiques appliquées sont les mêmes, elles n'ont pas changé depuis la révolution. Donc la question est la suivante : est ce que ces politiques vont continuer ou non ? Je vois que l'Egypte ne vivra pas de changement politique si al-Sissi est président. Il est le fils du régime de Moubarak et une grande partie de ceux qui le soutiennent sont les hommes d'affaires et des hommes politiques qui ont intérêt à ce que l'ancien régime perdure. Comme al-Sissi bénéficie de leur soutien, il va devoir leur rendre des comptes s'il parvient au pouvoir.

Etes-vous pour la réconciliation avec les Frères musulmans ?

Je ne pense pas que les Frères musulmans, en tant que confrérie ou en tant de parti politique, aient une chance de retourner sur la scène politique. C'est leur punition pour avoir recouru aux armes et au terrorisme soit directement soit indirectement à travers leurs alliés. On ne peut pas construire l'avenir du pays en présence de la confrérie. Ils ont eu leur change, ils ont échoué et ils ont fait l'erreur de recourir à la violence. Mais les Frères musulmans en tant que citoyens doivent avoir les mêmes droits que tous les égyptiens dans un pays qui respecte la suprématie de la loi. Si je suis président, il n'y aura aucun distinction entre les Egyptiens en raison de leurs idées politiques. C'est exactement comme dans plusieurs pays européens qui interdisent les partis nazis. L'expérience avec les Frères musulmans a été douloureuse pour le pays et pour le bien de l'Egypte il ne faut pas redonner du crédit à la confrérie.

http://info.arte.tv/fr/portrait-de-legyptien-sabahi-candidat-rival-du-general-al-sissi

Posté par Simply Human à 22:02 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,


25 janvier 2014

Egypte: les anciens partisans de Moubarak sont de retour sur la scène politique

Certains citoyens ferment les yeux sur le passé controversé de ces politiciens.

Posté par Simply Human à 22:51 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

08 février 2013

Alaa al-Aswany : Le combat actuel se joue entre l’Egypte et les Islamistes

L'écrivain égyptien, célèbre pour son roman "L'Immeuble Yacoubian" (2002), a pris une part active dans la révolution de son pays en 2011. Il livre, sans détours, son analyse sur l'après Printemps arabe et les défis qui attendent l'Égypte. Entre optimisme et prudence.

 

AlaaVous aviez prévu l'explosion de la société égyptienne bien avant la révolution dans votre ouvrage "l'Immeuble Yacoubian". Que pensez-vous de ce qui se passe actuellement en Egypte?

 Une révolution signifie un changement profond non seulement au niveau politique mais aussi au niveau humain. Ce changement prend du temps. Je suis optimiste malgré la déception de constater la montée des islamistes et de leurs politiques fascistes, mais nous n’allons jamais reculer. L’Egypte ne sera plus jamais dirigée par un dictateur.

 Vous avez mentionné que l'Egypte traversait en ce moment la “troisième vague de la révolution”. Que voulez-vous dire par là?

 La révolution pour moi n’est pas un événement qui a une date précise. C’est un long processus qui sera achevé une fois que nous aurons obtenu les objectifs de la révolution. La première vague de la révolution égyptienne a été la chute du régime de Moubarak. La deuxième vague, c’est celle qui a fait chuter le Conseil Suprême des Forces Armées qui a dirigé le pays pendant 18 mois après Moubarak. La troisième vague a maintenant pour but de faire chuter les Frères Musulmans afin de construire un Etat civil.

 Faut-il que les Egyptiens renversent Mohamed Morsi comme ils l'ont fait avec Moubarak?

 Je suis contre le renversement du Président Mohamed Morsi qui a été élu démocratiquement. Ce n’est pas le but de la révolution. Mais il faut exercer des pressions pour que Morsi soit le président de tous les Egyptiens et non pas uniquement des Frères Musulmans. Depuis qu’il ait accédé au pouvoir, il s’est mis au dessus des lois, il n’en respecte aucunes.

 Pensez-vous que les Frères Musulmans ont appris les leçons des erreurs de Moubarak?

A mon avis, ils n’ont rien appris. Ils perdent chaque matin un peu plus la sympathie des Egyptiens. Si on regarde les résultats du référendum de mars 2011, on constate qu’ils étaient très populaires et écoutés dans la rue, alors qu’au référendum de décembre 2012, avec toutes les fraudes qu’ils ont organisées, presque 40 % des Egyptiens ont dit non.Ce qui est formidable, c’est de voir les Egyptiens, au bout de dix mois seulement, comprendre la différence entre les islamistes et l’islam, je pensais que cela aurait pris plus de temps.

 Est-ce que l'Egypte est en train d'être islamisée?

Impossible. L’Egypte est un pays qui possède 7000 ans d’histoire basée sur la tolérance que les islamistes ne peuvent pas effacer. En plus, l’Egypte est un Etat civil depuis le XIXe siècle.

 Comment voyez-vous le rôle et l'attitude de l'armée à l'égard de ce qui se passe ?

C’est très difficile de comprendre la position de l’armée. Il faut faire la différence entre l’armée, qui est loyale au peuple, et le Conseil Suprême des Forces Armées, qui, lui, a sûrement conclu des ententes avec les Frères Musulmans pour leur permettre d’accéder au pouvoir. Est-ce que l’armée peut faire un coup d’Etat ? C’est la grande question. Si c’est le cas, ce serait une catastrophe car cela signifierait l’échec de la révolution.

Vous étiez parmi les fondateurs du parti al-Dostour, en êtes-vous toujours un membre actif ?

C’est très compliqué. Je suis un écrivain et je veux rester libre de m’exprimer. Je refuse d’être membre d’un parti politique et je refuse d’avoir un poste dans n’importe quel gouvernement. Mon rôle dans le parti, c’est d’aider les dirigeants à établir une popularité dans la rue égyptienne. Alors on peut dire que je donne des conseils et quand le parti sera fort, je le quitterai définitivement.

YacoubianAl-Dostour se dit garant de la révolution et de l’Etat civil mais est critiqué pour son alliance avec les politiciens de l’ex-régime. Comment peut-il gagner la confiance des révolutionnaires?

Je comprends totalement ces critiques, mais il faut éclaircir deux points : premièrement Amr Moussa, l’ex-chef de la Ligue Arabe et ancien ministre des Affaires étrangères à l’époque de Moubarak, n’a jamais été corrompu. Deuxièmement, le combat actuel n’est plus entre révolutionnaires et anti-révolutionnaires. C’est un combat entre l’Egypte et les islamistes avec en première ligne les Frères Musulmans. Notre combat maintenant c’est de nous défendre, défendre la révolution et défendre le pays.

 Y a-t-il un plan frères musulmans de "liquider" leurs opposants?

Je ne sais pas, mais je peux dire que, personnellement, j’ai reçu deux menaces de mort depuis l’accession de Morsi au pouvoir. A mon avis, ils ne vont pas le faire maintenant, ce serait trop gros. Mais à long terme peut-être.

 Comment voyez-vous la nouvelle constitution?

Horrible. Les Frères Musulmans se sont emparés de la constitution. C’est eux qui ont choisi le comité chargé de la rédiger. Et ensuite ils ont fraudé le référendum sur l’adoption de la constitution. Cette dernière n’est absolument pas viable car elle ne représente que la pensée d’un seul courant politique en Egypte.

 Que pensez-vous du dernier remaniement ministériel ? Est-il en faveur de l’avenir de l’Egypte?

Ce remaniement prouve que les Frères Musulmans suivent les mêmes mesures que Moubarak lorsqu’il devait calmer le peuple : changer les têtes mais pas les politiques. La manière par laquelle les Frères musulmans voient les choses me fait penser au syndrome de Stockholm quand on se met à idéaliser son tortionnaire.

Comment voyez-vous les prochaines élections parlementaires?

Les Frères Musulmans savent qu’ils sont beaucoup moins populaires qu’avant. Pour cela, je pense qu’ils vont frauder les parlementaires. Mais les Egyptiens ne vont jamais accepter qu’on les trompe.

Comment voyez-vous l'avenir du printemps arabe avec la montée des islamistes?

 Il est normal que les islamistes soient sur le devant de la scène. Ils ont été opprimés et les peuples voulaient leur donner la chance. En plus, ils étaient la seule force organisée après la chute des régimes. Avec le temps, les peuples découvrent que les islamistes utilisent l’islam comme camouflage pour réaliser des intérêts politiques. Je suis sûr que les islamistes vont perdre à moyen terme. Et je suis sûr que la fin de l’islam politique, financé par l’argent du pétrole, commencera par le Caire.

 Que conseillez-vous aux jeunes pour réussir leur révolution?

 Mon seul conseil, c’est de ne pas accepter des compromis. Il faut que les jeunes continuent à exercer des pressions sur les politiciens afin qu’ils réalisent leurs ambitions. Depuis le 25 janvier 2011, toutes les bonnes décisions en Egypte ont été prises grâce aux pressions exercées par les jeunes dans la rue.

Article écrit pour le numéro 67 de la revue Le Courrier de l'Atlas (février 2013)

Posté par Simply Human à 17:48 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , , ,

21 avril 2012

Guillaume de Dieuleveult : Je ne croyais pas vraiment que les Egyptiens auraient fait une révolution

Guillaume de Dieuleveult est un journaliste a la revue française "Le Figaro". Il a vecu en Egypte entre 2006 et 2009, où  il été correspondant pour "La Croix", Radio Vatican, et d'autres medias français. Il vient de publier son livre "Dictionnaire Insolite de l’Egypte".

imagesComment voyez-vous le déroulement des évènements actuels en Egypte?

Pour être honnête, d’un peu loin. La plupart des articles que j’ai l’occasion de lire parlent de l’Egypte sous l’angle "Frères Musulmans" versus "Pro-Moubarak". J’ai peine à croire que l’actualité en Egypte se réduise à cette confrontation, et je suis très curieux de savoir comment est la vie quotidienne en Egypte depuis la révolution. Comment se porte l’économie ? Où en sont les grands projets : métro du Caire, musée, Toshka, centrale nucléaire… Les entreprises étrangères investissent elles toujours en Egypte ? Et au quotidien, qu’est ce qui a changé ? Les conversations sont elles plus libres ? Quels sont les rapports de la population envers la police ? Les Frères Musulmans ont ils gagné en popularité depuis la révolution ? Les rues du Caire sont elles aussi sûres que lorsque j’y habitais… En fait, j’ai hâte de revenir en Egypte pour voir tout ça de mes yeux, et aller boire quelques stellas dans ces bons vieux bars cairotes.

Vous avez résidé en Egypte pendant 3 ans. Pensiez vous que les Egyptiens auraient fait une révolution?

Je  n’y croyais pas vraiment car je pensais le régime trop puissant et les opposants trop éparpillés. J’ai donc suivi les soulèvements de l’hiver 2011 avec incrédulité au début, puis avec beaucoup d’admiration pour votre courage, et à la fin j’étais fier pour vous. Maintenant, est ce qu’on peut vraiment parler d’une révolution en Egypte ?

Vous avez suivi la révolution en France. Quels étaient vos sentiments?

Pour ma part, de la frustration. J’aurais beaucoup donné pour être avec vous place Tahrir.

Pensez-vous que les Egyptiens réussiront à se débarrasser des pro régime Moubarak?

Ils avaient intérêt à se débarrasser du régime et de Moubarak. Il y avait bien sûr une insupportable corruption. Mais je pense qu’il faut faire attention à ne pas tomber dans l’épuration.

Que voulez-vous dire par votre livre?

C’est "Dictionnaire Insolite de l’Egypte". C’est une collection de dictionnaires qui donnent un regard un peu décalé et subjectif, sur des pays et des villes du monde. Ils sont écrits par des gens qui vivent ou y ont vécu et donnent donc un regard "de l’intérieur". Le livre s’adresse à toutes les personnes curieuses de l’Egypte. J’imaginais quelqu’un qui n’est jamais venu au Caire et qui se promène dans le centre ville pour la première fois : il voit des tas de choses inconnues, j’espère qu’en lisant ce dictionnaire, il pourra les décrypter un peu mieux. L’avantage du dictionnaire c’est une lecture facile et rapide, avec des textes courts. Parfait quand on voyage.

Pourquoi un livre sur l'Egypte? Quelle est l'idée et pourquoi maintenant?

Les Français ont une longue histoire avec l’Egypte. C’est un pays qui leur est à la fois familier et méconnu. Ils étudient l’Egypte antique à l’école et beaucoup d’entre eux vont au moins une fois dans leur vie voir les pyramides et les temples. Mais à part ça… De l’Egypte, on évoque toujours les mêmes sujets : les pharaons, les pyramides, les frères musulmans et le canal de Suez. Dans ce petit livre j’ai essayé de parler d’autres choses que j’ai aimées ou détestées en Egypte, et qui ont fait que je reste très attaché à ce pays. Et quand j’y repense, je me dis que je pourrais écrire un deuxième dictionnaire tant il me reste de choses.

 

Posté par Simply Human à 21:16 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,

29 novembre 2011

Egypte : test démocratique

Premières élections législatives démocratiques en Egypte. Neuf mois après la chute d'Hosni Moubarak, place aux urnes !

Elections législatives en Egypte, acte un : le scrutin qui durera six semaines a débuté hier. Neuf mois après la chute du président Moubarak, l'armée égyptienne a tenu parole : les premières élections démocratiques de l'histoire du pays sont sur les rails. 45 millions d'électrices et d'électeurs doivent se rendent aux urnes pour désigner 498 députés àla chambre basse du Parlement. Le scrutin se déroulera en trois étapes dans les provinces égyptiennes jusqu'au début du mois de janvier. Le pays a refusé tout observateurs internationaux, ce sont des citoyens bénévoles qui veillent sur ce scrutin. La transparence sera-t-elle au rendez-vous ? Un reportage de Marion Touboul, Ahmed Hassan Sami et Johann Prod'homme.

Posté par Simply Human à 15:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,


27 novembre 2011

Les anciens du parti de Moubarak en campagne

Les Egyptiens s'expriment par les urnes pour la première fois depuis la chute du gouvernement Moubarak. Ce vote, qui se déroule sur deux jours, concerne près d'un quart de la population (celles d'Alexandrie, du Caire et de Louxor), soit 17, 5 millions sur 40 millions d'électeurs. 168 députés sur les 468 que compte l'Assemblée égyptienne seront ainsi élus. Des élections législatives sous fond de contexte politique très tendu.

Au Caire, les bureaux de vote ont été pris d'assaut très tôt ce matin : les élections législatives ont débuté ce lundi. Les Frères musulmans, qui se sont désolidarisés des jeunes de Tahrir, sont d'ores et déjà donnés favoris du scrutin. Mais on trouve aussi en lice, des membres du Parti National Démocratique, le PND, le parti de l'ancien président Hosni Moubarak. Quelles sont les chances de gagner pour ces candidats ? Reportage de Marion Touboul, Ahmed Hassan Sami et Johann Prod'homme.

Posté par Simply Human à 21:26 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,

23 novembre 2011

Le sang coule place Tahrir

La place Tahrir est redevenue la place forte des manifestants égyptiens. Ils semblent encore plus déterminés à ce que les scories de l'ancien régime soient une fois pour toutes éradiquées. Leur cible : l'armée dont le patron, le maréchal Tantaoui, premier dirigeant de facto depuis la chute de Moubarak a entamé des pourparlers avec l'opposition. Pas de nature à calmer les manifestants qui s'en prennent aux policiers à coup de jets de pierres des manifestants et s'exposent à leur riposte à coups de gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc. Nos reporters Marion Touboul et Ahmed Hassan Sami et Johann Prod'homme sont allés voir ce qu'il advient des blessés.

 

22 novembre 2011

Le feu reprend place Tahrir

La place Tahrir, lieu symbolique de la révolution égyptienne qui avait conduit à la chute d'Hosni Moubarak est à nouveau en ébullition.

Des milliers de manifestants s'y sont rassemblés pour réclamer la chute du pouvoir militaire. Sous-entendu, l'ancien dictateur a beau être parti, les anciens caciques du régime demeurent. Tout cela intervient à une semaine des élections législatives. Prôner la révolution dans la révolution est un moyen pour les égyptiens dire qu'ils refusent l'idée de se faire confisquer un combat qu'ils ont mené et qu'il existe aussi une autre voix que celle des Frères musulmans donnés favoris. Reportage signé : Marion Touboul, Ahmed Hassan Sami et Johann Prod'homme.

24 septembre 2011

Égypte : l'armée pas épargnée

Au Caire, le procès d'Hosni Moubarak est entré dans une nouvelle phase avec l'audition du témoin le plus en vue, le maréchal Hussein Tantaoui, qui a été pendant vingt ans le ministre de la Défense du président déchu. Pour des raisons de sécurité nationale, l'audition s'est tenue à huis-clos. Son témoignage devrait permettre de savoir si Hosni Moubarak a oui ou non donné l'ordre à l'armée de réprimer par les armes le soulèvement de février.

L'ancien président égyptien est jugé pour corruption et pour le meurtre de 850 manifestants durant le soulèvement populaire contre son régime du début de l'année. Une répression sanglante qui serait le fait des services secrets, des troupes d'élite et de la police. L'armée égyptienne serait alors restée neutre mais elle n'échappe pas la critique pour autant. Un reportage de Marion Touboul et Ahmed Hassan Sami.

Posté par Simply Human à 20:07 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , , , ,

07 mars 2011

La République Démocratique de Tahrir

Le 11 février 2011, une date que les Egyptiens n’oublieront jamais. C’est le jour où ils ont pu faire chuter le Régime sans violence et sans le soutien de l’armée en manifestant sur la Place Tahrir (Libération) pendant 18 jours.


La_place_Tahrir_n_a_pas_desempliKlaxons, musique, feu d'artifices…on se croyait un soir de match de foot, après une victoire, sauf que l'ambiance y est encore beaucoup plus intense…Cette journée-là, la République Démocratique de Tahrir a atteint son but : Renverser Hosni Moubarak.


Les manifestants qui sont sortis de chez eux le 25 janvier pour chercher leur liberté auprès d’un régime dictatorial, veulent désormais célébrer, annuellement, cette expérience qui leur a permis de se connaître.


Cette expérience a aidé le peuple égyptien a retrouver des valeurs comme l’amour, la solidarité, la dignité...Des valeurs qui etaient en train de disparaître en raison de l’oppression subie pendant 30 ans.


Un quasi "Etat" a été crée sur cette place située au centre ville du Caire. Des centres de premier secours, un comité d’organisation, un autre pour la sécurité, d’autres pour nettoyer la place ou l’entrée des vendeurs, des comités pour l’alimentation, des estrades qui servent à des stations de radio pour s’exprimer sur la place…


"La place Tahrir m’a aidé à découvrir plein de choses", dit Mohammad, 19 ans, qui tient un petit café de manière illégale et est venu rejoindre les manifestants pour protester contre les violences policières. "Avant cette Révolution, je comprenais rien à la politique. Une fois j’ai décidé de venir voir ce qui se passe ici, le premier qui m’a parlé était un jeune qui parle plusieurs langues. Ca m’a dégoûté et m’a laissé penser que les manifestations ne sont que des jeunes bourgeois qui ont un peu de temps libre et n’ont pas besoins de l’argent. Mais, il m’a demandé pourquoi je suis venu…Je lui ai dit que à chaque fois que je rentre tard chez moi et je croise un policier dans la rue il m’amène au commissariat de la police et je ne sors pas qu’après que je paie un pot-de-vin c’est-à-dire la petite somme d’argent que je gagne par jour…J’ai passé deux heures avec ce jeune homme qui m’a expliqué pourquoi ils sont là et qu’ils défendent tout les Egyptiens. Il m’a même prouvé qu’il n’y a aucune différence entre riches et pauvres sur la place. Ils dorment tous sur la place sous les mêmes couvertures et partagent les mêmes repas".


Malgré leur fatigue et leur visage sales après plus de deux semaines de protestations, musulmans, coptes, laïques, hommes, femmes, n’arrivent pas à quitter la place où ils vivaient unis pour aboutir à leur objectif : voir leur pays libre et démocratique.


"Nous avons vécu ici comme frères et sœurs", dit Salma, une jeune réalisatrice de 23 ans. "Je n’avais aucun contact ni avec les Frères musulmans ni avec les Salafistes. Sur la place, j’ai découvert qu’ils sont pacifistes comme nous. Ils veulent la même chose que nous. La seule différence entre nous c’est la manière de pratiquer la religion …Eux aussi, ils nous ont découverts, nous ne sommes plus des diablesses pour eux parce que nous ne portons pas le voile".

Une idée Partagée avec Omar, un jeune de 24 ans qui vient de finir ses études et qui appartient à un milieu social très aisé. Pour Omar, c’est le régime qui voulait faire échouer cette Révolution en lançant ce complot comme quoi elle était dirigée par les Frères Musulmans. Le but étant d’obtenir le soutien de l’Occident islamolophobe. "Arrêtons ces mensonges, dit Omar, Ici sur la place il n’y a aucune emblème religieuse. C’est une Révolution nationale qui regroupe les religieux et les laïques, les chrétiens et les musulmans, les vieux et les jeunes, les pauvres et les riches…Ca n’a été jamais une Révolution pour établir un Etat islamique".

Tahrir_chretiens_protegent_musulmansTrois semaines avant la révolution "Blanche", les relations entre musulmans et chrétiens ont témoigné d’une détérioration sans précédant en raison de l’Attentat qui a visé l’Eglise d’al-Quidissein a Alexandrie le 1er janvier. Mais la place Tahrir a tout changé. Désormais, les chrétiens n’accusent plus les musulmans d’être a l’origine de cette attentat, Pour père Mina qui se trouve sur la place pour conduire les messes organisées pendant les manifestations, "c’est le régime qui a planifié cet attentat pour semer la zizanie entre Chrétiens et Musulmans pour attirer l’attention du peuple loin de la corruption et autres crimes qu’il commis..Regardez, quand nous prions, ce sont les Musulmans qui nous protègent contre toute éventuelle attaque du régime pour s’emparer de la place et quand ils prient nous prenons la relève", indique-t-il. "Ne trouvez-vous pas étrange que malgré le retrait des forces de l’ordre des rues du Caire et d’Alexandrie depuis le 28 janvier et le chaos qui a régné ces villes aucune église n’a été touchée ? Tout le peuple les a défendues", ajoute-t-il.

Les Frères Musulmans et les salafistes ont été clairement aperçu pour la première fois, sur la place Tahrir dans l’après midi du mercredi 2 février quand le régime a recouru aux baltaguis (malfaiteurs) et la police secrète, déguisée en manifestants pro-Moubarak, pour attaquer les protestataires et évacuer la place Tahrir. Ces soi-disant pro-Moubarak ont utilisé des balles réelles, des cocktails Molotov, de l’acide sulfurique, des armes blanches et des pavés dans l’attaque.

Les jeunes frères musulmans se sont précipités sur la place pour sauver les manifestants et organiser la défense de la place. Réprimée par les autorités depuis 30 ans, la confrérie a une grande expérience de cette lutte contre ce genre d’attaques.

Peter, un jeune chrétien, est devenu ami avec Tawfiq, l’un des frères musulmans. Ils remercient Dieu qu’ils soient venus. "Nous étions à deux doigts d’être massacrés. Ils sont venus nombreux pour nous renforcer..Tawfiq m’a sauvé de deux baltaguis qui m’ont coincé dans une impasse donnant sur la place". Pour Tawfiq, il n’a rien fait d’extraordinaire. "J’étais chez moi quand j’ai vu sur la télé ce massacre organisé par le régime contre les protestataires sur la place Tahrir. Je me suis trouvé, sans réfléchir, sur la place Tahrir pour les défendre. Ce n’était pas une initiative des Frères musulmans. Tous les Egyptiens se sont précipités pour sauver cette belle Révolution pacifiste".

Youssef, un jeune frère musulmans, ne comprend pas pourquoi l’occident a peur de la confrérie. "Les occidentaux ne vivent pas en Egypte. Ils ne savent pas que dans mon village au Delta (nord de l’Egypte), le régime ne fournit aucun service, C’est la confrérie qui offre ce qu’elle peut aux habitants du village Musulmans et Chrétiens, d’où vient sa popularité". Pour Youssef, l’expérience de la République Démocratique de Tahrir est une preuve de la coexistence de tout le monde. "Je prend mon petit déjeuner avec les laïcs Musulmans, mon déjeuner avec les frères Musulmans et mon dîner avec les coptes…J’espère que cette situation demeure".

Musulmans_et_Chr_tiens_chantent_ensemble_en_Egypte_du_jamais_vuGamal Hanafi, un ex-député frère musulman et membre du Conseil d’administration du syndicat des avocats justifie l’absence officielle des Frères musulmans des manifestations pendant les premiers jours. "Ce sont les jeunes qui ont appelé à ces manifestations, nous ne voulions pas leur voler leur Révolution et pour que le Régime ne nous utilise pas comme prétexte pour l’avorter mais nous étions dans la rue avec les jeunes en tant que partie du peuple égyptien", a-t-il affirmé.

Pour soulager l’Occident et les Egyptiens, Les frères Musulmans se sont engagés à ne pas présenter de candidat aux élections présidentielles de septembre prochain. En plus, Gamal Hanafi a affirmé que les frères Musulmans ne poseront leurs candidatures que dans 35% des circonscriptions pendant les législatives comme d’habitude. "Ce que nous voulons c’est un régime démocratique, juste et honnête", a-t-il précisé.

Abdallah, un musulman laïc du Caire, lui avoue qu’avant cette révolution, il avait peur que les frères prennent les rennes du pays. Mais, après ces trois semaines sur la place, il n’a plus de crainte. "Ils ne sont pas des monstres et même s’ils le sont, si nous souhaitons une vrai démocratie et si la majorité les choisi au pouvoir, il n’y a qu’accepter le choix du peuple…Il faut que l’Occident arrête son hypocrisie et son soutien aux régimes corrompus".

 

Article écrit pour le numéro 46 de la revue Le Courrier de l'Atlas (Mars 2011)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2011/NUM046/#/36/

 

 

Posté par Simply Human à 14:49 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , , , ,