11 mars 2013

Jean-Luc Lavaud : l'arrivée des Islamistes au pouvoir n'a pas affecté les activités de l'Institut Français en Egypte

Jean-Luc Lavaud, conseiller culturel de l’ambassade de France en Egypte, a commencé sa carrière au ministère français de la Culture puis il a adhéré au ministère des affaires étrangères où il s’est occupé des questions de la culture et de la coopération au Vietnam, en Thaïlande, au Maroc et en Inde.  Avant d’être nommé Conseiller culturel en Egypte, il est passé par la direction de l’Orient et du Moyen-Orient au Quai d’Orsay.

Jean_Luc_Lavaud_1En tant que Conseiller culturel de l’ambassade de France au Caire, quelles sont les grandes lignes de votre stratégie dans le domaine culturel ?

Nos activités sont très variées. Bien sûr il y a la partie la plus visible de l’Institut Français qui consiste en des cours de langue et des activités culturelles pour le grand public. Mais l’Institut Français d’ Egypte c’est aussi le service de l’ambassade qui s’occupe de la coopération. C’est-à-dire qu’ici on s’occupe de la francophonie comme avec le Lycée Français et tous les établissements égyptiens qui ont la totalité ou une partie de leur programme en langue française. On s’occupe aussi de la coopération universitaire comme les filières françaises dans les universités égyptiennes et également de l’université française en Egypte. Nous nous occupons également de la coopération scientifique, comme avec le comité franco-égyptien « Imhotep » qui cofinance ce genre de coopération. Nous traitons également de questions de gouvernance à travers une coopération notamment avec le Conseil d’Etat égyptien et la Cour de cassation. Nous donnons des cours de Français à l’Académie de Police et à l’Institut Militaire des langues. Ce ne sont que des exemples pour dire que, globalement, notre travail est plus large que ce que l’on peut voir.

L’Egypte a changé et est en train de changer. Mon objectif, à notre petit niveau, est d’être là pour accompagner l’Egypte dans ces changements à travers nos activités. C’est-à-dire aider les Egyptiens à apprendre le Français ou à suivre les programmes français, continuer les activités universitaires, donner des bourses…etc. Et dans le secteur de gouvernance, essayer, en fonction des demandes, d’apporter notre expérience, plutôt que notre expertise, sur les sujets sur lesquels l’Egypte aujourd’hui réfléchit, comme par exemple la Constitution. Donc mon objectif c’est d’avoir des échanges avec les institutions qui le souhaitent sur tous les sujets. J’essaie aussi de me rapprocher le plus possible des jeunes en élargissant nos activités pour toucher des gens nouveaux qui ne venaient pas spontanément ici. C’est pourquoi nous essayons d’organiser le maximum des activités près du public. Et bien sûr, le but à long terme est de faire rayonner la culture française et les projets franco-égyptiens.

Les changements politiques en Egypte ont-ils mené à des changements dans la politique culturelle de l’Institut ? Sachant que le régime en France a changé en même temps...

Les changements en Egypte n’ont pas touché à nos activités. On fonctionne toujours pareil. Ce que je constate ici, c’est qu’il y a des gens qui prennent la parole alors qu’ils ne le faisaient pas avant. Il y a une libération de la parole qui est très désordonnée par ailleurs. Tous les sujets sont abordés, parfois bons parfois moins bons. Pour ce qui nous concerne, il y avait des thèmes que nous avions du mal à aborder avant et qui sont désormais possibles. Par exemple, l’Institut a organisé un cycle de conférences sur l’organisation de la société. Ce genre de conférences n’était pas possible avant.

Et l’arrivée des islamistes au pouvoir ?

Pour le moment, ils ne nous ont pas causé des problèmes. Au contraire, on aborde des sujets maintenant qu’on ne pouvait traiter avant. Mais ça peut arriver bien sûr. Aussi, il faut savoir que nous sommes très respectueux des coutumes et des pratiques du pays, nous n’allons pas organiser une activité qui provoque le peuple. Par exemple, en France nous sommes ouverts sur des sujets comme les droits de l’Homme, la laïcité, la peine de mort et la liberté d’expression, après dans la pratique, il faut respecter l’endroit où l’on est. On n’est pas là pour faire de la provocation. 

Jean_Luc_Lavaud_2L’Institut Français d’Egypte est l’un des plus grands dans le monde. Peut-on savoir son budget ? Y a-t-il eu une réduction ?

Nous ne communiquons pas le montant de notre budget mais je peux vous dire qu’il est de plusieurs millions d’euros malgré la baisse importante qu’il a subi en raison de la crise financière dont témoigne l’Europe, et la France en particulier, actuellement. Cette baisse n’a pas touché l’Institut seulement, mais tous les instituts français dans le monde. Elle s’est caractérisée ici par une réduction de notre effectif.

Vous coopérez avec l’Institut Français d’archéologie Orientale (IFAO) ?

Dans le cas de la coopération scientifique et universitaire, nous aidons des égyptologues. L’IFAO est l’une  des cinq écoles françaises à l’étranger qui sont des établissements de recherche français à l'étranger, placés sous la tutelle du ministère français de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Cela arrive que l’on organise des activités ensemble, mais ils ont leur propre budget. 

Il y a moins de produits culturels français exposés par le centre…Pourquoi ?

La raison réside dans le financement bien sûr. Faire venir un spectacle en Egypte cela coute très cher. On ne peut pas faire cela plusieurs fois dans l’année.  

Et dans le domaine du cinéma il y a une raison de plus : La révolution numérique. Avant, le ministère des affaires étrangères achetait des droits pour avoir les pellicules. Maintenant, on trouve de moins en moins de pellicules et, si on les trouve, le coût devient très élevé pour faire des copies.  J’espère que dans les quelques années qui viennent nous serons équipés d’un bon système numérique. J’espère aussi qu’on arrivera à passer les films français dans les cinémas égyptiens.

Les éditeurs égyptiens veulent traduire les œuvres français en arabe, mais ils ont des problèmes concernant les droits d’auteur, les éditeurs et la publication. L’Institut peut-il jouer le médiateur à cet égard ?

Nous jouons déjà ce rôle. Nous intervenons quelques fois même pour corriger la différence entre ce que l’éditeur français veut gagner et ce que son homologue égyptien peut payer. C’est très ennuyeux car effectivement il faut que les auteurs ou les éditeurs jouent le jeu... 

Demandez-vous l’avis des intellectuels égyptiens pendant la mise au point de votre plan culturel ?

La construction d’un programme n’est pas quelque chose qui se fait en un bloc. Nous ne nous mettons pas autour d’une table pour le faire, c’est plus compliqué que cela. Il faut savoir ce qui est possible de faire, qui sont les invités intéressés par venir. J’aimerais effectivement essayer de trouver un large panel d’Egyptiens avec lesquels on pourrait réfléchir aux attentes.


25 septembre 2011

Un chercheur français : le milieu de la culture égyptienne n'a jamais cessé de résister à la tyrannie

Damien_CordienDamien Cordier-Féron est un chercheur français, co-auteur du livre "Bizerte Otage de l'Histoire...De la 2ème Guerre Mondiale aux Indépendances du Maghreb".

Comment voyez-vous les révolutions arabes en général et la révolution égyptienne en particulier?

Je crois que les Egyptiens, les Tunisiens et les Libyens peuvent être fiers de ce qu'ils ont accompli et l'on ne peut que ce réjouir de ce vent de liberté. Aujourd'hui toutes les cartes sont sur la table, mais les défis sont immenses. On ne peut qu'espérer que les différentes parties jouent le jeux et que ces pays puissent de nouveau aller de l'avant le plus rapidement et pacifiquement possible.
Mes pensées vont à ceux qui ont payé et qui payent encore de leur vie ce combat dans tout le monde arabe.

Vous avez vecu trois ans en Egypte. Comment voyez-vous la vie culturelle égyptienne avant et après le 25 janvier 2011?

A mon sens, et depuis longtemps, le milieu culturel égyptien a joué un rôle très important dans le combat pour la liberté, puis dans la révolution égyptienne. La place Tahrir où ont eu lieu tant de scènes de violence a également été le lieu d'un grand foisonnement intellectuelle et artistique qui fait honneur aux Egyptiens. Une plus grande liberté d'expression ne peut que bénéficier à la révolution.

Couv_Bizerte_Otage_de_l_HistoirePourquoi parler de la crise de Bizerte?

Pour Sébastien Abis et moi-même, la rencontre avec la crise de Bizerte s'est fait, il y a plus de 10 ans, presque par hasard alors que nous étions de jeunes chercheurs en histoire. C'est un sujet très complexe qui relève de problématiques à la fois politiques, diplomatiques, stratégiques, militaires et géographiques. Il est d'autant plus passionnant qu'il est quasi inconnu en France. En Tunisie ces évènements sont naturellement encore très douloureux et sujet à un débat passionné. Enfin, si ces évènements sont très liés à la guerre d'Algérie, ils démentent le mythe d'une décolonisation pacifique de la Tunisie.

Pourquoi publier ce livre maintenant? vous vouliez investir la révolution tunisienne?

Certainement pas. Nous avons commencé à travailler sur le livre bien avant la révolution. Notre objectif était de le publier pour le cinquantenaire de la bataille en juillet 2011.
Mes recherches avaient porté sur l'histoire de la base militaire française de Bizerte en tant que telle. Alors que Sébastien Abis avait déjà publié un livre sur l'histoire diplomatique et politique de la Crise.
Notre démarche a donc été de mettre en commun nos travaux. C'est vraiment l'originalité de l'ouvrage. C'est la première fois que l'histoire de la base et de ce que la France et l'OTAN y ont construit est publié. Et ce  alors que finalement la base est indissociable de ces évènements dramatiques. c'est fondamental pour comprendre la crise.
Par rapport à la révolution tunisienne, notre propos a été de rappeler que l'indépendance de la Tunisie n'est pas intervenue en 1956, mais bien en 1963 lorsque la France a définitivement évacué Bizerte.  Sans doute en 2011, la Tunisie a-t-elle aussi tourné une nouvelle page de son histoire.   

Est-ce que c'est un effort de votre part pour s'excuser à la place de la France?

Non pas du tout. Nous ne désignons pas responsable. C'est au lecteur de se faire une opinion. Par ce livre, nous avons voulu dépassionner la question de Bizerte et tenter d'expliquer la crise dans toute sa complexité. C'est pour cela que l'ouvrage démarre en 1943. Nos travaux ont été réalisés dans une démarche universitaire d'historiens et je l'espère sans parti-pris. Nous ne nous désignons pas de responsable, seulement des responsabilités de part et d'autres.
Nous exposons des faits et tentons d'expliquer comment et pourquoi la France et la Tunisie en sont venus à s'affronter au cours d'une bataille brève mais extrêmement sanglante.

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05 mai 2011

La France aura la priorité dans les contrats de développements en Libye

Iman Bugaighis : ex-porte-parole du Conseil National de Transition. Elle a démissionné parce qu'elle voulu retourner à sa vie académique, mais elle soutient toujours le CNT. Elle donne sa vision de l'avenir des relations franco-libyennes.

ImanBugaighisLa France a été  la première à nous soutenir depuis le premier jour de notre révolution et pour la remercier je pense qu'elle aura la priorité dans les contrats de développement économique en Libye.
 
La société libyenne penche maintenant vers la France, les relations culturelles franco-libyennes seront donc renforcées. Les libyens sont curieux de découvrir la culture du pays qui les soutient depuis le début.
 
Les libyens demandent à la France de poursuivre son soutien pour qu'ils puissent construire leur pays démocratiquement, dans le respect des droits de l'homme, et pour que la  Libye devienne une partie intégrante de la communauté internationale libérale. Ils souhaitent aussi que Paris les aide à raccourcir la période transitoire actuelle.
 
Les révolutionnaires demandent à la France d'augmenter ses investissements en Libye et d'avoir une vision pour tous les secteurs. Il faut qu’elle nous aide à rétablir notre infrastructure, à construire une societe non consommatrice et à développer notre système éducatif.
 
Pour le tourisme la France a également un grand rôle à jouer. Nous avons des sites romains et un désert ouvert au tourisme, mais Qadhafi a détruit ce secteur.
 
Emigration clandestine Le peuple libyen est contre l’émigration clandestine. C'était pour Qadhafi un moyen de pression sur l’Europe. Nous allons contribuer avec la France à la lutte contre ce trafic. De plus, l'Europe doit savoir que les Libyens ne quitteront jamais  leur pays du moment qu'on leur permet d'y vivre avec dignité.
 
Concernant le pétrole, je ne pense pas que ce soit une mauvaise chose que Sarkozy nous aide à assurer l'acheminement du pétrole libyen vers son pays. C'est un président et il doit chercher les intérêts de son peuple. Les relations internationales sont basées sur les intérêts communs. Si Sarkozy est mal vu en France, c'est une affaire intérieure qui concerne seulement les Français.

Article écrit pour le numéro 48 de la revue Le Courrier de l'Atlas (Mai 2011)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2011/NUM048/#/16/

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06 janvier 2011

Le Cheikh d'al-Azhar : Nous sommes tous coptes, certains sont chrétiens d'autres sont musulmans

CHEICK_AL_AZHARAu moment où l’Islam est la cible de critiques sévères et plusieurs pays du monde islamique représentent, pour l’occident, le foyer des groupes terroristes, al-Azhar, qui représente la référence de l’Islam sunnite et qui accueille chaque année 16000 étudiants étrangers pour leur enseigner l’islam modéré, est accusé de jouer un rôle faible pour montrer la vraie image de l’islam.

Le cheikh d’al-Azhar, Le Grand Imam Ahmed el-Tayeb répond aux critiques. 

Quel est le rôle d’al-Azhar ?

Al-Azhar a pour rôle la défense d’un islam modéré. C’est un rôle très important car sans cette modération, il y aurait de graves tensions entre les musulmans eux-mêmes ou entre eux et les autres. La présence d’al-Azhar garantit la pluralité des visions dans l’islam et l’échange d’opinions entre les musulmans et les autres civilisations dans un objectif commun qui est la paix.

Vous avez étudié en France et vous étiez professeur en Suisse? Cette expérience vous a aidé?

Elle m’a beaucoup aidé. J’ai pu échanger mes pensées avec les autres, m'ouvrir sur d'autres univers. Cela est essentiel pour faire avancer le dialogue entre l’Orient et l’Occident. Il faut reconnaitre qu’il y a une vraie crise entre l’Occident et le monde islamique et elle ne pourra être résolue qu’à travers le dialogue dans le cadre du respect mutuel. Il ne faut pas qu’une partie se considère comme la civilisation modèle. Car ce ne sera pas un dialogue mais plutôt un dictat et une marque d'arrogance. Or avec l’arrogance, on n'arrive pas à un dialogue mais plutôt à une occupation. A chaque fois que j’assiste à une conférence, je constate que l’occident nous comprend mieux et vice-versa. Il faut parler pour dépasser nos préjugés.

Vous êtes chef d’une confrérie soufiste, est-ce que cela vous donne une particularité à al-Azhar? Votre nomination signifie-t-elle un tournant pour l'institution?

Je ne suis pas chef d’une confrérie. Mon grand-père et mon père l’étaient. Je suis juste un disciple. Je suis né dans une famille soufiste ce qui m’a donné une force intérieure : je ne cherche pas à occuper un poste ou gagner de l’argent…Si le cheikh d’al-Azhar est de ce genre, il peut renforcer le rôle d’al-Azhar. La majorité de mes prédécesseurs appartenait au courant soufiste. Ils avaient un message spirituel côte-à-côte à leur rôle plus "scientifique" de cheikh d’al-Azhar.

Vous étiez le mufti de l'Egypte, pourquoi il y a une séparation entre les deux postes?

Le Mufti appartient au ministère de la Justice. Son rôle est de répondre aux questions des musulmans concernant leur religion. Mais al-Azhar est une institution d’enseignement…donc le rôle d’al-Azhar est plus large.

Vous étiez membre du PND, Parti National Démocratique, actuellement au pouvoir, et tout le monde l'a critiqué après votre nomination, ce que vous a poussé à démissionner du parti. On accuse désormais Al-Azhar d'être politisé, cette accusation est-elle vraie?

Je ne suis pas membre du PND. J’ai juste été nommé membre du bureau politique du parti. Les membres de ce bureau sont nommés par le Président Moubarak. Cette nomination est due au poste que j’occupais à cette époque : recteur de l’université d’al-Azhar (Le président choisis un des recteurs des universités égyptiennes). Quand j’étais nommé cheikh d’al-Azhar, le président était en Allemagne pour des soins médicaux. Et moi, j’ai pris la fuite des medias en rentrant dans ma famille à Louxor. Ce n’était pas convenable que je démissionne du PND lorsque le président est à l’étranger. J’ai donc voulu attendre son retour. Quand il est revenu, il a pris l’initiative de me libérer de mes fonctions au PND pour qu'al-Azhar ne soit accusé d'être politisé.
Il n'y a donc aucune raison pour que notre institution ait un rôle politique. Ce n'est parce que nous touchons un salaire du gouvernement que nous devons en faire sa propagande. C’est vrai que notre budget vient de l’Egypte, mais nous prenons en charge les coûts des études de 16 000 étudiants venant de 102 pays. Et ces étudiants ne font pas la propagande du PND ou de l’Egypte. Ce budget n’a pour but que le renforcement de l’Islam modéré. Al-azhar n’est ni un parti ni un mouvement de l’opposition. C’est une institution d’enseignement et n’a pas de conflits avec l’Etat.

Historiquement, al-Azhar enseignait la jurisprudence sunnite et chiite. Est-ce toujours le cas maintenant ? Ou bien, est-ce cela a changé pour des raisons politiques?

Al-Azhar enseigne la jurisprudence chiite en tant que jurisprudence comparée comme toutes les autres écoles sunnites de jurisprudence. Les chiites sont Musulmans comme nous. Nous luttons simplement contre l’exportation du chiisme dans les pays sunnites et vice-versa. Je lutte aussi contre l’exportation des idées salafistes. Cette exportation est une affaire politique qui ne mènera qu’au conflit, à la guerre sectaire.

Majoritairement, les Ulémas d'al-Azhar sont faibles en langues étrangères...Vous ne pensez pas que cela représente un défaut dans le rôle d'al-Azhar? Et comment vous allez corriger ce défaut?

Il est vrai qu'il y a quelques années, la maîtrise des langues n'était pas une priorité à Al Azhar. Quand on envoyait un uléma à l'étranger, en Asie, par exemple, on comptait surtout sur la bonne maîtrise de l'arabe par les musulmans dans ces pays-là. Mais on s'est rendu compte qu'il était important que les ulémas connaissent très bien la langue du pays où ils partent. C'est pour cela qu'aujourd'hui, les candidats au départ sont fortement sélectionnés par des examens de langues. On a crée aussi des collaborations avec des centres culturels comme le British Council, pour aider les étudiants dans l'apprentissage des langues. En France, la question ne se pose pas, puisque Paris n’accueille plus nos prêcheurs.

Que pensez-vous de l'appel du Dr Soad Salah d'accorder à la femme le droit de donner des fatwas ?

Il n’y a aucun problème pour que la femme donne des fatwas. L’Islam ne l’interdit pas. Mais la question que je pose c'est est-ce que les musulmanes ont récupéré tous leurs droits essentiels qui précédent celui de donner des fatwas? Il faut d’abord que la musulmane ait ses droits pour qu’elle pense aux fatwas. Il y a beaucoup de droits accordés par l’islam à la femme dont elle est encore malheureusement privée.

Les télécoranistes sont très a la mode dans le monde. Sont-ils qualifiés pour parler religion, pour donner des fatwa ?

C’est un point négatif de l’avancée technologique. Cela ne concerne pas la religion seulement mais touche tous les domaines de la vie quotidienne. C'est pour cela que ces chaines satellitaires sont dangereuses. Elles ont donné aux non-qualifiés la chance de parler. Pour lutter contre cette anarchie, en ce qui concerne la religion, nous pensons diffuser une émission sur une des chaines gouvernementales pour corriger les idées lancées par les prêcheurs non-qualifiés.

Que pensez-vous des Frères musulmans en tant que mouvement religieux ?

Toute organisation religieuse a le droit de s’exprimer. Mais nous sommes contre l’utilisation de la religion pour des fins politiques. On n'a pas à impliquer l'islam dans les jeux politiques. Il y a deux types de valeurs, celles, fondamentales de l'islam, et celles, beaucoup plus douteuses de la politique. Je n'aime pas ce mélange de genre.

La minorité copte (10% de la population égyptienne) se plaint d’être discriminée. Comment voyez-vous les relations entre musulmans et coptes ?

Je ne vois pas de problèmes entre Coptes et Musulmans en Egypte. Je vois des plans étrangers dont le but est de déstabiliser le pays. Depuis 14 siècles, il n’y avait aucune guerre entre les deux communautés. Même entre chrétiens et musulmans dans tout l’Orient en raison de la religion. C’est parce que l’islam est une religion ouverte sur l’autre et que le christianisme en Orient l'est aussi. Ces problèmes ont apparu quand l’occident s’est ingéré pour réaliser certains intérêts ou redessiner la carte de la région. Ce qui ce passe c’est de la politique. Les problèmes entre les habitants dans le sud de l'Egypte n’ont rien avoir avec la religion. Il s'agit, à la base, de crime d’honneur ou de conflits familiaux. Il se trouve que l'on retient ceux qui opposent les chrétiens à musulmans. Mais les mêmes problèmes se déroulent également chaque jour au sein de chaque communauté.

Mais le numéro 2 de l’église copte, l'évêque Bishoï vient de dire que "les musulmans sont des hôtes en Egypte".

Le pape des coptes, Shenouda III, s'en est excusé, et je le crois sincère. On peut avoir confiance en lui, c'est le premier à dire que l'unité du peuple égyptien est une valeur intouchable. D'ailleurs, on est tous les deux d'accord à 90% sur les sujets qui concernent notre pays. Copte signifie "Egyptien". A l'époque, tout le monde était copte. Le mot n'a donc rien de religieux à l'origine. Nous sommes tous coptes, certains sont chrétiens d'autres sont musulmans.

Que pensez-vous de la laïcité ?

Nous n’avons rien contre la laïcité. Ceci dit, elle est parfois en France poussée à l'extrême. Ce n'est pas bon de rejeter, de gommer, absolument tout ce qui est religieux. On obtient en fin de compte un peuple qui ignore les religions. Comme je combats les extrémistes musulmans, juifs et chrétiens, je combats aussi les extrémistes de la laïcité.

Suite a la visite de Nicolas Sarkozy, quand il était ministre de l'Intérieur, a l'ex-cheikh d'al-Azhar, le Grand Imam Mohammed Sayed Tantawi, la France a interdit le voile dans les lieux publiques...al-Azhar est donc accusé de donner le feu vert au gouvernement français d'adopter des lois touchant négativement les Musulmans de France…

Ce n’est pas du tout vrai. Au contraire, feu cheikh Tantawi a demandé à Nicolas Sarkozy de faciliter l’intégration des Musulmans en France en les laissant pratiquer librement leur religion, de façon modérée. En ce qui concerne le voile, nous demandons au gouvernement français de le tolérer parce qu’il est obligatoire dans l’islam. Et en même temps, les musulmans ne doivent pas provoquer les autorités, par le port du niqab, par exemple… Je ne vois pas pourquoi cette intégration pose un problème car les valeurs fondamentales de notre religion sont la tolérance, la justice, le respect de l'autre...

Que représente alors le niqab dans l’islam ?

Le niqab n'est pas une obligation dans notre religion. C'est plutôt une tradition culturelle de l'avant-islam que quelques communautés pratiquaient jadis. Il n'a donc pas une importance religieuse. Les Musulmans le savent bien.

Que Pensez-vous de l'interdiction des minarets en Suisse?

Les minarets sont des signes spirituels pacifiques, comme les tours et les clochers pour les Chrétiens. Pourquoi posent-elles tous ces débats en Europe? En Egypte, nous avons des églises avec leurs tours et leurs clochers et cela n'a jamais causé de problèmes. Pourquoi l'Europe, cultivée, démocrate et libre fait-elle tout ce bruit ? De quoi a-t-elle peur ?

La femme peut-elle consulter un gynécologue ou un médecin homme?

Les musulmanes ici, chez nous, le font et cela n’a jamais posé de problème. Je ne comprends pas pourquoi chez vous, cela en pose un. Quand il s’agit de sauver une vie, l’islam ne l’interdit jamais.

Et la mixité dans les piscines ?

La mixité est tolérée par l’Islam quand il y a une nécessite, comme c’est le cas par exemple dans le cadre du travail. Sinon, elle est interdite. En Europe, la musulmane doit accepter les règles du pays ou elle vit. Si elle veut aller à la piscine, elle n’a pas le droit d'interdire aux hommes d'y venir. Si leur présence la dérange, elle n’a qu’à pas s’y rendre.

Pourquoi une femme musulmane n’a-t-elle pas le droit d'épouser un non-musulman, même s'il est chrétien ou juif ?

Un homme musulman peut épouser une non-musulmane, juive ou chrétienne, car l’islam l’oblige à respecter ces deux religions. Moise et Jésus sont présents et très respectes dans le Coran. Mais comment admettre le mariage d'une femme musulmane avec un homme qui n'a pas foi en l’Islam, qui n’a aucun respect au Coran et au prophète Mohamed.

Que pensez-vous des appels récents, venus de l’Occident, à brûler le Coran ?

C'est plutôt moi qui vous pose cette question ! Que pensent les Français et les Occidentaux des appels de ce genre au 21me siècle? Nous, Musulmans, nous ne pouvons pas imaginer toucher la Bible. Ni par un acte, ni par la pensée ! Notre foi et notre culture nous l'interdisent.

Comment corriger l'image de l'Islam et sortir du défi du terrorisme et du radicalisme ?

Après la chute de l'URSS, les musulmans sont devenus les nouveaux ennemis. La guerre contre le rouge a laissé la place à la guerre contre le vert. On a fait la propagande en Occident d'une fausse image de l'islam, d'un islam violent et intolérant. Il y a eu ensuite le 11 septembre. Les musulmans sont devenus la cible des Etats Unis alors que c'est eux qui ont fabriqué Al-Qaïda. L'Occident est le premier responsable de cette image négative de l'islam. Il n'a jamais voulu entendre parler d'un islam modéré. Il est toujours en train de chercher des faits négatifs pour nourrir l'image qu'il souhaite donner de notre religion.
C'est aux Occidentaux de revenir vers nous. Nous, à Al Azhar, on s'efforce de diffuser un message universel et authentique de paix. C'est une mission compliquée car nous avons parmi les pays musulmans, des pays pauvres, écrasés par l'Occident, comme c'est le cas en Afghanistan, au Pakistan, en Irak et en Palestine. Les musulmans là-bas se sentent oppressés, ce qui les pousse à se diriger vers ce que l'Occident appelle "l'extrémisme", or s'il s'agit simplement de résistance. 

Comment voyez-vous l'Islam et les Musulmans dans 50 ans?

Il faut travailler pour réaliser un monde musulman progressiste et modéré qui n'ignore pas ses qualités, ses valeurs. Les musulmans ne vivent pas sur une île lointaine. Et c'est à l'Occident de coopérer avec nous pour réaliser ce monde possible.

Article écrit pour le numéro 44 de la revue Le Courrier de l'Atlas (janvier 2011) (Photo Françoise Beauguion)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2011/NUM044/#/80/

 

 

 

 

 

 

 

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03 septembre 2010

Visa pour la France : Aventure humiliante

Il y a un an, l'Egyptien qui souhaitait obtenir un visa pour la France devait faire la queue devant les portes du consulat de France pendant des heures, même s'il avait un rendez-vous. Un acte que les Egyptiens jugeaient inacceptable vu que leur pays, lui,  délivre des visas à tous les citoyens de l'Union Européenne directement à l'aéroport du Caire…

ambfrancaireCette année, je voulais visiter des amis en France. J'ai alors commencé la démarche en appelant le service chargé de me fixer un rendez-vous avec le consulat. Mais ce dernier m'a surpris en me disant qu'une compagnie privée était chargée de cette mission maintenant.

Je me suis dit que cela ne changerait rien, peut-être que le personnel du consulat n'a pas le temps de répondre au téléphone ou qu'il s'occupe de choses plus importantes. Alors j'ai appelé cette nouvelle société qui m'a expliqué que je devais d’abord m'inscrire sur son site internet pour que je puisse avoir ce fameux rendez-vous. Une fois inscrit, j'ai pu fixer la rencontre selon les horaires disponibles, toujours en pensant que j'irai au consulat. Mais, en recevant la confirmation de l’entretien, j'ai découvert que je devais d’abord passer aux locaux de la société, elle-même, avec les documents nécessaires. Une autre fois, j’ai pensé qu’il s’agissait sans doute d’une rencontre préliminaire pour faciliter le rendez-vous avec le consulat.

J'ai préparé minutieusement mes documents et je me suis rendu à la société. Là bas, ils m'ont annoncé qu’en plus des frais du visa (50 euros), je devais payer 200 L.E. (environ 30 euros) de frais supplémentaires pour ce rendez-vous. Ce fut le choc de ma vie… J’ai payé et j'ai attendu mon tour qui devait être à 9h30. Trois heures plus tard, on finit enfin par me convoquer. Je réalise alors que l’ancien système n’a pas changé. On fait toujours la queue, mais au lieu d’être le consulat , on est contraints d’attendre dans les locaux bondés de cette compagnie.

A ce moment là, j'ai compris que la société était chargée de récupérer le dossier pour l'acheminer au consulat. Et là j'ai découvert que mon interlocuteur était une Egyptienne, voilée ! Elle commence à examiner mes documents et s'arrête devant mon relevé de compte. Elle le refuse en me disant qu’il n'est pas tamponné par la banque. J'essaie de lui faire comprendre que le consulat l'a toujours accepté dans le passé. D’autant plus que la somme indiquée est bien supérieure à celle dont dispose, sur leur compte, bon nombre de Français… Là, je lui dis qu'elle n'a qu’à délivrer mon dossier tel quel au consulat, à eux de décider. Au bout de 30 minutes, elle me regarde et conclut : « Votre dossier est incomplet ». Pourquoi ? Parce qu’il faut, en plus de l’attestation d’accueil délivrée par mes amis, une « lettre d’invitation » écrite par mes hôtes expliquant pourquoi ils m’accueillent… Je n’en reviens pas. J’essaie de lui faire comprendre que l’attestation d’accueil est une preuve largement suffisante que je suis attendus en France. Mais elle ne veut rien entendre. Bilan : Elle me demande d'avoir tous ces documents avant 16h30 ou bien je serais obligé de recommencer toute cette démarche... Je me suis donc trouvé obligé de présenter mon dossier, selon elle, « incomplet »  et prendre le risque du refus de visa.

Deux jours plus tard, je dois passer au consulat (enfin !) pour donner mes empreintes digitales. J'étais heureux de ce rendez-vous pour la simple raison que s'il y a le moindre souci avec mon dossier, je pouvais m’expliquer avec le personnel. Mais j'avais tord. Le jour "J", une surprise m'attend : Les personnes chargées des empreintes sont deux jeunes Egyptiens dont l'âge ne dépasse pas 22 ans … Impossible de rencontrer un Français pour être rassuré quant à mon dossier.

J’attends donc quinze longs jours… Entre temps, j’achète mes billets d’avion et mes billets de train pour la France, au risque qu’ils me restent sur les bras si mon visa est refusé… Un jeudi soir, je reçois un SMS à 16h10 de la société m'informant qu'elle a mon passeport et que je dois le récupérer le jour-même avant 16h30 ou bien que j'attende jusqu'à dimanche matin. Bien entendu, il était impossible de réussir à l'obtenir jeudi. Le dimanche matin, me voilà donc devant la porte de la compagnie. Et là, nouvelle surprise : La porte est fermée. La raison ? C'est la Pentecôte (qui devait être le lundi). La société s’excuse car elle a décidé de prendre dimanche congé pour avoir un long week-end… sans prévenir ses clients. Je n'avais à qu'attendre jusqu'à lundi pour savoir si j'ai eu mon visa ou non.

Tout cela m’a dégouté de l’idée de voyager. De cette expérience humiliation, je  me demande vraiment pourquoi ne soumet-on pas les Français qui veulent se rendre en Egypte aux mêmes règles...

Article écrit pour le numéro 40 de la revue Le Courrier de l'Atlas (septembre 2010)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2010/NUM040/#/37/

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22 septembre 2009

Affaire Clearstream : Sarkozy se prépare pour la Présidentielle 2012

Le désir du président français Nicolas Sarkozy de maintenir ses chances pour un second mandat présidentiel ne semble pas connaître de limites. Son ambition le pousse à jouer avec toutes les cartes qu’il possède pour éliminer ses rivaux, avec en tête Dominique de Villepin, ex-Premier Ministre et un des pôles de la Droite française à laquelle appartient Sarkozy lui-même.

SARKOZYAprès l'affaiblissement de la Gauche, Sarkozy se retrouve en compétition seulement avec ses rivaux de droite. Ainsi, il a commencé à se préparer pour détruire leurs ambitions, et "l'affaire Clearstream", que le tribunal correctionnel de Paris a commencé d’examiner lundi, joue un rôle majeur dans son plan.

L’affaire remonte à 2004, quand le juge Renaud Van Ruymbeke a reçu une lettre anonyme parlant de l'implication de Sarkozy, ministre de l'Intérieur à l'époque, et d’autres personnalités politiques et hommes d'affaires, dans l’obtention des pots-de-vin sur des comptes bancaires étrangers dans la vente de frégates françaises à Taiwan en 1991.

Le juge a alors ouvert une enquête sur l'incident et rapidement constaté que ces documents, parlant de la banque Luxembourgeoise Clearstream, étaient falsifiés.

VILLEPINSarkozy s’est servi de l’affaire pour apparaître la victime. Il a accusé De Villepin, qui était en compétition avec lui pour être le candidat de la droite à la Présidentielle en 2007, d’être derrière les faux documents afin d'affaiblir sa position dans la course à l’Elysée. Des accusations qui ont trouvé des fondements lorsque les enquêteurs ont trouvé des notes chez l’ancien coordinateur des services des renseignements au ministère de la défense, le général Philippe Rondot concernant les détails de réunions secrètes avec de Villepin sur la liste des faux noms.

A son tour, De Villepin a confirmé avoir demandé l’ouverture d’une enquête parallèle sur ces documents. Cependant, il a nié fermement avoir ciblé Sarkozy en personne.

La concurrence entre Nicolas Sarkozy et  Dominique de Villepin remonte à la Présidentielle de 1995 quand Sarkozy était aux côtés de Edouard Balladur alors que De Villepin soutenait le président Jacques Chirac pour la nomination de la droite gaulliste.

Bien qu’ils appartiennent au même camp, la rivalité entre Sarkozy et de Villepin a continué durant tout le second mandat de Chirac. Ce dernier a préféré De Villepin et l’a rapproché de lui. Cette rivalité a atteint son apogée en 2006, avec l'approche des élections présidentielles de 2007 et leur désir d'accéder à l'Elysée.

BOTHLa nomination de De Villepin comme premier ministre a soulevé la perspective de sa candidature à la Présidentielle. En même temps, le rêve de Sarkozy d'entrer à l'Elysée est devenu proche après avoir été élu président de "l'Union pour un Mouvement Populaire". Mais De Villepin a déclaré son soutien à Nicolas Sarkozy pour prendre le relais de la présidence française. Une annonce qui aurait du améliorer les relations entre les deux hommes.

Mais, la réalité montre que De Villepin n'était pas sûr de la victoire aux élections en raison du mécontentement des Français vis-à-vis de la politique de son gouvernement à l'époque, en particulier en ce qui concerne le projet de "Contrat Première Embauche", destiné aux moins de 26 ans et qui a donné à l'employeur le droit de rompre le contrat de travail au cours d'une période de consolidation de deux ans sans donner de motif. Cette loi, qui a soulevé les jeunes français et conduit à leur sortie dans la rue dans des manifestations massives, a affaibli la position électorale de De Villepin.

En outre, les constantes de la vie politique française montrent qu'aucun Premier ministre Français a gagné la Présidentielle qui suivait sa prise de fonctions. Pour cela, De Villepin a choisi de rester loin de ce risque et de préparer les élections présidentielles en 2012.

Pour sa part, Sarkozy sait qu'il doit faire ses preuves au terme de son premier mandat présidentiel afin qu'il puisse conduire la France pour un second mandat. Une mission qui est sa préoccupation, à la lumière des sondages qui montrent que seulement 46% des Français sont satisfaits des politiques du Président, alors que 51% sont mécontents.

Il parait que Sarkozy, comme l'a dit RFI, ne laissera aucune chance de torpiller les aspirations politiques de De Villepin en le trainant en justice pour diffamation et d'implication dans le complot de l'affaire "Clearstream". Pour réaliser son objectif, le Président français s'est porté partie civile.

BOTH_CHIRACMais les avocats de De Villepin contestent la présence de Nicolas Sarkozy en tant que partie civile. Selon eux, la présence d'un président de la République dans une affaire judiciaire va à l'encontre du principe d'équité. En même temps, De Villepin a accusé Sarkozy, dans un mémoire transmis au Conseil d'Etat, d'avoir "violé le droit au procès équitable".

De Villepin a saisi dans le mémoire contre un décret du président Sarkozy prolongeant les fonctions de l'un des juges en charge du dossier (Henri Pons) dans le seul but de poursuivre l'information dans laquelle il est partie civile.

A son arrivée lundi au tribunal, De Villepin a déclaré qu'il se trouve ici  "par l’acharnement d’un homme, Nicolas Sarkozy, qui est aussi le président de la République française". Il a affirmé qu'il en sortirait libre et blanchi au nom du peuple français.

Les observateurs n'ont qu'à attendre jusqu'au 21 octobre, jour du verdict, pour savoir si Sarkozy sera en mesure d'éliminer son principal rival dans le camp de la droite, ou bien si De Villepin sortira victorieux de cette bataille et commencera à se préparer pour le combat de la présidence en 2012 qui sera l'une des élections les plus féroces si les deux hommes posent leurs candidatures.

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06 septembre 2007

La fusion de "Gaz de France" et "Suez" enflamme la concurrence sur le marché français de l'énergie

Après des mois de négociations difficiles, qui se déroulaient sous la bénédiction de l'Elysée, Gaz de France (GDF), qui appartient en majorité à l'Etat français, et le groupe privé de l'energie "Suez" ont annoncé lundi dernier leur accord sur leur fusion dans une entité qui sera le plus grand fournisseur de gaz et le deuxième plus grand producteur d'électricité en France.

Mais, la naissance de cette entité, qui sera nommée "GDF SUEZ" enflammera la concurrence sur le marché de l'énergie, qui commence à être libéralisée, notamment dans le domaine d'électricité contrôlé par "Electricité de France" (EDF).GDF_Suez

Selon les observateurs, la concurrence entre "GDF SUEZ" et "EDF" sur le marche français sera plus féroce que sur le marché européen pour une simple raison, à savoir, les prix de l'énergie sur le marché européen ont été libéralisés depuis début juillet dernier, alors que le gouvernement français continue de contrôler la fixation des prix.

Cette concurrence farouche est dûe à l'importance des deux entités qui sont parmi les géants mondiaux de l'énergie. La valeur de "EDF" sur le marché s'élève à 131 milliards d'euros et son chiffre d'affaires atteint 59 milliards d'euros. Pour "GDF SUEZ", la valeur est de 85 milliards d'euros et le chiffre d'affaires a atteint 72 milliards de dollars.

En dépit de la supériorité de "EDF" dans la production de l'électricité (100.000 mégawatts, contre seulement cinq mille pour GDF SUEZ), la vraie concurrence se fera dans le domaine du gaz, qui dépendra de l'importation. Les deux compagnies ne sont en effet pas considérées comme des réels producteurs.

Il semble que "GDF SUEZ", soutenu par la présidence française, sera privilégié dans ce domaine. Dans une déclaration aux quotidiens algériens "Al-Watan" et "al_Akhbar" lors de sa réçente visite à Alger, Nicolas Sarkozy a exprimé l'espoir de voir se réaliser un rapprochement entre "GDF" et la compagnie algérienne "Sonatrach" en vue d'assurer les besoins de la France en approvisionnement en gaz dans l'avenir.

Pour faire face à la concurrence dans ce domaine, "EDF" a annoncé l'investissement de 20 milliards d'euros en France entre 2005 et 2010 et prévoit l'élargissement de ses activités dans le domaine du gaz naturel liquéfié comme substitut au pétrole. Dans ce contexte, elle va installer une unité de production du méthane à "Dankerk" et possédera des bateaux-citernes de gaz.EDF

En revanche, "GDF SUEZ" possède trois unités pour la production de méthane en France et de nombreux transporteurs.

Pour Collette Lewiner, analyste à "Cap Gemini", la fusion de "GDF" et "Suez" réalisera les ambitions des deux parties. "GDF" pourra utiliser les réacteurs nucléaires appartenant à la "Suez" en Belgique, alors que "Suez" aura accès aux clients de "GDF" dont le nombre s'élève à 11 millions de personnes.

Mais les analystes de la "Société Générale" estiment que cette fusion va forcer la nouvelle entité d'abandonner l'entreprise belge "Distrigaz" productrice de gaz et qui appartient à Suez pour que les autorités européennes de la concurrence approuvent la fusion.

Mais, malgré les nombreux aspects de concurrence entre "GDF SUEZ" et "EDF", il existe toujours un espace disponible pour la coopération entre les deux côtés, notamment après que le président de "Suez", qui sera le PDG de "GDF SUEZ", Gerard Mestrallet, ait affirmé que "Distrigaz" ne serait pas vendue, mais serait échangée contre d'autres activités.

Les analystes de la "Société Générale" pensent que ces affirmations pourraient intéresser "EDF" car si elle détient "Distrigaz", cela lui permettra d'entrer dans le domaine de gaz et d'avoir accès au marché belge qui l'intéresse depuis longtemps en tant que porte sur le grand marché européen. En même temps, "GDF SUEZ" peut obtenir de "EDF" des activités complémentaires à ses propres activités.

Dans ce contexte, le président de "EDF", Pierre Gadonneix, a exprimé son intérêt pour "Distrigaz".

"EDF" et "GDF" sont déjà partenaires dans la compagnie "EDF-GDF Distribution" qui embauche 46 000 personnes. Son sort n'est pas encore connu.

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01 juin 2002

La victoire du Sénégal aux yeux des Français du Caire

La tristesse et la surprise ont dominé les visages des Français résidant au Caire à la suite de la défaite inattendue vendredi de l’équipe française de football contre le Sénégal (0/1) dans le match inaugural du Mondial 2002.

France_SenegalAu début de la cérémonie organisée par le Centre Français de la Culture et de la Coopération (CFCC) à l’occasion de ce match, le monde entier se préparait à célébrer, jusqu'à la 30me minute, la première victoire des Bleus, détenteurs du titre, au Mondial organisé en Corée du Sud et au Japon. Cependant, lorsque les "Lions de Teranga" ont marqué leur but, les Français commencèrent à s'inquiéter. A la fin du match, un état de mutisme gagnait les téléspectateurs français qui n'en croyaient pas leurs yeux.

La défaite des Bleus, selon eux, s'explique par plusieurs raisons, notamment l'absence du cerveau de l'équipe, Zinedine Zidane. Les attaquants auraient eu besoin de ses passes décisives et de sa vision du terrain. Une absence qui a également causé la perte du contact entre la défense et l'attaque des Coqs.

La seconde raison de la défaite est la présence de Djorkaeff comme meneur de jeu. Il était un point faible au milieu de la sélection française. Djorkaeff normalement conduit l'aile gauche de l'attaque des Français, un rôle tactique qui nécessite la présence de Zidane comme meneur de jeu.

De même, l'absence de Peres a obligé le sélectionneur des Français, Roger Lemerre, à le remplacer par Thierry Henry dans la gauche de l'attaque des Bleus, ce qui a réduit l'efficacité d'Henry devant la cage des Sénégalais. En même temps,  les Sénégalais ont recouru à la défense et aux contre-attaques en tirant profit de la lenteur de la défense des Coqs.

France_Senegal_4Il ne faut pas oublier que 21 joueurs parmi les 23 de la sélection sénégalaise jouent dans le championnat de France au moment ou l'entraineur des Lions de Teranga est Français (Bruno Metsu). En d'autres termes, les Sénégalais étaient parfaitement conscients des tactiques françaises puisque les deux sélections appartiennent à la même école de football.

Il parait aussi que les Bleus restent repus par les titres qu'ils ont remportés depuis 1998. Une saturation qui a mené à une sorte de super confiance dans leur capacité de réaliser la victoire à n'importe quel moment.

Les Français du Caire pensent que si les Bleus avaient marqué un but avant celui des Sénégalais, le résultat aurait totalement changé. Mais en même temps, ils sont conscients que la performance des Coqs était inférieure à celle dont ils ont fait preuve au cours de l'Euro 2000 bien que la sélection regroupe les meilleurs buteurs des championnats d'Angleterre (Thierry Henry), d'Italie (David Trezeguet) et de France (Djibril Cissé).

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03 mai 2002

Les Français en Egypte ne veulent pas revivre un 11 septembre électoral

images2Le dimanche 22 avril, avant minuit, un séisme a frappé l’Hexagone…Un séisme qui n’a pas démoli les maisons ou fait des pertes en vie humaine, mais a ébranlé la vie politique et démocratique en France : Le leader de l’Extrême-droite, Jean-Marie Le Pen est qualifié pour le second tour de la présidentielle… Une sorte de 11 septembre électoral.

Les Français vivent un cauchemar qui doit les travailler jusqu’au dimanche 5 mai…Jour de prise de décision…Bloqueront-ils la voie devant l’Extrême-droite ou bien poursuivront-ils leur indifférence électorale ?

Pour cela, il faut analyser l’événement, le comment et le pourquoi. D’autant plus que le séisme aurait des effets profonds non seulement sur la France mais aussi sur l’Europe et le monde.

images5D’abord, il faut écarter l’idée que l’attitude des candidats envers la question du Proche-Orient avait un quelconque effet sur le vote de l’électeur français pour deux raisons : Premièrement, l’électeur dans la démocratie occidentale s’intéresse plus aux problèmes intérieurs, tels chômage, impôts et sécurité. Deuxièmement, une possibilité qu’il y ait des exceptions à la règle et que des français juifs et d’origine arabe votent Le Pen.

Mais cela ne signifie pas que les problèmes internationaux n’ont pas d’effet…Cependant, leur impact est simplement secondaire. C’est donc un atout supplémentaire qui décidera de deux candidats s’ils se trouvent sur pieds d’égalité sur le plan intérieur.

Autre point important, c’est la mode de vote qui domine les élections dans les divers pays ou ce qu’on peut appeler "les vagues politiques" : En 1994, le monde a témoigné de la chute des grands symboles politiques qui avaient règné depuis la fin de la 2eme guerre mondiale, tels en Inde, au Japon et en Italie. En 1997, la Gauche a envahi la vie politique en Europe surtout en Grande Bretagne et en France.

Mais depuis l’an 2000, l’Extrême-droite a gagné du terrain en Autriche, au Danemark, aux Pays-Bas, en Italie et maintenant en France…Serait-ce une nouvelle mode politique ?

imagesBarbara Treutenaere, Française qui étudie la langue arabe au Caire, ne pense pas qu’on puisse généraliser, surtout que le délai est court et que les trois périodes sont différentes. Pour elle, la montée de l’Extrême-droite est due à une peur de l’"autre", ce que Victor Dixmier, responsable de la filière francophone de journalisme a l’Université du Caire, affirme : "cette montée de l’Extrême-droite prouve que certains Européens rejettent le modèle proposé par l’Union Européenne (UE) de passer du nationalisme au régionalisme européen".

L’irruption de l’Extrême-droite peut également être expliquée par l’absence d’idéologies fortes…En France, on passe facilement et rapidement de Gauche à Droite, et vice-versa…Il n’y a donc pas de logiques profondes.

Sonia Hasni, Stagiaire au Centre Français de la Culture et de la coopération, juge que la montée de l’Extrême-droite représente un retour au nationalisme, alors que Gaëlle Rivière, étudiante en Sciences politiques en France, voit qu’elle constitue le début d’un cycle politique.

La question qui s’impose maintenant est : Pourquoi les Français sont choques au moment où le quotidien "le monde" a révélé, deux jours avant le 1er tour des élections, la possibilité, selon les sondages, d’un duel Chirac-Le Pen et non pas Chirac-Jospin ?

Gael Quedet, un Français qui étudie l’arabe au Caire, se déclare surpris de la montée de l’Extrême-droite, malgré l’alerte des sondages, puisque personne ne croyait à la réussite de Le Pen.

Pour sa part, Barbara Treutenaere, souligne que l’émergence de l’Extrême-droite est due à la crise du courant modéré en France. "Il y a une déception du côté des électeurs vis-à-vis des problèmes qui n’étaient pas résolus, alors ils se sont reportés sur des extrêmes". Mais Sonia Hasni dit que le problème est que les Français avaient pensé qu’en 1998 le Front National (FN) était mort après le départ de plusieurs grands "Ténors" du parti.

Victor Dixmier précise que les sondages avaient jeté la lumière sur la possibilité de la victoire de Le Pen au 1er tour…Il a eu 14% des votes aux sondages…De même voter Le Pen reste honteux et beaucoup n’avouent pas voter pour lui.images4

Mais pourquoi Le Pen a pu passer au 2eme tour bien que son programme n’ait pas changé  depuis 20 ans ? Cela est du à plusieurs raisons : Premièrement, les autres candidats ont parlé des problèmes de sécurité et du chômage, questions préférées pour Le Pen. Ils ont donc joué sur son terrain, c’est la "lepénisation de l’esprit". Ce qui a poussé les électeurs à élire l’original et renoncer a la copie.

Aussi, Le Pen a organisé une excellente compagne médiatique où il a bien joué le martyr en disant que les partis au pouvoir essayaient de l’écarter. Il a fait un parcours "sans faute" pendant la compagne électorale. La victoire de Le Pen est due également à la déception des électeurs a l’égard des hommes politiques modérés.

images3De même, il faut remarquer que l’abstentionnisme a joué un important rôle dans la victoire Le Pen. L’absence de quelque 30% des Français a pousse en hausse le pourcentage des votes pour l’Extrême-droite.

Mais, est-ce possible que Le Pen accède au pouvoir ? Tous les indices disent que non…Les Français se sont réunis dans la rue dès l’annonce des résultats du 1er tour pour manifester le refus de l’accession de Le Pen au pouvoir, ce qui signifie que les abstentionnistes au 1er tour participeront au 2me après avoir ressenti leur erreur.

En même temps, la Gauche a annoncé devoir voter Chirac. Alors, le 2me tour verra la majorité des Français voter « leur hostilité » pour Le Pen plutôt que leur "estime" pour Chirac.

Mais, si Le Pen arrive à l’Elysée, que sera l’avenir de la France ? Barbara Treutenaere, originaire de l’ile de la Réunion, et Sonia Hasni, d'origine
tunisienne, disent que, selon le programme de Le Pen, elles ne seront plus françaises. Alors que Victor Dixmier et Gael Quedet indiquent que plusieurs Français refuseront de vivre sous un régime extrémiste  dans le pays créateur des droits de l’Homme. Gaëlle Rivière est allée plus loin en disant qu’ "avec Le Pen président, les Français doivent bruler leurs passeports".

"Le Pen au pouvoir" mènera certainement à un mouvement ravageur qui peut aller à la révolution ou même à la guerre civile…seul le 2me tour du dimanche 5 mai en décidera.

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26 avril 1999

Alliance Renault-Nissan : pari fou pour créer le quatrième plus grand constructeur automobile du monde

Bien qu'un mois se soit écoulé depuis l'annonce de l'Alliance entre le constructeur automobile français "Renault" et son homologue japonais "Nissan", l'accord fait beaucoup parler dans les milieux industriels et économiques du monde entier.

Renault_LogoL'Alliance ne s'est pas faite de façon claire. Les circonstances de sa conclusion ont été vagues et les effets positifs ou négatifs d'un tel accord peu calculées. L'opération est qualifiée de "pari fou" par les responsables de Renault eux-mêmes.

Renault a entamé son plan d'alliance avec "Nissan" en avril 1998. Les deux côtés ont passé huit mois de négociations totalement confidentielles, comme s'ils étaient dans une opération militaire. Ils ont même donne un code : "Opération Pacific", afin d'assurer la conclusion d'un accord.

Cette alliance, qualifiée par certains de "mariage légal", représentait pour "Renault", qui veut maintenir son statut international, la dernière occasion pour l'expansion, et pour "Nissan" une urgence pour sortir de la crise financière due aux dettes qui s'élevaient à plus de 200 milliards de francs français.

Le 27 Mars 1999, Louis Schweitzer, PDG de Renault, a déclaré officiellement l'union des deux groupes. La date de cette annonce était une source d'optimisme pour les Japonais qui considèrent le 27 Mars comme "le jour de joie".

Nissan_LogoLe monde d'automobile accorde un vif intérêt à cette alliance qui fera de Nissan et Renault ensemble le quatrième plus important constructeur automobile dans le monde, après les Américains "General Motors" et "Ford" et Japonais "Toyota" et avant les Allemands "Volkswagen" et "DaimlerChrysler". Les deux alliés vont produire ensemble 5 millions de véhicules par an, et occuperont 10% du marché mondial.

Malgré le progrès qui peut être réalisé à partir de cette alliance, y compris la capacité de "Nissan" et "Renault" de couvrir tous les marchés par leur production, plusieurs experts la voient contre nature. Pour eux, cette alliance renferme beaucoup de risques car "Nissan" subit davantage de pertes au moment où  ces dettes ont atteint 200 milliards de francs et elle ne peut pas se tenir sans la volonté des banques qui l'aident et qui sont disposées à la laisser couler.

Ces banques ont imposé à "Nissan" le choix d'entrer en alliance avant le 31 Mars 1999, date où elles ne peuvent plus prendre le risque de la soutenir conformément aux nouvelles normes fixées par les autorités financières japonaises.

Pour cela, Renault a accepté de pomper 33 milliards de francs, en échange de l'obtention de 36,8% des actions de Nissan, ce qui a sauvé la situation financière du constructeur automobile japonais.

Renault_1Mais l'affaire n'est pas si simple. Les investisseurs ne semblent pas convaincus du projet de l'alliance: la semaine qui a précédé l'annonce de l'alliance a témoigné la chute de l'action Renault de près de 20% à la Bourse de Paris après la publication de quelques informations sur le contenu de l'accord. En même temps, la société "Moody's" a estimé que la situation financière du groupe français sera déstabilisée, à supposer même que des développements positifs au niveau mondial joueront en faveur de "Renault". Il est clair donc que la plupart des experts dans le marché ont décidé d'appliquer le principe de "voyons ce qu'il va donner".

Pour sa part, Schweitzer affirme que "Renault" ne payera pas les dettes massives de "Nissan". Il souligne avoir reçu, le 26 Mars, un jour avant l'annonce de l'Alliance, une note  acte de soutien de trois banques affiliées à la compagnie japonaise. Schweitzer précise également avoir chargé une maison d'expertise mondiale afin d'étudier la situation financière de Nissan.

Mais ces affirmations n'ont pas porté de nouveau. Le 30 mars, l'action de Renault a chuté de 5%, ce qui pose la question Pourquoi "Renault" sera capable de réussir avec "Nissan" au moment où des constructeurs automobiles plus "riches" se sont retirés de l'alliance avec les groupe japonais?

Nissan_1La réponse réside dans le fait qu'il y avait un grand écart entre les demandes des géants comme "DaimlerChrysler" ou "Ford" et les exigences de "Nissan". Aussi, les Japonais ont refusé de céder la gestion de la compagnie à des étrangers. Mais, Renault  a pu obtenir trois sièges parmi 25 au conseil d'administration de Nissan. Le groupe français a également pu obtenir le droit de la gestion des travaux de la société japonaise. Aussi, le numéro 2 de Renault, Carlos Ghosn, a été nommé directeur général de la compagnie, en laissant le droit de prise de décision dans les mains du PDG de Nissan Yoshikazu Hanawa.

L'alliance avec "Nissan" est une compensation appropriée pour Renault, qui a beaucoup perdu, au niveau mondial, après le retrait, en 1987, de l'alliance avec le constructeur américain "Chrysler" et la sortie du marché de l'Amérique du Nord et son échec de racheter le tchèque "Skoda", passant par le crash de son partenariat avec le suédois "Volvo".

Les observateurs estiment qu'après ces échecs, "Renault" n’a disposé d'autres choix que "l'extension ou la mort", et que ce pari "fou" est la dernière chance pour la firme française pour survivre entre les géants.

Renault_2Selon Georges Douin, responsable des relations internationales chez Renault et homme de l'alliance, tout a commencé en avril 1998 lorsque Schweitzer a mis l'accent sur le besoin d'accélérer l'expansion dans les marchés extérieurs. "Le but de Renault était d'augmenter le volume de production de deux millions de voitures par an à 4 millions dès que possible pour garantir la continuité du groupe à long terme", ajoute-il.

Douin explique qu'il n'était disponible à ce moment que le marché japonais. "C'était impossible de se rapprocher de Toyota ou Honda, en raison de leur forte situation financière et leur capacité sur le marché". Ainsi, il ne restait que "Mitsubishi" et "Nissan", et il était évident que Renault se rapproche de Nissan qui souffre de sa crise financière.

Dans ce contexte, 11 groupes de travail conjoints ont été formés pour parvenir à un accord qui comprenait des centaines d'articles. Les négociations étaient difficiles et n'ont pas vu une débauche qu'au 9 mars quand "DaimlerChrysler" s'est déclaré pas intéressé par l'idée d'une alliance avec Nissan.

Nissan_3Et Douin d'affirmer que l'alliance avec Nissan va aider Renault à construire et commercialiser son modèle "Kangoo" en Asie, soulignant que Nissan est intéressée par l'idée d'une voiture dont le prix ne dépasse pas les 6 mille dollars (30 mille francs).

En outre, ce partenariat permettra à "Renault" de revenir sur le marché américain à travers "Nissan" qui contrôle toujours 4% du volume de ce marché malgré ses difficultés financières. En dépit de l'échec dans le passé, les assistants de Schweitzer sont convaincus qu'il y a encore de la place pour Renault sur l'autre coté de l'océan Atlantique, notamment pour les modèles "Espace" et "Avantime" à condition de les commercialiser sous la marque "Nissan".

Une alliance inspirée par Mazda-Ford?  L’annonce de l'alliance entre Renault et Nissan ressemble, en grande partie à l’alliance de l’américaine Ford et la japonaise Mazda il y a 17 ans.

Quand elle a acquis 25% du capital de Mazda, Ford ne pensait pas que la forme de la société japonaise prendrait tout ce temps et toutes ces efforts jusqu'à la stabilisation de la demande sur les véhicules portant la marque japonaise en 1996, ce qui a poussé Ford à porter sa participation dans le capital de Mazda à 33,4%.

Ford a nommé un étranger à la tête du conseil d'administration de Mazda, basée à Hiroshima ..Et après cinq successifs de budgets sur le bord de danger, Mazda a finalement pu cette année réaliser des bénéfices.

Les problèmes auxquels Mazda a fait face pendant la première moitié des années 90 sont similaires à ceux qu’affronte Nissan actuellement : mauvaise situation financière et une production qui ne répond pas aux desirs des clients. Mais Mazda a pu s’adapater complètement à son partenaire americain ; et la fin de cette année ou le début de 2000 verra la sortie du premier vehicule construit par Mazda sur un châssis commun avec Ford...Mais est-ce que Renault peut atteindre avec Nissan le même succès remporté par Ford avec Mazda?

Article écrit pour l'édition hebdomadaire du journal économique égyptien "al-Alam al-Youm" (Le Monde aujourd'hui) publiée le 26 avril 1999

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