13 janvier 2014

A la veille du référendum : Les enjeux de l’Egypte de demain

Ahmed Ban est politologue au centre égyptien El Nil d’études stratégiques et économiques. A la veille du référendum il en analyse les enjeux, ainsi que le rôle de l’armée dans l’Egypte de demain. Propos recueillis par Marion Touboul, Wissam Charaf et Ahmed Hassan Sami pour Arte.

L'Etat, les médias gouvernementaux font ouvertement campagne pour le "oui" à la constitution avec une très vaste campagne d'affichage dans les rues du pays. Cela vous surprend-il ?

Cette constitution inscrit-elle l'Egypte sur le chemin de la démocratie ?

 

Les Egyptiens, fatigués de trois ans de crise économique et d'instabilité, semblent vouloir s'en remettre pleinement à l'armée. Comment expliquez-vous cette confiance entre le peuple et les militaires ?


02 juillet 2013

Les Egyptiens veulent être rassurés

L'ultimatum lancé le 1er juillet au chef de l'état par le général Abdel Fattah al-Sissi a replacé l'armée au centre de l'échiquier en Egypte. Incontournable auparavant, elle était retournée dans l'ombre avec l'élection du président Morsi l'année dernière, jusqu'à ce que le mécontentement populaire l'oblige à sortir de sa réserve. Mais quel est le rôle de l'armée égyptienne, pourquoi le peuple la soutient-elle tellement ? Ahmed Hassan est journaliste au Caire, il nous explique ce retour en grâce de l'armée. Une interview menée par Dorothée Haffner pour ARTE Journal.

ARTE Journal : Comment expliquer le soutien du peuple à l'armée ? Les Egyptiens ont-ils oublié les crimes commis par l'armée en 2011, leur incapacité a régler la situation économique du pays ?

TahrirAhmedAhmed Hassan : Après un an des Frères musulmans au pouvoir sans que l'opposition ne propose d'alternatives, les Egyptiens n'ont plus confiance en la politique. Ils ne voient plus que l'armée pour sauver le pays, le stabiliser, pour que l'économie reprenne. Bien sûr on craint de voir l'armée reprendre le pouvoir, mais on espère qu'elle a tiré une leçon des évènements de 2011 et instaure un Conseil présidentiel temporaire, organise une nouvelle Constitution digne des Egyptiens et après des élections législatives et présidentielles.

Les Egyptiens veulent-ils la stabilité à tout prix ?

Il faut savoir que les Egyptiens ne sont pas un peuple vraiment révolutionnaire. Ils cherchent à améliorer leur vie quotidienne et ils veulent être rassurés. Ils veulent d'abord un retour à la normale pour leur vie quotidienne et après la démocratie, la liberté, etc... Plus de 60% des Egyptiens vit sous le seuil de pauvreté, donc les grands discours de démocratie, c'est pour les intellectuels. Le peuple veut tout d'abord un retour à la normale...

Qui fera partir Morsi ? L'armée ou le peuple ?

C'est le peuple. Ce qu'on ressent dans la rue c'est la volonté du peuple, bien sûr soutenue par l'armée, mais la source de la légitimité c'est le peuple. Au moins 17 millions d'Egyptiens sont descendus dans la rue depuis trois jours. Et puis le communiqué de l'armée est très clair: l'armée ne souhaite pas faire partie de la vie politique du régime. Mais comme c'est son rôle de protéger le peuple, elle va décider d'une feuille de route et encadrer son application. L'armée égyptienne ne s'intéresse pas à la vie politique comme les gens le pensent. Elle s'intéresse à garder ses privilèges selon la Constitution, c'est à dire que son budget notamment reste secret et elle veut garder le contrôle sur ses projets économiques.

Une fois Morsi parti, l'Egypte en aurait-elle fini avec les Frères musulmans ?

Ahmed Hassan : Peut-être mais ce serait une grave erreur de passer outre 5 millions d'électeurs islamistes qui l'ont élu il y a un an. Leurs erreurs actuelles découlent du fait qu'ils n'avaient pas l'opportunité de s'exprimer auparavant. Le meilleur serait de les absorber dans la société égyptienne, ils ont le droit d'être représentés comme tout le monde, il ne faut pas les isoler.

La révolte pourrait-elle être mise en stand-by, si j'ose dire, avec le début du ramadan bientôt ou au contraire exploser pour de bon ?

Le ramadan commence dans environ une semaine. D'ici là on saura si le régime des Freres musulmans s'est terminé tranquillement ou s'il y a eu un bain de sang. Ou bien ce sera un ramadan calme parce-que tout sera réglé, ou bien ce sera un ramadan sanglant.

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11 mars 2013

Jean-Luc Lavaud : l'arrivée des Islamistes au pouvoir n'a pas affecté les activités de l'Institut Français en Egypte

Jean-Luc Lavaud, conseiller culturel de l’ambassade de France en Egypte, a commencé sa carrière au ministère français de la Culture puis il a adhéré au ministère des affaires étrangères où il s’est occupé des questions de la culture et de la coopération au Vietnam, en Thaïlande, au Maroc et en Inde.  Avant d’être nommé Conseiller culturel en Egypte, il est passé par la direction de l’Orient et du Moyen-Orient au Quai d’Orsay.

Jean_Luc_Lavaud_1En tant que Conseiller culturel de l’ambassade de France au Caire, quelles sont les grandes lignes de votre stratégie dans le domaine culturel ?

Nos activités sont très variées. Bien sûr il y a la partie la plus visible de l’Institut Français qui consiste en des cours de langue et des activités culturelles pour le grand public. Mais l’Institut Français d’ Egypte c’est aussi le service de l’ambassade qui s’occupe de la coopération. C’est-à-dire qu’ici on s’occupe de la francophonie comme avec le Lycée Français et tous les établissements égyptiens qui ont la totalité ou une partie de leur programme en langue française. On s’occupe aussi de la coopération universitaire comme les filières françaises dans les universités égyptiennes et également de l’université française en Egypte. Nous nous occupons également de la coopération scientifique, comme avec le comité franco-égyptien « Imhotep » qui cofinance ce genre de coopération. Nous traitons également de questions de gouvernance à travers une coopération notamment avec le Conseil d’Etat égyptien et la Cour de cassation. Nous donnons des cours de Français à l’Académie de Police et à l’Institut Militaire des langues. Ce ne sont que des exemples pour dire que, globalement, notre travail est plus large que ce que l’on peut voir.

L’Egypte a changé et est en train de changer. Mon objectif, à notre petit niveau, est d’être là pour accompagner l’Egypte dans ces changements à travers nos activités. C’est-à-dire aider les Egyptiens à apprendre le Français ou à suivre les programmes français, continuer les activités universitaires, donner des bourses…etc. Et dans le secteur de gouvernance, essayer, en fonction des demandes, d’apporter notre expérience, plutôt que notre expertise, sur les sujets sur lesquels l’Egypte aujourd’hui réfléchit, comme par exemple la Constitution. Donc mon objectif c’est d’avoir des échanges avec les institutions qui le souhaitent sur tous les sujets. J’essaie aussi de me rapprocher le plus possible des jeunes en élargissant nos activités pour toucher des gens nouveaux qui ne venaient pas spontanément ici. C’est pourquoi nous essayons d’organiser le maximum des activités près du public. Et bien sûr, le but à long terme est de faire rayonner la culture française et les projets franco-égyptiens.

Les changements politiques en Egypte ont-ils mené à des changements dans la politique culturelle de l’Institut ? Sachant que le régime en France a changé en même temps...

Les changements en Egypte n’ont pas touché à nos activités. On fonctionne toujours pareil. Ce que je constate ici, c’est qu’il y a des gens qui prennent la parole alors qu’ils ne le faisaient pas avant. Il y a une libération de la parole qui est très désordonnée par ailleurs. Tous les sujets sont abordés, parfois bons parfois moins bons. Pour ce qui nous concerne, il y avait des thèmes que nous avions du mal à aborder avant et qui sont désormais possibles. Par exemple, l’Institut a organisé un cycle de conférences sur l’organisation de la société. Ce genre de conférences n’était pas possible avant.

Et l’arrivée des islamistes au pouvoir ?

Pour le moment, ils ne nous ont pas causé des problèmes. Au contraire, on aborde des sujets maintenant qu’on ne pouvait traiter avant. Mais ça peut arriver bien sûr. Aussi, il faut savoir que nous sommes très respectueux des coutumes et des pratiques du pays, nous n’allons pas organiser une activité qui provoque le peuple. Par exemple, en France nous sommes ouverts sur des sujets comme les droits de l’Homme, la laïcité, la peine de mort et la liberté d’expression, après dans la pratique, il faut respecter l’endroit où l’on est. On n’est pas là pour faire de la provocation. 

Jean_Luc_Lavaud_2L’Institut Français d’Egypte est l’un des plus grands dans le monde. Peut-on savoir son budget ? Y a-t-il eu une réduction ?

Nous ne communiquons pas le montant de notre budget mais je peux vous dire qu’il est de plusieurs millions d’euros malgré la baisse importante qu’il a subi en raison de la crise financière dont témoigne l’Europe, et la France en particulier, actuellement. Cette baisse n’a pas touché l’Institut seulement, mais tous les instituts français dans le monde. Elle s’est caractérisée ici par une réduction de notre effectif.

Vous coopérez avec l’Institut Français d’archéologie Orientale (IFAO) ?

Dans le cas de la coopération scientifique et universitaire, nous aidons des égyptologues. L’IFAO est l’une  des cinq écoles françaises à l’étranger qui sont des établissements de recherche français à l'étranger, placés sous la tutelle du ministère français de l'Enseignement supérieur et de la Recherche. Cela arrive que l’on organise des activités ensemble, mais ils ont leur propre budget. 

Il y a moins de produits culturels français exposés par le centre…Pourquoi ?

La raison réside dans le financement bien sûr. Faire venir un spectacle en Egypte cela coute très cher. On ne peut pas faire cela plusieurs fois dans l’année.  

Et dans le domaine du cinéma il y a une raison de plus : La révolution numérique. Avant, le ministère des affaires étrangères achetait des droits pour avoir les pellicules. Maintenant, on trouve de moins en moins de pellicules et, si on les trouve, le coût devient très élevé pour faire des copies.  J’espère que dans les quelques années qui viennent nous serons équipés d’un bon système numérique. J’espère aussi qu’on arrivera à passer les films français dans les cinémas égyptiens.

Les éditeurs égyptiens veulent traduire les œuvres français en arabe, mais ils ont des problèmes concernant les droits d’auteur, les éditeurs et la publication. L’Institut peut-il jouer le médiateur à cet égard ?

Nous jouons déjà ce rôle. Nous intervenons quelques fois même pour corriger la différence entre ce que l’éditeur français veut gagner et ce que son homologue égyptien peut payer. C’est très ennuyeux car effectivement il faut que les auteurs ou les éditeurs jouent le jeu... 

Demandez-vous l’avis des intellectuels égyptiens pendant la mise au point de votre plan culturel ?

La construction d’un programme n’est pas quelque chose qui se fait en un bloc. Nous ne nous mettons pas autour d’une table pour le faire, c’est plus compliqué que cela. Il faut savoir ce qui est possible de faire, qui sont les invités intéressés par venir. J’aimerais effectivement essayer de trouver un large panel d’Egyptiens avec lesquels on pourrait réfléchir aux attentes.

08 février 2013

Alaa al-Aswany : Le combat actuel se joue entre l’Egypte et les Islamistes

L'écrivain égyptien, célèbre pour son roman "L'Immeuble Yacoubian" (2002), a pris une part active dans la révolution de son pays en 2011. Il livre, sans détours, son analyse sur l'après Printemps arabe et les défis qui attendent l'Égypte. Entre optimisme et prudence.

 

AlaaVous aviez prévu l'explosion de la société égyptienne bien avant la révolution dans votre ouvrage "l'Immeuble Yacoubian". Que pensez-vous de ce qui se passe actuellement en Egypte?

 Une révolution signifie un changement profond non seulement au niveau politique mais aussi au niveau humain. Ce changement prend du temps. Je suis optimiste malgré la déception de constater la montée des islamistes et de leurs politiques fascistes, mais nous n’allons jamais reculer. L’Egypte ne sera plus jamais dirigée par un dictateur.

 Vous avez mentionné que l'Egypte traversait en ce moment la “troisième vague de la révolution”. Que voulez-vous dire par là?

 La révolution pour moi n’est pas un événement qui a une date précise. C’est un long processus qui sera achevé une fois que nous aurons obtenu les objectifs de la révolution. La première vague de la révolution égyptienne a été la chute du régime de Moubarak. La deuxième vague, c’est celle qui a fait chuter le Conseil Suprême des Forces Armées qui a dirigé le pays pendant 18 mois après Moubarak. La troisième vague a maintenant pour but de faire chuter les Frères Musulmans afin de construire un Etat civil.

 Faut-il que les Egyptiens renversent Mohamed Morsi comme ils l'ont fait avec Moubarak?

 Je suis contre le renversement du Président Mohamed Morsi qui a été élu démocratiquement. Ce n’est pas le but de la révolution. Mais il faut exercer des pressions pour que Morsi soit le président de tous les Egyptiens et non pas uniquement des Frères Musulmans. Depuis qu’il ait accédé au pouvoir, il s’est mis au dessus des lois, il n’en respecte aucunes.

 Pensez-vous que les Frères Musulmans ont appris les leçons des erreurs de Moubarak?

A mon avis, ils n’ont rien appris. Ils perdent chaque matin un peu plus la sympathie des Egyptiens. Si on regarde les résultats du référendum de mars 2011, on constate qu’ils étaient très populaires et écoutés dans la rue, alors qu’au référendum de décembre 2012, avec toutes les fraudes qu’ils ont organisées, presque 40 % des Egyptiens ont dit non.Ce qui est formidable, c’est de voir les Egyptiens, au bout de dix mois seulement, comprendre la différence entre les islamistes et l’islam, je pensais que cela aurait pris plus de temps.

 Est-ce que l'Egypte est en train d'être islamisée?

Impossible. L’Egypte est un pays qui possède 7000 ans d’histoire basée sur la tolérance que les islamistes ne peuvent pas effacer. En plus, l’Egypte est un Etat civil depuis le XIXe siècle.

 Comment voyez-vous le rôle et l'attitude de l'armée à l'égard de ce qui se passe ?

C’est très difficile de comprendre la position de l’armée. Il faut faire la différence entre l’armée, qui est loyale au peuple, et le Conseil Suprême des Forces Armées, qui, lui, a sûrement conclu des ententes avec les Frères Musulmans pour leur permettre d’accéder au pouvoir. Est-ce que l’armée peut faire un coup d’Etat ? C’est la grande question. Si c’est le cas, ce serait une catastrophe car cela signifierait l’échec de la révolution.

Vous étiez parmi les fondateurs du parti al-Dostour, en êtes-vous toujours un membre actif ?

C’est très compliqué. Je suis un écrivain et je veux rester libre de m’exprimer. Je refuse d’être membre d’un parti politique et je refuse d’avoir un poste dans n’importe quel gouvernement. Mon rôle dans le parti, c’est d’aider les dirigeants à établir une popularité dans la rue égyptienne. Alors on peut dire que je donne des conseils et quand le parti sera fort, je le quitterai définitivement.

YacoubianAl-Dostour se dit garant de la révolution et de l’Etat civil mais est critiqué pour son alliance avec les politiciens de l’ex-régime. Comment peut-il gagner la confiance des révolutionnaires?

Je comprends totalement ces critiques, mais il faut éclaircir deux points : premièrement Amr Moussa, l’ex-chef de la Ligue Arabe et ancien ministre des Affaires étrangères à l’époque de Moubarak, n’a jamais été corrompu. Deuxièmement, le combat actuel n’est plus entre révolutionnaires et anti-révolutionnaires. C’est un combat entre l’Egypte et les islamistes avec en première ligne les Frères Musulmans. Notre combat maintenant c’est de nous défendre, défendre la révolution et défendre le pays.

 Y a-t-il un plan frères musulmans de "liquider" leurs opposants?

Je ne sais pas, mais je peux dire que, personnellement, j’ai reçu deux menaces de mort depuis l’accession de Morsi au pouvoir. A mon avis, ils ne vont pas le faire maintenant, ce serait trop gros. Mais à long terme peut-être.

 Comment voyez-vous la nouvelle constitution?

Horrible. Les Frères Musulmans se sont emparés de la constitution. C’est eux qui ont choisi le comité chargé de la rédiger. Et ensuite ils ont fraudé le référendum sur l’adoption de la constitution. Cette dernière n’est absolument pas viable car elle ne représente que la pensée d’un seul courant politique en Egypte.

 Que pensez-vous du dernier remaniement ministériel ? Est-il en faveur de l’avenir de l’Egypte?

Ce remaniement prouve que les Frères Musulmans suivent les mêmes mesures que Moubarak lorsqu’il devait calmer le peuple : changer les têtes mais pas les politiques. La manière par laquelle les Frères musulmans voient les choses me fait penser au syndrome de Stockholm quand on se met à idéaliser son tortionnaire.

Comment voyez-vous les prochaines élections parlementaires?

Les Frères Musulmans savent qu’ils sont beaucoup moins populaires qu’avant. Pour cela, je pense qu’ils vont frauder les parlementaires. Mais les Egyptiens ne vont jamais accepter qu’on les trompe.

Comment voyez-vous l'avenir du printemps arabe avec la montée des islamistes?

 Il est normal que les islamistes soient sur le devant de la scène. Ils ont été opprimés et les peuples voulaient leur donner la chance. En plus, ils étaient la seule force organisée après la chute des régimes. Avec le temps, les peuples découvrent que les islamistes utilisent l’islam comme camouflage pour réaliser des intérêts politiques. Je suis sûr que les islamistes vont perdre à moyen terme. Et je suis sûr que la fin de l’islam politique, financé par l’argent du pétrole, commencera par le Caire.

 Que conseillez-vous aux jeunes pour réussir leur révolution?

 Mon seul conseil, c’est de ne pas accepter des compromis. Il faut que les jeunes continuent à exercer des pressions sur les politiciens afin qu’ils réalisent leurs ambitions. Depuis le 25 janvier 2011, toutes les bonnes décisions en Egypte ont été prises grâce aux pressions exercées par les jeunes dans la rue.

Article écrit pour le numéro 67 de la revue Le Courrier de l'Atlas (février 2013)

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09 juin 2012

Nader Omrane : Morsi ne touchera pas la liberté de créativité

FreedomLe porte-parole du Parti "La liberte et la justice", aile politique des Frères Musulmans, Nader Omrane, a affirmé que le candidat à la présidentielle Mohammed Morsi est contre l'imposition de restrictions sur la liberté de la créativité et l'innovation, tant qu'elle va de pair avec les coutumes et les traditions de la société égyptienne.

Et Omrane de dire que l'imposition de restrictions sur la créativité signifie la mort des arts et de la culture. "L'écrivain et l'artiste ont besoin de la liberté pour qu'ils puissent donner libre cours à leur imaginations", a-t-il précisé.

Selon Omrane, si Morsi est élu président de l'Egypte, cela n'aura aucun impact sur la vie culturelle dans le pays. "Les intellectuels et les écrivains ne doivent pas avoir peur...Après la révolution nous n'avons pas interdit le feuilleton al-Jamaa, qui critique les Frères Musulmans et le fondateur de la Confrérie Hassan el-Banna, ce qui prouve que nous acceptons l'opinion des autres", a-t-il dit.

Concernant les procès juridiques déposés contre certains artistes, selon lesquelles ces derniers portent atteinte à l'Islam, Omrane  nie tout lien entre les frères musulmans et ces procès. "Je ne sais pas pourquoi certains essaient de nous impliquer dans ce genre de question. La plainte était déposée par un avocat qui n'est pas membre de la confrérie, contre un artiste qui n'appartient pas aux Frères Musulmans et le verdict était pris par un juge qui ne fait pas partie de la confrérie, Alors quel est le rapport avec nous? ", conclut-il.


21 avril 2012

Guillaume de Dieuleveult : Je ne croyais pas vraiment que les Egyptiens auraient fait une révolution

Guillaume de Dieuleveult est un journaliste a la revue française "Le Figaro". Il a vecu en Egypte entre 2006 et 2009, où  il été correspondant pour "La Croix", Radio Vatican, et d'autres medias français. Il vient de publier son livre "Dictionnaire Insolite de l’Egypte".

imagesComment voyez-vous le déroulement des évènements actuels en Egypte?

Pour être honnête, d’un peu loin. La plupart des articles que j’ai l’occasion de lire parlent de l’Egypte sous l’angle "Frères Musulmans" versus "Pro-Moubarak". J’ai peine à croire que l’actualité en Egypte se réduise à cette confrontation, et je suis très curieux de savoir comment est la vie quotidienne en Egypte depuis la révolution. Comment se porte l’économie ? Où en sont les grands projets : métro du Caire, musée, Toshka, centrale nucléaire… Les entreprises étrangères investissent elles toujours en Egypte ? Et au quotidien, qu’est ce qui a changé ? Les conversations sont elles plus libres ? Quels sont les rapports de la population envers la police ? Les Frères Musulmans ont ils gagné en popularité depuis la révolution ? Les rues du Caire sont elles aussi sûres que lorsque j’y habitais… En fait, j’ai hâte de revenir en Egypte pour voir tout ça de mes yeux, et aller boire quelques stellas dans ces bons vieux bars cairotes.

Vous avez résidé en Egypte pendant 3 ans. Pensiez vous que les Egyptiens auraient fait une révolution?

Je  n’y croyais pas vraiment car je pensais le régime trop puissant et les opposants trop éparpillés. J’ai donc suivi les soulèvements de l’hiver 2011 avec incrédulité au début, puis avec beaucoup d’admiration pour votre courage, et à la fin j’étais fier pour vous. Maintenant, est ce qu’on peut vraiment parler d’une révolution en Egypte ?

Vous avez suivi la révolution en France. Quels étaient vos sentiments?

Pour ma part, de la frustration. J’aurais beaucoup donné pour être avec vous place Tahrir.

Pensez-vous que les Egyptiens réussiront à se débarrasser des pro régime Moubarak?

Ils avaient intérêt à se débarrasser du régime et de Moubarak. Il y avait bien sûr une insupportable corruption. Mais je pense qu’il faut faire attention à ne pas tomber dans l’épuration.

Que voulez-vous dire par votre livre?

C’est "Dictionnaire Insolite de l’Egypte". C’est une collection de dictionnaires qui donnent un regard un peu décalé et subjectif, sur des pays et des villes du monde. Ils sont écrits par des gens qui vivent ou y ont vécu et donnent donc un regard "de l’intérieur". Le livre s’adresse à toutes les personnes curieuses de l’Egypte. J’imaginais quelqu’un qui n’est jamais venu au Caire et qui se promène dans le centre ville pour la première fois : il voit des tas de choses inconnues, j’espère qu’en lisant ce dictionnaire, il pourra les décrypter un peu mieux. L’avantage du dictionnaire c’est une lecture facile et rapide, avec des textes courts. Parfait quand on voyage.

Pourquoi un livre sur l'Egypte? Quelle est l'idée et pourquoi maintenant?

Les Français ont une longue histoire avec l’Egypte. C’est un pays qui leur est à la fois familier et méconnu. Ils étudient l’Egypte antique à l’école et beaucoup d’entre eux vont au moins une fois dans leur vie voir les pyramides et les temples. Mais à part ça… De l’Egypte, on évoque toujours les mêmes sujets : les pharaons, les pyramides, les frères musulmans et le canal de Suez. Dans ce petit livre j’ai essayé de parler d’autres choses que j’ai aimées ou détestées en Egypte, et qui ont fait que je reste très attaché à ce pays. Et quand j’y repense, je me dis que je pourrais écrire un deuxième dictionnaire tant il me reste de choses.

 

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05 mars 2012

Abdel Aziz Gamal Eddine : "La révolution est le rythme stable de l'histoire de l'Egypte"

 76675046L'enquêteur dans le domaine du patrimoine égyptien Abdel Aziz Gamal Eddine a affirmé que la révolution représente le rythme stable dans l'histoire de l'Egypte. Selon Gamal Eddine, la culture révolutionnaire est enracinée au sein de l'Egyptien, qui tente toujours d'améliorer sa situation sociale, d’affronter l'injustice ou de lutter contre l'occupant. "Les Egyptiens n'ont jamais arrêter de se révolter contre l'injustice et l'oppression", précise-t-il.

Et Gamal Eddine d'ajouter que les Egyptiens sont très conscients quand ils se révoltent. Ils savent quand est-ce qu'il faut s'arrêter. "Quand ils voient que la confrontation mènera à la destruction du pays, ils s'arrêtent. Ils n'acceptent pas la chute de l'Etat", explique-t-il. "En même temps, l'histoire nous prouve que quand ils sentent que la force ne les aidera pas à aboutir à ce qu'ils veulent, ils commencent à chercher une voie alternative pour continuer leur révolte, comme la désobéissance civile".

Gamal Eddine souligne que la résistance chez les Egyptiens à plusieurs formes. "Elle peut être violente, comme elle peut être sous forme d'arts ou de littérature", indique-t-il. "Les artistes de graffitis s'inspirent maintenant des dessins gravés sur les temples pharaoniques, pour s'exprimer à l'égard de ce qui se passe actuellement dans le pays. Cela prouve la continuité de la culture égyptienne et son unité tout au long de l'histoire".

Selon Gamal Eddine, les Egyptiens sont comme le Nil, qui déborde dans un certain temps avant de se calmer. Et quand il affronte un obstacle, il le contourne afin de poursuivre son chemin. "Par exemple, les Egyptiens n'ont jamais arrêter de demander une véritable constitution pour le pays depuis la revolution de 1919 jusqu'à la révolution du 25 Janvier 2011", dit-il.

Et Gamal Eddine d'ajouter que la révolution de 25 janvier 2011 l'a aidé à publier son livre "Les révoltes des Egyptiens jusqu'à l'epoque de Makrizy. "J'ai écrit ce livre depuis longtemps, mais aucun editeur ne voulait le publier, et après la révolution, ils se sont rappelés du livre et m'ont contacté pour le publier", indique-t-il.

L'auteur affirme que le livre n'est pas un compte rendu des révolutions qui ont eu lieu en Egypte depuis l'époque des Ptolémées jusqu'à Makrizy. "J'ai essayé de décrire, minutieusement, la situation administrative et économique prévalue dans le pays pendant cette période afin que le lecteur puisse comprendre les raisons de chaque révolution. Le livre traite donc de l'histoire de l'Egypte dans son ensemble durant cette période, y compris les conflits dans les palais", enchaîne-t-il.

Gamal Eddine explique que le livre commence par l'époque ptolémaïque, bien qu'il y ait des révolutions à l'époque des Pharaons, parce que, selon lui, les révolutions contre les Pharaons n'étaient pas des éruptions majeures. "Elles n'étaient que des mouvements de protestation. En plus, il n'y a pas une documentation pour ces évènements", souligne-t-il.

L'auteur a remarqué, lors de sa réalisation du livre, que la région du nord du Delta a toujours été le lieu ou les révolutions égyptiennes se déclenchent. "Habituellement, c'est la région qui temoigne des affrontements les plus féroces lors des révolutions", précise-t-il.

L'auteur fait remarquer qu'il s'est intéressé, dans son oeuvre, aux différences entre la langue égyptienne et la langue arabe comme une forme de résistance culturelle adoptée par les Égyptiens jusqu'à nos jours. Il explique que les Egyptiens ont exporté leur culture et leurs religions aux trois religions célestes. "Ils ont egalement écrit leur langue en caractères arabes", ajoute-t-il.

Selon, Gamal Eddine, ce n'est pas vrai que le cinéma etait la raison de la propagation de la langue égyptienne dans la région arabe dans les années 60, comme certains le prétendent. "Le cinema n'était qu'un facteur contribuant. Mais les Egyptiens ont déployé leur langue beaucoup plus tôt que ça. Ils influençaient toujours la région depuis la fondation de l'ancienne Bibliotheca Alexandrina. Même les Grecs étaient influencés par la langue égyptienne jusqu'au point que leur grand poète Kavafis écrivait en grec démotique, touché par l'ancienne langue égyptienne.

Et Gamal Eddine d'ajouter qu'al-Azhar a également joué un rôle majeur dans le déploiement de la langue égyptienne. "L’institution reçoit des milliers d'étudiants de partout dans le monde qui viennent en 'Egypte et vivre avec les Egyptiens".

Selon Gamal Eddine, dire que les Egyptiens parlent l'arabe est faux. Pour lui c'est parmi le pillage de la culture égyptienne. "C'est une grande erreur. Les Egyptiens parlent l'égyptien qui a absorbé des vocabulaires arabes. En plus les Egyptiens ont modifié la phonétique de ces mots".

L'auteur ajoute que la langue égyptienne est pleine de termes français, anglais, italiens, espagnols, persans et turcs fusionnés avec d'autres termes arabes et pharaoniques.

 Concernant ce qu'il dit dans le livre sur la conquête arabe d'Égypte, qu'il considère comme une invasion, et la résistance des Égyptiens aux Arabes, ce qui peut provoquer les Islamistes qui sont en tête de la vie politique égyptienne depuis la révolution du 25 Janvier 2011, Gamal Eddine se moque de leur opinion. "Ce n'est pas moi qui a dit ça, c'est Makrizy, un historien musulman qui l'a dit depuis des siècles. S'il veulent juger quelqu'un, qu'ils jugent cet historien", martèle-t-il. "S'ils créent un problème à ce sujet, ce serait une preuve qu'ils n'avaient rien lu de ce que les anciens savants avaient écrit".

Et Gamal Eddine de dire que le problème des islamistes en Egypte, réside dans leur incapacité à séparer le fait que la personne peut etre égyptienne et musulmane.

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01 mars 2012

Un député salafiste : Nous n'allons pas introduire des changements brutaux dans la société égyptienne

Avec 24% des sièges au Parlement, les salafistes sont devenus la deuxième force politique en Egypte après les Frères Musulmans. Ils ont compté sur des jeunes candidats, la plupart du temps, pour convaincre les électeurs.

Ahmed_Khalil_1Ahmed Khalil, 33 ans, docteur en planification stratégique est l’un de leurs députés. Nous le rencontrons dans un hôtel que le parti salafiste “al-Nour” a réservé entièrement pour ses députés qui habitent hors du Caire afin qu’ils ne s’absentent pas des séances du parlement. Une interview pour essayer de comprendre ces Salafistes qui restaient à l’ombre, loin de la politique, pendant des décennies.

Avant le 25 janvier 2011, vous étiez contre la révolution. Tout d'un coup, après que les manifestants aient prouvé leur insistance, vous avez changé d'avis : n'est-ce cela une sorte d'opportunisme ?

Notre plus grand problème avec le peuple c’était que les gens entendaient beaucoup de rumeurs sur nous mais qu’ils ne nous connaissaient pas vraiment. Avant le 25 janvier, nous avions la réputation d’être des agents des services de la sécurité d’Etat ou bien alliés au régime. Les gens n’écoutaient que certains salafistes dire qu’il ne faut pas renverser le régime. Les Égyptiens ont mis tous les salafistes dans un même panier. C’est une grande erreur. Il n’y avait que 4 ou 5 personnes qui ont appelé à ne pas renverser le régime. Nous avions eu d’ailleurs des problèmes avec ces personnes car ils nous accusaient de ne pas être salafistes.

Une autre chose, si vous rappelez bien, juste avant 25 janvier un salafiste, Sayed Belal, qui appartient à notre école (l’école salafiste d’Alexandrie) a été torturé et tué par l’ex-régime et nous étions accusés d’être les auteurs de l’attentat de l’église d’Alexandrie. Nous étions la cible de la sécurité d’Etat car nos cheikhs refusaient de coopérer avec cet organe. Quand cette école a crée son parti « al-Nour », le peuple a commencé à connaître nos idées.  Dès le premier jour, nous étions pour les manifestations pacifiques qui demandaient des droits. Alors ce n’est pas vrai que nous sommes opportunistes.

Longtemps vous avez répété que "la politique", les élections et le parlement sont "HARAM", Comment expliquez-vous votre rentrée dans la politique ?

Nous n’avons jamais dit que la politique est un péché. Nous disons juste que la démocratie qui autorise ce que Dieu a interdit est Haram comme le changement des quotas dans l’héritage, les relations hors mariage ou l’homosexualité..etc.

Nous sommes avec la liberté absolue mais dans le cadre de la Charia. Pour nous, la liberté sans limites est un sabotage.  Nous sommes pour les mécanismes de la démocratie, mais nous sommes contre une démocratie qui touche les principes de l’Islam. En ce qui concerne les élections, nous avons dit que les élections à l’époque de Moubarak n’avaient aucun intérêt, mais, après la révolution, quand nous avons trouvé des élections libres et justes nous avons y participé.

Comment expliquez-vous votre score aux Parlementaires ?

Neuf millions d’Egyptiens ont voté pour nous. Nous avons eu 112 sièges. Cela répond à ceux qui disent que nous ne sommes pas égyptiens ou que nous sommes des extrémistes. C’est illogique que les 9 millions soient tous des salafistes. Le peuple égyptien a trouvé que nous ne mentons pas, que nous sommes claires et sérieux.

Il y a des accusations comme quoi vous avez profite de l'analphabétisme en Egypte en disant aux électeurs que les grands prêcheurs salafistes comme Mohammed Hassaan, soutiennent votre parti. Que dites-vous ?

D’abord j’appelle toute personne qui a une preuve concernant ces accusations à les présenter. J’avoue qu’il y avait des erreurs mais c’est du au manque de l’expérience. Mais dans l’avenir quand la culture politique des Egyptiens sera améliorée, toutes ces erreurs, commises par toutes les forces politiques, vont disparaitre.

Pour vous prouver que nous n’avons pas utilisé l’analphabétisme en Egypte, notre parti n’a pas eu recours aux publicités couteuses à la télévision ou dans les rues, nous avons fait la publicité simple. Tout le monde se demande comment un parti né il y a quatre mois seulement a pu avoir ce succès : Notre point fort, c’est que nous sommes dans la rue, aux cotes du peuple, depuis 30 ans.

Le prophète Mohammed dit : "Vous êtes tous des PARRAINS et vous êtes responsables des gens que vous parrainez". Mais vous refusez de communiquer avec les Chrétiens qui sont une partie de cette société, comment expliquez vous ce paradoxe ?

Nous sommes le parti le plus clair dans notre relation avec les Chrétiens. Nous n’avons aucun problème avec eux. Pendant les 18 jours de la révolution, nous étions cote-à-cote avec eu sans aucun barrage. A Alexandrie, ceux qui protégeaient les églises pendant les 18 jours de la révolution étaient les salafistes. Les Chrétiens sont nos partenaires dans la patrie. Nous allons les respecter comme le Prophète nous a ordonné de le faire.

Mais, vous avez dit que vous n’allez pas presenter vos vœux pendant les Noel ?

C’est vrai. Il faut séparer entre les croyances et les droits. Le Pape Chenouda III n’a pas rendu visite au Pape Benedict XVI quand ce dernier était en Egypte et il a expliqué cela par la différence de croyances.  Nous appelons à la coexistence, chacun croit à ce qu’il veut. Les chrétiens croient que Jésus est le fils du Dieu ce qui va à l’encontre de notre religion, comment nous pouvons présenter nos vœux ?

Beaucoup parmi les prêcheurs salafistes appellent à imposer la "Jezya" (sorte de taxes sur les Chrétiens), est- cela démocratique ?

Ce n’est pas dans nos priorités. Pour les questions concernant la jurisprudence, al-Azhar, qui est la référence de tous les musulmans en Egypte, sera le juge.

Votre projet politique semble très proche de celui des Saoudiens. Est-ce que vous voulez transformer l'Egypte en une  autre Arabie Saoudite ?

Absolument pas. Cela est le résultat des trente ans où les medias n’ont cessé de nous lier au modèle saoudien et quelques uns qui nous ont même liés aux modèles somalien et afghan. Je suis égyptien, je vis en Egypte. D’autre part, nous avons accepté les principes de la démocratie, donc aux  prochaines élections, le peuple a le pouvoir de m’évincer du parlement.

Mais ce parlement va rédiger la Constitution, alors vous pouvez le faire d’une manière qui vous aide a garder vos sièges au prochain parlement…

Même si nous tentons le faire, Il y aura un referendum où le peuple égyptien peut refuser la Constitution.

Récemment, une page FaceBook appelée "al-Amr bel Maarouf et al-Nahey an el-Monqar Egypte", cette police saoudienne qui force les gens a prier..etc, a dit qu'elle est liée à votre parti et qu'elle va le prouver, votre commentaire ?

J’affirme que ce groupe n’a aucun lien avec nous. Nous avons fondé un parti qui a sa page officielle qui exprime ses idées. C’est facile de créer un compte FaceBook et dire ce qu’on veut dedans. Nous sommes responsables de ce qui est dit sur notre page officielle seulement.

Le niqab est-il pour vous une obligation dans l'Islam? Est-ce que vous allez l'imposer en Egypte ?

Il faut différer entre propre jurisprudence et ce qu’on appliquera à la communauté. Notre conviction c’est que le niqab est obligatoire. Mais, pour la communauté, il y a quatre écoles de jurisprudence et c’est à eux de choisir parmi ces écoles. Nous ne disons pas que le Niqab sera obligatoire pour toutes les Musulmanes.

AhmedEt le Hijab ?

Une autre fois, c’est à al-Azhar de donner le dernier mot dans les questions de la Jurisprudence.

Quelle est votre attitude envers la femme en général ?

Beaucoup des droits de la femme sont bafoués en Egypte. Nous allons travailler pour qu’elle obtienne tous ses droits. Il faut changer la culture de la société non seulement les salafistes. Dans le parlement, Il y a 5 femmes élues, quatre d’entre elles appartiennent au courant islamique.

L'Egypte passe une crise économique sans précédent. Le tourisme est la deuxième source de revenu pour l'Etat égyptien. Ce secteur aide à résoudre le problème du chômage en Egypte vu que 1 sur 6 égyptiens y travaillent. En même temps, vous luttez contre le tourisme balnéaire qui attire 50% des touristes...Quelle est votre explication ?

D’abord, je pense que l’ennemi du tourisme en Egypte ce n’est pas les Islamistes, c’est la bureaucratie. Par exemple, nous avons invite l’organisateur du rallye Londres-Le Cape, passant par l’Egypte. Cet organisateur a annulé l’étape de l’Egypte parce qu’il avait besoin de 52 autorisations.

Encore une fois il faut différer entre l’interdiction du tourisme et l’interdiction de ce qui est péché dans le tourisme. Bien sur, nous n’allons pas interdire le tourisme. Au contraire, nous allons créer d’autres pistes pour le tourisme, comme le tourisme médical, le tourisme religieux, le tourisme des rallyes. Il ne faut pas résumer le tourisme aux stations balnéaires. Nous allons reformer ce genre de tourisme afin d’éviter le nudisme qui se trouve sur certaines plages, nous allons consacrer des plages pour les familles, d’autres pour les femmes et d’autres pour les hommes, ainsi que des plages privées. Tout cela sans que personne ne perde son travail. Toutes ces politiques seront appliquées graduellement et sans porter atteinte aux intérêts du peuple égyptien.

Mais, allez-vous appliquer ces politiques sur les Etrangers aussi ?

Chaque pays a ces lois et ces coutumes qui doivent être respectés. Et je ne pense pas que les touristes viennent pour faire ce qu’ils peuvent faire chez eux, Ils viennent pour visiter le pays et connaitre son peuple.

Je ne veux pas réduire le tourisme dans une question de maillot de bain et un vers d’alcool. Le touriste ne vient pas pour cela. Il vient pour des milliers de choses qu’il ne se trouve qu’en Egypte.

Dans les traditions de la société égyptienne, il y a les bars, les cabarets..., allez-vous les fermer? Cela ne touche pas la liberté personnelle ?

Cela n’est pas dans nos priorités pour le moment même si nous nous opposons à ces traditions. Il faut d’abord rétablir la sécurité et redresser l’économie. Et pour rassurer tout le monde, nous n’allons pas introduire des changements brutaux dans la société égyptienne dans tous les domaines.

Certains Salafistes ont appelé à bruler les romans de Naguib Mahfouz. Etes-vous contre la créativité culturelle ?

Nous sommes avec la créativité culturelle absolue dans le cadre des principes de l’Islam. Ceux qui ont lance cet appel ont tort.  Nous sommes contre les scènes de nues, mais nous sommes pour la sculpture, la peinture..etc

Etes-vous pour un Etat laïc ou un Etat religieux ?

Nous refusons l’Etat  théocratique.

Un Chrétien peut-il être élu président ?

Encore une fois, cela nécessite le changement de la culture de la société qui a refuse qu’un chrétien soit nomme gouverneur. Il faut changer la pensée de cette société qui refuse même les résultats de la démocratie.

Quelle est votre attitude à l’egard de l’exportation du gaz vers Israël et du traité de paix avec l’Etat hébreu en général ?

Nous sommes contre l’exportation du gaz vers Israël, c’est inimaginable qu’ils profitent du gaz au moment où les Egyptiens se battent pour avoir une bonbonne de gaz. En ce qui concerne le traité de paix, nous ne savons pas ses détails. Nous appelons à réviser ce traité et modifier les clauses qui ne vont pas avec les intérêts des Egyptiens.

Que pensez-vous de l’accession des Islamistes au pouvoir en Tunisie, au Maroc, en Libye et en Egypte ?

Les Islamistes ont une chance énorme pour s’exprimer au monde et prouver que les dictateurs les ont utilisés comme terreur pour avoir le soutien de l’Occident et rester au pouvoir.

Article écrit pour le numéro 57 de la revue Le Courrier de l'Atlas (mars 2012) (Photos Françoise Beauguion)

http://www.lecourrierdelatlas.com/emag/2012/NUM057/#/60/

 

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25 novembre 2011

Omar Sharif : "Pour faire un gouvernement, ça prend du temps"

Que pense l'acteur égyptien Omar Sharif de la période électorale que connaît son pays ? Notre équipe l'a rencontré au Caire juste avant que les émeutes débutent. Reportage de Marion Touboul, Ahmed Hassan Sami et Johann Prod'Homme.

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25 septembre 2011

Un chercheur français : le milieu de la culture égyptienne n'a jamais cessé de résister à la tyrannie

Damien_CordienDamien Cordier-Féron est un chercheur français, co-auteur du livre "Bizerte Otage de l'Histoire...De la 2ème Guerre Mondiale aux Indépendances du Maghreb".

Comment voyez-vous les révolutions arabes en général et la révolution égyptienne en particulier?

Je crois que les Egyptiens, les Tunisiens et les Libyens peuvent être fiers de ce qu'ils ont accompli et l'on ne peut que ce réjouir de ce vent de liberté. Aujourd'hui toutes les cartes sont sur la table, mais les défis sont immenses. On ne peut qu'espérer que les différentes parties jouent le jeux et que ces pays puissent de nouveau aller de l'avant le plus rapidement et pacifiquement possible.
Mes pensées vont à ceux qui ont payé et qui payent encore de leur vie ce combat dans tout le monde arabe.

Vous avez vecu trois ans en Egypte. Comment voyez-vous la vie culturelle égyptienne avant et après le 25 janvier 2011?

A mon sens, et depuis longtemps, le milieu culturel égyptien a joué un rôle très important dans le combat pour la liberté, puis dans la révolution égyptienne. La place Tahrir où ont eu lieu tant de scènes de violence a également été le lieu d'un grand foisonnement intellectuelle et artistique qui fait honneur aux Egyptiens. Une plus grande liberté d'expression ne peut que bénéficier à la révolution.

Couv_Bizerte_Otage_de_l_HistoirePourquoi parler de la crise de Bizerte?

Pour Sébastien Abis et moi-même, la rencontre avec la crise de Bizerte s'est fait, il y a plus de 10 ans, presque par hasard alors que nous étions de jeunes chercheurs en histoire. C'est un sujet très complexe qui relève de problématiques à la fois politiques, diplomatiques, stratégiques, militaires et géographiques. Il est d'autant plus passionnant qu'il est quasi inconnu en France. En Tunisie ces évènements sont naturellement encore très douloureux et sujet à un débat passionné. Enfin, si ces évènements sont très liés à la guerre d'Algérie, ils démentent le mythe d'une décolonisation pacifique de la Tunisie.

Pourquoi publier ce livre maintenant? vous vouliez investir la révolution tunisienne?

Certainement pas. Nous avons commencé à travailler sur le livre bien avant la révolution. Notre objectif était de le publier pour le cinquantenaire de la bataille en juillet 2011.
Mes recherches avaient porté sur l'histoire de la base militaire française de Bizerte en tant que telle. Alors que Sébastien Abis avait déjà publié un livre sur l'histoire diplomatique et politique de la Crise.
Notre démarche a donc été de mettre en commun nos travaux. C'est vraiment l'originalité de l'ouvrage. C'est la première fois que l'histoire de la base et de ce que la France et l'OTAN y ont construit est publié. Et ce  alors que finalement la base est indissociable de ces évènements dramatiques. c'est fondamental pour comprendre la crise.
Par rapport à la révolution tunisienne, notre propos a été de rappeler que l'indépendance de la Tunisie n'est pas intervenue en 1956, mais bien en 1963 lorsque la France a définitivement évacué Bizerte.  Sans doute en 2011, la Tunisie a-t-elle aussi tourné une nouvelle page de son histoire.   

Est-ce que c'est un effort de votre part pour s'excuser à la place de la France?

Non pas du tout. Nous ne désignons pas responsable. C'est au lecteur de se faire une opinion. Par ce livre, nous avons voulu dépassionner la question de Bizerte et tenter d'expliquer la crise dans toute sa complexité. C'est pour cela que l'ouvrage démarre en 1943. Nos travaux ont été réalisés dans une démarche universitaire d'historiens et je l'espère sans parti-pris. Nous ne nous désignons pas de responsable, seulement des responsabilités de part et d'autres.
Nous exposons des faits et tentons d'expliquer comment et pourquoi la France et la Tunisie en sont venus à s'affronter au cours d'une bataille brève mais extrêmement sanglante.

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